Fin 2019 – début 2020 – 1/4

 

22-23 décembre 2019. Málaga. La réceptionniste de l’hôtel, aimable, enjouée. Elle ressemble à un modèle de Julio Romero de Torres. Teint mat, chevelure très noire séparée par une raie marquée qui prolonge un nez aquilin, une chevelure ramenée en un petit chignon bien rond placé dans le creux de la nuque. L’énergie espagnole encore. Et les rythmes du castillan me reposent des chuintements lusitaniens – la sensation de nager en eaux claires. Petit-déjeuner accompagné du traditionnel pan con tomate ; toute l’Espagne dans la bouche.

Au-dessus de la porte d’entrée de l’hôtel, un lion en médaillon porte en symétrie dans sa gueule un riche rinceau, un style éclectique dans lequel se retrouvent des éléments du répertoire grec classique, comme des triglyphes et des mutules.

Cathédrale de Málaga, une cathédrale Renaissance, l’une des plus étranges d’Espagne avec ses variations sur la colonne cannelée (volontiers engagée), un délire à partir du répertoire gréco-romain. Les entablements très saillants et chargés d’angles. Mon regard se perd dans les détails avant de s’efforcer de saisir la structure de cet ensemble colossal. Du plein-cintre avec des successions de coupoles sur pendentifs nervurés comme des coquillages. C’est une cathédrale inachevée (voir la tour sud) d’où le surnom que lui donnent les habitants de Málaga, « La Manquita », de manco (manchot), « La Manchotte ».

Exposition organisée par Fundación Unicaja et dédiée à Joaquín Sorolla Bastida, un peintre extraordinairement doué. Nombreuses pochades sur bois. De fait sa main semble courir d’elle-même. L’engouement de tous pour ce peintre y compris ceux qui n’ont pas l’habitude de s’attarder devant une peinture. Mais ce qui a assis sa popularité partout en Espagne et à l’étranger ce sont ses scènes de plage, avec baignades où femmes et enfants sont très présents. Et qu’est-ce qui séduit le plus chez lui ? La touche large, dansante, virevoltante même, ou les thèmes ? Joaquín Sorolla Bastida, un peintre solaire, une célébration. Les corps semblent naître de l’eau et vouloir y retourner. L’aspect synthétique de ses paysages. Ce peintre est aussi un témoin de l’Espagne, de ses monuments, de ses paysages, de ses habitants, de ses coutumes – voir les scènes costumbristas.

 

Une vue de la cathédrale de Málaga

 

Sur le port de Málaga, un ferryboat tout blanc. Me reviennent des souvenirs grecs. Bu dans une taverne un vin de Ronda, puissant, charpenté. Le théâtre romain puis montée vers l’Alcazaba. Elle est non seulement l’une des plus belles d’Espagne (restaurée avec intelligence) mais la vue qu’elle offre a peu d’équivalent. Je détaille les hauteurs arides qui entourent la ville et, une fois encore, je pense à Athènes, je me revois à Athènes.

Une belle surprise, au Museo Carmen Thyssen, une petite exposition des gravures de Mariano Fortuny (1838-1874). Présentation sobre et élégante. Mariano Fortuny, un artiste majeur de la peinture espagnole du XIXe siècle, a très peu gravé ; mais les gravures qu’il nous laisse suffisent à le placer parmi les maîtres de la gravure, aux côtés de Goya et de Rembrandt. Mariano Fortuny a voyagé trois fois an Maroc, en 1860, 1862 et 1871.  Ce sont ces voyages qui vont stimuler sa veine de graveur, avec ces puissants contrastes aux ombres profondes et complexes des kasbahs. Ce sont des gravures à l’eau-forte avec, à l’occasion, des rehauts à la pointe-sèche et des zones travaillées à d’aquatinte et au brunissoir. Je n’avais jamais eu l’occasion de voir ses gravures autrement qu’en reproduction, des reproductions qui ne rendaient pas compte de la richesse de ce travail à la fois minutieux et spontané. Certaines gravures offrent une richesse de matière qui évoque les vieux murs sur lesquels le temps et l’homme ont laissé de discrètes et nombreuses marques. C’est un magnifique ensemble constitué par Enrique Juncosa et présenté dans la Sala Noble del Palacio de Villalón.

Marche sur le Paseo del Parque en direction de la Plaza de Toros. Végétation tropicale et densité des cris d’oiseaux. Sur le côté droit, le Paseo de los Curas et les platanes aux branches et aux troncs lumineux, d’un gris métallique. Fuente de los Amorcillos (1967) de Juan Ruiz de Luna Arroyo, originaire de Talavera de la Reina et qui s’est installé à Málaga en 1963. C’est un bas-relief avec un angelot nu qui fait de la balançoire au milieu d’angelots pareillement nus. En bout de promenade, un petit monument, Málaga a Ruben Dario MCMLXIII. A côté de la Plaza de Toros, une chapelle avec Descente de Croix, un groupe sculpté grandeur nature. Le Christ décloué est retenu par un ruban d’étoffe blanche qui s’impose dans la pénombre. Le cri des mouettes. La brique rouge et les portes rouges de la Plaza de Toros. A côté, une affiche montre Vicky Martín Berrocal, ex-femme du torero Manuel Díaz González, posant pour Intimissimi Italian lingerie, avec soutien-gorge rouge de la couleur de la Plaza de Toros.

Montée vers le Castillo du Gibralfaro (XIVe siècle) qui prolonge en quelque sorte l’Alcazaba vers les hauteurs (boisées). Lors de la Reconquista, il est assiégé par les Reyes Católicos en 1487. Protégé par deux rangées de murailles et huit grandes tours, cet ensemble a longtemps été considéré comme le plus défendu de la péninsule ibérique. Une sorte de couloir en zigzags, « La Coracha », relie le Castillo du Gibralfaro à l’Alcazaba. Une fois encore, je détaille la ville à 360°, avec vue plongeante sur le cercle de la Plaza de Toros, les installations portuaires, la végétation du Paseo del Parque. Une fois encore, avec ces hauteurs arides qui entourent la ville, je me revois à Athènes.

Mercado de Atarazanas, édifié entre 1876 et 1879 par l’architecte Joaquín Rucoba. La porte nasride a été sauvegardée (démontée et remontée à quelques mètres de son emplacement d’origine) et a inspiré l’ensemble de cette construction où le fer prédomine. Sa structure rappelle avec évidence les Halles de Victor Baltard, mais c’est un pavillon Baltard orientalisant.

 

L’entrée principale du Mercado de Atarazanas

 

English Cemetery. J’aime les cimetières anglais (et allemands). La mort n’y apparaît pas aussi affreuse que dans les cimetières français, leurs pierres tombales qui pèsent des tonnes et toute cette camelote kitsch censée perpétuer le souvenir (?!). Dans les cimetières anglais, l’œil du photographe ou du dessinateur est volontiers sollicité, dans cette ambiance romantique où l’on se voit même retrouver une femme aimée et… bien vivante. Le cimetière anglais de Málaga a été fondé par le consul William Mark en décembre 1831 afin de garantir une inhumation décente aux non-catholiques. Il est longuement question de ce charmant cimetière dans « The Face of Spain » de Gerald Brenan. En discutant avec un employé, j’apprends qu’il est possible d’y déposer ses cendres et quelque soit votre nationalité ou religion. A l’entrée, un harmonieux petit temple d’inspiration grecque, dorique plus précisément. Il fut à l’origine maison du gardien avant qu’il ne soit officiellement consacré en 1891 comme St. George’s Anglican Church. Parmi les célébrités qui y reposent : Gerald Brenan, Jorge Guillén, Gamel Woolsey et Robert Boyd. Un mot sur ces deux derniers.

La poétesse et romancière américaine Gamel Woolsey (1895-1968) fut l’épouse de Gerald Brenan. Dans « Malaga Burning », elle évoque les premières semaines de la Guerre Civile à Málaga. Le livre s’ouvre sur juillet 1936 et se referme sur le départ de l’auteur à bord d’un navire de U.S. Navy pour Gibraltar puis Lisbonne, soit une période de quatre mois qui précède l’entrée des Nationalistes dans la ville. Ce qu’elle rapporte dans ce livre se déroule pour l’essentiel à Churriana, un quartier périphérique de Málaga où Gerald Brenan s’était installé après Yegen, ce village des Alpujarras.

Sur sa tombe, cette inscription, un vers de Shakespeare qui dans ce contexte se voit revêtu d’humour : Fear no more the heat o’ the sun. Il lui fallait se limiter à ce premier vers car ce qui suit : Nor the furious winter’s rages n’a pas sa place, ici, dans cette ville qui regarde l’Afrique.

Ce livre, « Malaga Burning », se limite à l’observation de la vie quotidienne, principalement dans ce qui est devenu un faubourg de Málaga, Churriana. Elle prend donc note de sa vie au quotidien sans jamais s’empêtrer dans des considérations idéologiques, sans jamais prendre parti ; et, de ce fait, c’est un très précieux document, intime et qui ouvre à la réflexion. Comment est-il possible qu’une société ait d’un coup été prise dans une telle spirale de violence, avec meurtres par milliers, et des deux côtés ? Ce livre modeste ouvre, et j’insiste, à une réflexion angoissée : comment est-il possible que la normalité s’effondre de la sorte dans une suite sanglante ? « Malaga Burning » et « The Face of Spain » se contemplent et se complètent.

 

Gamel Woolsey

 

Avant « Malaga Burning », Gamel Woolsey avait choisi un autre titre : « Death’s Other Kingdom », extrait d’un poème de T. S. Eliot, « The Hollow Men » (1925). Zalin Grant qui servit comme U.S. Army Intelligence Officer au Vietnam s’est passionné pour le livre de Gamel Woolsey. Ci-joint, un article de ce dernier intitulé : « Gamel Woolsey: Eyewitness to the Spanish Civil War » :

http://pythiapress.com/wartales/Woolsey-English.html

Et Robert Boyd ? Robert Boyd (1805-1831), un homme au tempérament romantique qui fut attiré par la lutte des peuples pour leur libération, la Grèce d’abord, avec la Guerre d’Indépendance (on pense à Lord Byron), puis l’Espagne, l’Espagne où il sera arrêté puis exécuté au cours d’une opération armée contre Fernando VII. A Londres, Robert Boyd prend contact par l’intermédiaire d’intellectuels, les « Cambridge Apostles », avec le général José María de Torrijos y Uriarte, un libéral opposant au roi Fernando VII. Robert Boyd décide de soutenir sa cause en le finançant, en rassemblant une cinquantaine d’hommes à bord d’un navire qui met les voiles vers Gibraltar en novembre 1831 avant de débarquer à Málaga distant d’une soixantaine de miles, Málaga où José María de Torrijos y Uriarte espère des supports dont celui du gouverneur de la ville, le général Vicente González Moreno. Mais lorsque Robert Boyd et sa petite troupe débarquent, ils sont cernés par plusieurs centaines d’hommes sous le commandement de ce général. On se bat. Les survivants sont détenus. Le consul William Mark s’intéresse à eux lorsqu’il apprend que l’un d’eux est un compatriote. Il s’efforce de le faire libérer, ce à quoi s’oppose Vicente González Moreno. Les prisonniers sont transférés au Convento del Carmen puis conduits sur la plage de San Andrés où ils sont fusillés le 11 décembre. William Mark est présent et recouvre le corps de Robert Boyd du drapeau britannique afin de le protéger. Les corps des non-catholiques étaient alors enterrés directement sur la plage, ce qui signifiait qu’outre les problèmes sanitaires les corps étaient à la merci d’animaux maraudeurs. Ce consul qui s’était démené auprès des autorités finira par obtenir gain de cause et un décret royal autorisera l’ouverture d’un cimetière pour non-catholiques. Robert Boyd en sera le premier occupant. Sa sépulture, bien visible, est surmontée d’un petit obélisque que coiffe une croix latine. Málaga garde le souvenir de cet Anglais épris de liberté ainsi que celui du général José María de Torrijos y Uriarte, notamment par des noms de rues. Mais c’est d’abord par une huile sur toile de grandes dimensions que la mémoire de ces hommes nous reste, « El fusilamento de Torrijos » (1888) d’Antonio Gisbert Pérez, visible au Museo del Prado, Madrid. Le général José María de Torrijos y Uriarte est la principale figure de cette composition mais Robert Boyd est bien visible. C’est une œuvre majeure de la peinture historique espagnole du XIXe siècle.

 

« El fusilamento de Torrijos » d’Antonio Gisbert Pérez

 

Sur la terrasse arrière de la casa-cueva, face à Guadix, commencé la lecture de « Footprints in Spain, British Lives in a Foreign Land » de Simon Courtauld, un voyageur britannique en Espagne. Au chapitre « Badajoz », il évoque l’assaut contre les défenses de la ville au cours duquel les forces britanniques vont connaître leurs heures les plus sanglantes d’une guerre connue sous le nom de « Peninsular War », car ayant pour théâtre d’opération l’Espagne et le Portugal. Nous sommes le 6 avril 1812, l’attaque débute à vingt-deux heures. L’ingénieur-en-chef de Wellington chargé d’ouvrir une brèche dans les défenses de la ville, le lieutenant-colonel Richard Fletcher, avait été le maître d’œuvre des Lines of Torres Vedras. Cette bataille terriblement coûteuse pour Wellington (il perd au pied des fortifications de Badajoz plus de trois mille cinq cents hommes) lui ouvre cependant les portes de l’Espagne. Les Français commencent à perdre l’initiative. Trois mois plus tard, la bataille de Salamanca constituera le tournant de cette guerre.

La bataille de Teruel, soit deux mois de combats au cours de l’hiver 1937-1938, le plus froid du siècle avec des températures baissant jusqu’à – 18° C. Plus de cent mille morts. Les Républicains encerclent les Nationalistes et prennent la ville ; mais ils sont à leur tour encerclés, coupés de tout ravitaillement en nourriture, carburant et munitions. La Muela de Teruel occupée par les troupes d’Enrique Lister le 15 décembre 1937 est reprise à la mi-janvier par les Nationalistes. Intervention des Brigades Internationales. Le British Battalion sous les ordres de Bill Alexander perd environ le tiers de ses effectifs. Teruel est repris le 22 février Les Nationalistes atteindront les rivages de la Méditerranée deux mois plus tard.

Belchite dans les environs de Teruel, des ruines où je me suis promené de jour et de nuit. Sur mon bureau, un morceau de brique ramassé dans ce village-mémorial laissé en ruines. Il me sert de presse-papier et m’aide à me souvenir. Je reviens donc souvent dans ce village, dans cette plaine immense, ocre et vide. C’est un lieu de l’attente, un lieu d’inquiétude donc, cette inquiétude qui constitue l’incomparable ambiance de ces deux chefs-d’œuvre, « Le Désert des Tartares » de Dino Buzzati et « Un balcon en forêt » de Julien Gracq. Belchite. Pueblo viejo. Ruinas históricas, annonce un panneau rouillé. A un peu plus d’un kilomètre, le nouveau Belchite, de style franquiste.

 

Belchite, le village laissé en ruines.

 

Dans ce chapitre intitulé « Teruel », Simon Courtauld critique, maints détails à l’appui, le livre de Laurie Lee, « A Moment of War », publié plus de cinquante ans après les faits, un livre joliment écrit mais, problème, l’auteur n’a participé à aucun engagement contrairement à ce qu’il laisse entendre. Ainsi le chapitre « The Frozen Terraces of Teruel » (qui ne manque pas de style) est-il parfaitement fantaisiste dans un livre par ailleurs riche en incohérences (noms, dates) pour l’historien. Simon Courtauld s’interroge : pourquoi Laurie Lee a-t-il inventé cette séquence relative à Teruel alors que sa mauvaise santé l’a empêché d’intégrer le British Battalion des Brigades Internationales et qu’il n’est pas allé au-delà du quartier général à Albacete ou, peut-être, du centre d’entraînement à Tarazona de la Mancha, à l’ouest de Valencia ? Un journaliste voulut faire se rencontrer Laurie Lee et Peter Kemp, un jeune universitaire passé par Cambridge, l’un des (très) rares Britanniques engagés du côté des Nationalistes (contre le communisme, insistait-il), chez les Requetés (Carlistes), en 1936, avant d’être versé dans le Tercio (Légion espagnole) en Aragón. Mais Laurie Lee déclina l’invitation comme il en avait décliné d’autres, dont celle de l’Imperial War Museum.

Priscilla (« Pip ») Scott-Ellis, une Britannique engagée du côté des Nationalistes dans une unité médicale. Me procurer son journal, « The Chances of Death ».

Au chapitre « Malaga » est rapportée l’histoire de la création de l’English Cemetery de Málaga, implanté sur une forte pente en contrebas du Castillo de Gibralfaro. Voir le consul William Mark. Est enterré dans ce cimetière le Dr Joseph Noble, victime du choléra en 1861. En sa mémoire, un hôpital fut fondé par sa famille pour les marins-pêcheurs de la ville. Il y a quelques jours, je suis passé devant ce petit hôpital en briques rouges, près de l’English Cemetery et contigu à la Plaza de Toros. Ce qui fut un hôpital est à présent occupé par des services municipaux. Le plus célèbre hôte de ce cimetière est probablement Gerald Brenan. Son livre « South From Granada » était partout en vente dans la région comme l’était « Mani » de Patrick Fermor Leigh dans la région qu’il décrit, soit cette péninsule du Péloponnèse qui a donné ce titre.

 

The Scottish zoologist and journalist, Sir Peter Chalmers Mitchell (1864-1945). (Photo by © Hulton-Deutsch Collection/CORBIS/Corbis via Getty Images)

 

L’un des rares Britanniques à ne pas avoir quitté Málaga au début de la Guerre Civile est Sir Peter Chalmers-Mitchell. Il vient de prendre sa retraite après avoir été secrétaire de la Geological Society. Lorsque la Guerre Civile éclate, ce gentleman prend parti pour le gouvernement de la République. Il entre en relation avec divers comités républicains qui contrôlent Málaga, en particulier avec la Federación Anarquista Ibérica (F.A.I.). Il dénonce les Nationalistes et leurs bombardements aveugles au cours de la seconde moitié de l’année 1936 ainsi que le gouvernement de son pays pour son absence de soutien à la République espagnole. Ce fils de pasteur presbytérien n’est pas pour autant d’extrême-gauche et s’il sympathise avec l’anarchisme ibérique qui met l’accent sur le perfectionnement individuel, tant intellectuel que moral, jamais il ne sympathise avec ces gredins qui brûlent les églises et assassinent les religieux tout en se réclamant de l’anarchisme. Il rejoint l’appréciation de Gerald Brenan évoquant les anarchistes comme des « uncompromising moralists » qui jamais ne se seraient fourvoyés avec les communistes. Ce septuagénaire aux nerfs d’acier reste à Málaga de la fin décembre 1935 à février 1937, sous la menace constante des tirs d’artillerie de marine et des bombardements de l’aviation. Les vitres de sa maison sont brisées, des morceaux de plâtre se détachent des plafonds et des éclats de bombes et d’obus atteignent son jardin. Au cours de cette période, il rédige deux livres de mémoire, « My Fill of Days » et « My House in Malaga » et traduit trois livres de Ramón Sender dont la femme a été assassinée par les Nationalistes. Il offre le refuge à de puissantes familles partisanes de Franco et les aide à fuir Málaga. Le 7 février 1937, quelques heures avant l’entrée des Nationalistes dans la ville, il accueille Arthur Koestler. Je passe sur les détails de l’arrestation de ce dernier et de son hôte. Sir Peter Chalmers-Mitchell finit par être exfiltré vers Gibraltar puis vers Londres par voie maritime. A bord du destroyer qui le conduit à Gibraltar, Sir Peter Chalmers-Mitchell envoie un câble pour avertir du grand danger que court Arthur Koestler. Après un jugement sommaire, ce dernier est condamné à mort, transféré dans une prison de Sevilla où il passe trois mois dans des conditions sordides tandis qu’en Angleterre sa femme se démène. Des Members of Parliament envoient des lettres de protestation à Franco ; Winston Churchill et des membres de l’International PEN Club se joignent à eux. En mai 1937, la libération d’Arthur Koestler est négociée par l’intermédiaire de la Croix Rouge Internationale en échange de la femme du pilote Carlos Haya, détenue par les Républicains à Valencia. « Spanish Testament » est dédié à Sir Peter Chalmers-Mitchell.

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

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