Quelques considérations économiques, encore – 4/9

 

Je redis mon inquiétude face à ces États sans rigueur budgétaire, la France en tête. Dans son cas, cette absence de rigueur a commencé il y a une quarantaine d’années. Il ne s’agit donc pas d’accuser tel ou tel gouvernement mais de désigner l’État français en tant que tel comme un danger pour la France. La France est devenue l’otage de son État, je ne le répéterai jamais assez, quitte à passer pour un radoteur. Quant aux syndicats français, ils ne remplissent plus leur fonction de syndicats. Ils sont enfermés sur eux-mêmes, désireux avant tout de protéger l’appareil syndical (comme l’État est avant tout désireux de protéger l’appareil d’État) sans même se préoccuper de leur représentation qui, soit dit en passant, est particulièrement faible. C’est l’une des raisons, et non des moindres, du faible dialogue social en France, pour ne pas dire du blocage du dialogue social, un phénomène qui porte préjudice à l’ensemble de l’économie et des travailleurs. Une meilleure représentation fluidifierait ce dialogue, comme de l’huile dans des rouages. Le cas allemand est de ce point de vue instructif.

 

 

Il n’y a de la part de l’État aucune volonté de se réformer, ou si faiblement. Des ressources gigantesques (venues de la fiscalité) sont versées dans cette machine qui ne produit de l’énergie presque que pour elle-même et la transmet de moins en moins aux autres organes du pays. Que cette situation perdure et c’est tout le pays qui va descendre graduellement aux enfers. Le « modèle français » n’est plus un modèle ; il n’y a que les membres de l’appareil d’État, et à tous les niveaux, pour s’illusionner ou se mentir à eux-mêmes sur ce qu’est devenu l’État. La France glisse insensiblement vers l’Europe du Sud, avec dette particulièrement pesante et problèmes politiques et sociaux qui tendent à se durcir. On a déclaré l’état d’urgence sanitaire, il faut à présent déclarer l’état d’urgence économique plutôt que de donner des leçons et multiplier les contraintes. Un journaliste dont j’ai oublié le nom signalait à juste titre que le monde des entrepreneurs est dans la situation du Tiers-État en 1789, qu’il porte sur son dos la noblesse (le système politique) et le clergé (le système syndical). Il est le seul à travailler et à apporter de la richesse au pays. Les entrepreneurs, ces travailleurs, portent sur leur dos une charge considérable. Il faudrait songer à les laisser se redresser. Mais l’État est une bête vorace et ce n’est pas de lui-même qu’il refrénera son appétit. La part du système étatique était en France de 56,5% du P.I.B. fin 2019. Elle pourrait sensiblement augmenter suite à la pandémie du Covid-19 et dépasser les 60%. On évoque même 65% dans certains cercles ! L’impact de la crise sanitaire en France est en grande partie lié au trop grand poids de l’État qui dans un premier temps a dû s’en remettre à la société civile et au secteur privé pour atténuer ses effets.

Je n’ai pas les compétences scientifiques pour discuter de cette pandémie mais j’ai remarqué qu’il y avait un lien assez précis entre le nombre de victimes, l’impact économique du confinement dans un pays donné et son niveau d’endettement public ; et je me limite à l’Europe.

Je doute qu’il y ait une volonté capable de s’imposer pour réformer l’État, le réformer structurellement et ne pas se contenter d’un simple ravalement destiné à faire illusion. Mais le piège semble s’être refermé. Les présidents de la République (leur pouvoir est considérable, nous sommes dans un régime présidentiel) ne veulent pas s’atteler à de tels travaux. Certains d’entre eux sont probablement lucides sur la dangerosité d’un tel État pour le pays mais ils pensent avant tout à leur réélection et ils savent que se mettre à dos des millions de fonctionnaires les condamne à un échec électoral. Certes, il peut leur arriver de faire un effort en début de quinquennat mais très vite ils s’adonnent aux calculs électoraux et plus question d’entreprendre des réformes qui pourraient nuire à leur carrière politique.

Des réformes multiples s’imposent, parmi lesquelles (je les cite un peu au hasard et sans prétendre à l’exhaustivité, le cahier des doléances est à ce sujet bien trop épais) : Réduire le mille-feuille territorial en commençant par les communes (l’unité de base) pour remonter vers les entités territoriales plus importantes. Réduire le nombre de députés et de sénateurs (au moins de moitié) avant de passer à la réduction du nombre de fonctionnaires dans les autres organes de l’État sans hésiter à en faire fusionner certains. Supprimer le statut de fonctionnaire (sauf en matière régalienne au sens le plus strict du mot) et réduire leur recrutement. Supprimer tout cumul de mandat. Interdire aux fonctionnaires de s’engager en politique à moins qu’ils ne présentent leur démission de fonctionnaire, une démission définitive ; pas question de faire des va-et-vient entre la fonction publique et la politique. Supprimer tous les avantages attribués aux fonctionnaires (en finir avec les régimes spéciaux et les primes), ce qui ne signifie pas que leurs salaires doivent être baissés ; ils peuvent même être revalorisés ; mais qu’ils aient un salaire complet correspondant à leur poste et à un travail effectif. Simplifier le code du travail et drastiquement. Alléger voire supprimer nombre de taxes et d’impôts. Privatiser toutes les entreprises dans lesquelles l’État n’a rien à faire, en particulier dans les médias, ce qui rendrait l’air plus respirable. Supprimer le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (C.S.A.), cet organe digne de la Roumanie de Ceaușescu. Supprimer certains ministères, comme celui de la Culture ; l’État n’a rien à faire dans la culture, n’a rien à voir avec la culture. Que l’État participe à la restauration du patrimoine national mais, par exemple, qu’il ne se mêle pas de financer des festivals. On peut lire sur le site du ministère de la Culture : « Le ministère de la Culture a pour mission de promouvoir la création artistique dans toutes ses composantes et de permettre la démocratisation et la diffusion des œuvres culturelles ». Fort bien. Mais ce que l’État, ce machin qui veut mettre son nez partout, ne comprend pas c’est que la culture, l’authentique culture, est par définition démocratique et que c’est précisément l’intervention de l’Etat qui en fait une production pour snobs, un produit artificiel, dénué d’authenticité donc. Le chantier est immense mais ces immenses simplifications et ces allègements considérables devraient nous rajeunir et ôter la France à cette tristesse et ce pessimisme qui se sont installés en elle.

La France comprendra-t-elle que cette pandémie marque un échec de l’État et d’un système de santé qui doivent être révisés de fond en comble ? Je dénonce le système et en rien le personnel soignant qui à tous les niveaux mérite notre respect et nos applaudissements, des applaudissements qui ne doivent pas nous épargner un sérieux questionnement sur un système devenu plutôt inefficace en regard des montants qui sont prélevés d’autorité aux citoyens pour assurer leur santé. Une fois encore, l’Allemagne est un exemple, avec son système de santé où, notamment, la part de l’administratif est bien moindre qu’en France.

 

 

L’État a voulu avoir le monopole de la gestion de produits essentiels (masques, gel hydroalcoolique, etc.) pour se protéger du Coronavirus. La pénurie a duré des semaines. A présent, l’État qui est en grande partie responsable de la situation dans laquelle se trouve le pays largue des aides comme des Canadair larguent de l’eau au-dessus d’un incendie, des centaines de milliards d’euros, de l’argent public, autant de dettes qui sont de l’impôt en devenir. Et puis, tout à coup, l’État, probablement soucieux de brouiller les cartes (je ne vois pas d’autre explication) décrète l’urgence écologique, avec « Plan vélo », « Plan voiture électrique » et j’en passe. Je ne comprends pas le lien entre le Coronavirus, le vélo et la voiture électrique sinon que l’État veut confirmer son omniprésence, s’imposer dans toutes les perspectives, lui qui agit si mal lorsqu’il s’aventure hors de ses territoires régaliens. Emmanuel Macron, probablement soucieux de mieux s’accrocher à sa branche, a décidé de créer une commission (une de plus) avec vingt-six économistes. On crée des commissions, on pérore, on élabore d’épais rapports que personne ne lira. Mais les commissions donnent aux dirigeants une illusion d’importance et impressionnent (à l’occasion) le citoyen.

Le plan de relance dit écologique se fera à grands coups d’aides publiques que ne manquera pas d’accompagner une hausse de la fiscalité. L’État, le français plus particulièrement, sait déployer des trésors d’imagination pour remplir les caisses du Trésor public. La féerie fiscale ne cessera-t-elle donc jamais ? Personne ne semble avoir compris que ce plan de relance est d’abord un tour de passe-passe conçu par l’État et destiné à faire oublier ses immenses erreurs, ses prétentions meurtrières.

Lorsque je m’inquiète de la dette de la France, passant à l’occasion pour un vieux rabat-joie, on me rétorque volontiers que le Japon est à présent deux fois plus endetté que la France, soit 240% du P.I.B. ; le Japon, troisième puissance économique mondiale, loin devant l’Allemagne. L’une des raisons de cet endettement, et pas des moindres, le coût de la Sécurité sociale japonaise qui a fait comme en France le choix de la répartition. L’endettement est au Japon comme en France un choix politique. Le néo-keynésianisme y domine. Ce que ceux qui se moquent de mes inquiétudes à ce sujet ne savent pas, ou ne veulent pas savoir, c’est que la dette japonaise est détenue à 90% par des Japonais et par la Banque centrale nippone. Par ailleurs, la dette japonaise est assise sur de très solides actifs répartis dans le monde entier. Selon le ministère des Finances, les actifs externes nets du Japon atteignaient, fin de 2013, le montant de 325 000 milliards de yens, soit 2 334 milliards d’euros, ce qui fait du Japon le premier créancier mondial pour la vingt-troisième année consécutive ! Et cette tendance n’a cessé d’aller à la hausse.

Le cas français est plus compliqué et le choix de l’endettement pourrait mal tourner. Le seul moyen d’éviter la faillite serait de ponctionner directement l’épargne (considérable) des Français, fragilisant ainsi plus encore le pays. La sphère étatique est devenue monstrueuse. La France qui possède de considérables potentiels est véritablement occupée par son État, une force d’occupation qui déprime les énergies du pays. Emmanuel Macron (que je me garde d’accuser de tous les maux – il n’a pas créé cet État) est bien celui que j’avais flairé, un étatiste, comme François Hollande, un étatiste relooké mais un étatiste.

Face à mes inquiétudes, un ami tenta de me rassurer en me disant qu’un État ne peut faire faillite. Il y a pourtant plusieurs cas de faillites d’États, et récentes, lui fis-je remarquer, dont l’Argentine. Il précisa : « … un État comme la France ». La France a pourtant connu plusieurs défauts de paiement ; mais il est vrai que le pays est toujours là. Si on s’en tient à l’Europe, les défauts de paiement ne sont pas rarissimes, et c’est l’Espagne qui détient le record non seulement européen mais aussi mondial du nombre de défauts de paiement. La France a fait faillite près de dix fois entre le XVIe siècle et le XIXe siècle, et pour la dernière fois en 1812. C’est tout au moins ce que rapportent les travaux des économistes américains Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff qui certes ont commis des erreurs mais dont les travaux méritent d’être lus.

Il me semble que cette crise du Covid-19 aura pourtant des effets positifs sur l’économie, des effets qui seront portés par le secteur privé, avec adaptation aux nouvelles données. Je redoute pourtant que le pays ne s’enfonce plus encore dans l’étatisme, ces sables mouvants…

Olivier Ypsilantis

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