En lisant « Ariel Sharon » de Luc Rosenzweig – 3/9

 

La guerre du Sinaï

Ariel Sharon est convaincu qu’il faut maintenir voire augmenter l’intensité des représailles. Il croit en leur caractère dissuasif. Il est convaincu qu’il y va de la survie d’Israël. Il juge que les immigrants ne se sentent pas protégés et qu’ils vont abandonner l’arrière-pays pour se concentrer dans les villes côtières. Mais au sommet de la hiérarchie militaire, on ne croit pas tant en l’efficacité des représailles. On y juge qu’il faudrait une solution diplomatique. Mais les gouvernements arabes savent tirer profit sur le plan diplomatique de la rivalité entre l’Occident et le bloc soviétique. Autre option : attaquer le plus belliqueux et prestigieux dirigeant arabe, Nasser, en espérant le ramener à la raison.

Août 1956, David Ben Gourion et Moshé Dayan se mettent d’accord avec Guy Mollet et Anthony Eden. Mais alors que les préparatifs conjoints entrent dans leur phase terminale, des attentats perpétrés par des Palestiniens venus de Jordanie finissent par provoquer une riposte israélienne dirigée par Ariel Sharon. Dissensions entre l’état-major de la région Centre et Ariel Sharon, complications sur le terrain, engueulades entre Moshé Dayan et Ariel Sharon et j’en passe. Je passe également sur le montage destiné à ne pas faire passer les trois pays alliés pour les agresseurs aux yeux de la communauté internationale, un montage qui ne plait guère à David Ben Gourion qui finit néanmoins par l’accepter. Il espère en cas de succès pouvoir prendre le contrôle de Charm el-Cheikh, débloquer ainsi le passage vers Eilat et démilitariser tout le Sinaï en le plaçant sous contrôle international. Par ailleurs, il espère renforcer les liens entre la France et Israël afin de se procurer de l’armement. Shimon Peres, secrétaire général du ministère de la Défense, est comme chez lui au ministère de la Défense en France.

 

 

La brigade parachutiste d’Ariel Sharon (placée en fer de lance) doit une fois l’offensive franco-israélienne engagée foncer vers Charm el-Cheikh et le prendre en tenaille avec la 9e brigade blindée qui longera la mer Rouge. L’unité d’Ariel Sharon est divisée en deux groupes. Le premier, soit quatre cents hommes, devra occuper après largage la passe de Mitla, un carrefour du Sinaï occidental. Le reste de la brigade, sous les ordres d’Ariel Sharon, devra opérer au plus vite par voie terrestre la jonction avec l’unité parachutée. Il s’agit en fait d’une attaque de diversion. Malgré quelques incidents, Ariel Sharon et ses neuf cents hommes mettent moins de trente heures pour opérer leur jonction. Ariel Sharon veut poursuivre sa progression afin de mieux bloquer une éventuelle contre-attaque égyptienne et protéger une éventuelle retraite israélienne. A cet effet, il harcèle Moshé Dayan qui, soutenu par David Ben Gourion, ne veut pas risquer un choc frontal avec les forces égyptiennes. Une patrouille est toutefois autorisée à pousser vers l’entrée ouest de la passe de Mitla. Cette patrouille ressemble plus à une unité de combat qu’à une escouade de reconnaissance. L’aviation israélienne a détruit une colonne motorisée égyptienne et la patrouille, confiante, s’approche. Nombreux sont ceux qui se font bronzer à l’arrière des camions. Les reconnaissances aériennes n’ont pas vu que des soldats égyptiens rescapés de la colonne bombardée se sont dissimulés dans les hauteurs qui dominent l’entrée ouest de la passe de Mitla. Les Israéliens sont attaqués et subissent de lourdes pertes. Moshé Dayan est furieux et promet de s’occuper d’Ariel Sharon dès la fin de la campagne de Suez.

On connaît la suite. La réprobation des États-Unis et de l’Union soviétique. Entre l’ultimatum (1er novembre) et le coup d’arrêt de l’ONU, soit moins d’une semaine, les forces israéliennes prennent le contrôle de la bande de Gaza et du port de Charm el-Cheikh. Israël s’en sort plutôt bien, avec l’éloignement de la menace égyptienne à ses frontières et la garantie d’une libre circulation dans le détroit de Tiran qui désenclave enfin Eilat. Malheureusement, Israël doit évacuer la bande de Gaza qui va devenir un repaire de fédayins.

Moshé Dayan n’a pas oublié Ariel Sharon et il est bien décidé à lui faire payer ce qu’il juge être de l’indiscipline. Il est finalement demandé à David Ben Gourion de trancher. Ce dernier finit par déclarer qu’il lui est impossible de donner raison ou tort à quiconque. Entre-temps, la majorité des officiers de l’unité d’Ariel Sharon (qui tous l’avaient soutenu lors de l’affaire de Qalqilya) le dénoncent, ce qui est pour lui autrement plus préoccupant que les rodomontades venues de l’état-major. Des officiers engagés dans la désastreuse affaire de Mitla lui tiennent rigueur de n’avoir pas pris la tête de la colonne de secours. Ariel Sharon décide alors de convoquer une assemblée générale des officiers de l’unité 202, en présence d’un observateur extérieur, le commandant de la région Centre. Les reproches vont bon train, Ariel Sharon s’explique calmement. En dépit de leurs reproches, les officiers reconnaissent qu’en fin de compte lui seul a été capable de forger une telle unité.

 

Années d’attente et drames familiaux

La maladie de Samuel, le père d’Arik, s’aggrave. Sa femme, Gali, est enceinte. Le couple déménage du petit appartement de Jérusalem pour une maison de la banlieue nord de Tel Aviv. Samuel décède le 27 décembre 1956 et le 30 décembre suivant naît son petit-fils, Gur-Samuel.

L’affaire de Mitla s’est calmée. Les casques bleus s’installent dans le Sinaï et dans la bande de Gaza. Les Israéliens aimeraient garder le contrôle de cette bande (qui faisait partie de la Palestine mandataire) afin d’empêcher les actions des fédayins mais ils ne parviennent à avoir gain de cause. Les troupes israéliennes ne se retireront de la bande de Gaza qu’en mars 1957.

Avant son départ, la brigade parachutiste effectue des relevés topographiques. Israël sait qu’il lui faudra revenir dans les parages, avec un Nasser toujours plus agressif et dont le prestige ne cesse de croître. Ariel Sharon reste persona non grata à l’état-major et se voit bloqué au rang de lieutenant-colonel. Moshé Dayan lui propose de passer une année en Angleterre afin de suivre une formation à l’École de Guerre dans le Surrey. Il hésite mais diverses raisons l’incitent à accepter. Il est émerveillé par le cadre bourgeois de sa vie à l’École de guerre, rien à voir avec la vie spartiate de l’officier israélien. Dans la riche bibliothèque, il s’intéresse tout particulièrement aux théories militaires élaborées par sir Basil Henry Liddell Hart (voir sa théorie de l’approche indirecte) qu’il demande à rencontrer et qui le recevra sans tarder. Au cours d’une conférence, Ariel Sharon contredit Montgomery qui traite les soldats arabes de ten minutes fighters en lui rétorquant que lorsque ces derniers sont bien commandés, ils peuvent se montrer courageux et acharnés. Sur un plan strictement militaire, tant dans le domaine stratégique que tactique, Ariel Sharon admire bien plus Rommel que Montgomery.

Moshé Dayan quitte son poste de chef d’état-major pour entrer en politique, au Parti travailliste. Il est remplacé par Haïm Laskov qui a mené l’enquête sur Mitla et qui éprouve une profonde antipathie pour Ariel Sharon. Moshé Dayan et Ariel Sharon s’affrontent souvent et durement mais se respectent. Haïm Laskov quant à lui aimerait expulser ce dernier de l’armée. Zvi Zur, le successeur de Haïm Laskov, éprouvera une même antipathie pour Ariel Sharon. Autre mauvaise nouvelle, le conseiller militaire de David Ben Gourion, le colonel Nehamia Argov, se suicide en décembre 1957 (voir les circonstances de ce suicide). Il était le principal soutient d’Ariel Sharon dans l’armée.

De retour en Israël, Ariel Sharon est promu colonel mais doit en contrepartie accepter une affectation de commandement de l’école d’infanterie de Tsahal, une mise au placard en quelque sorte qui ne satisfait pas cet homme d’action. Il en profite pour suivre une formation d’officier commandant de blindés et reprend des études universitaires, de droit cette fois. Il cherche par ailleurs à sortir du placard mais on se méfie de lui, Zvi Zur en particulier.

Le 6 mai 1962, sa femme se tue dans un accident de voiture. Ariel Sharon sollicite le commandement d’une unité blindée car il sait que dans la guerre à venir cette arme tiendra un rôle essentiel. David Ben Gourion impose un compromis à Zvi Zur : Ariel Sharon restera attaché à la formation de l’infanterie mais aura en plus le commandement d’une brigade blindée de réserve. L’arrivée d’Ytzhak Rabin au poste de chef d’état-major va grandement l’aider puisque ce dernier lui propose d’être chef des opérations à l’état-major du commandement Nord, dirigé par un ami, Avraham Yoffé. Ariel Sharon déménage pour un mochav de Galilée. Il a épousé Lily, la plus jeune sœur de sa femme, Gali, dont il aura un fils, Omri, en août 1964.

La région Nord est une zone de grande tension avec la « guerre de l’eau » entre Israël, la Syrie et le Liban, une guerre qui ne prendra vraiment fin qu’en octobre 1967, avec l’occupation du plateau du Golan.

Fin 1964, Avraham Yoffé quitte l’armée et parvient à entraîner son ami Arik dans un périple de cinq semaines en Afrique orientale. C’est au cours de ce voyage qu’il va rencontrer, sur le plateau de Gondar, en Éthiopie, les tribus falashas. Vingt ans plus tard, il participera comme ministre des Infrastructures et du Logement à l’accueil de la quasi-totalité des Falashas. En octobre 1965, Ytzhak Rabin le convoque et lui reproche son sale caractère mais dans un même temps le propulse à l’état-major général en tant que responsable du département de la formation de l’armée. La famille Sharon regagne la maison qu’elle avait occupée, au nord de Tel-Aviv. Six mois plus tard naît son troisième fils, Gilad Yéhuda. Le 20 février 1967, alors qu’il va avoir trente-neuf ans, il est promu général de brigade.

 

Six jours pour la gloire

Depuis la campagne de Suez, 1956, les accrochages avec l’Égypte se sont considérablement réduits grâce aux casques bleus de l’ONU. Mais au cours du printemps 1967, les accrochages se sont multipliés avec les forces syriennes et jordaniennes, sans oublier les infiltrations de fédayins venus de Cisjordanie. En Israël, priorité est donnée à la diplomatie avec le remplacement du « faucon » David Ben Gourion par un autre travailliste, Lévi Eshkol.

Mai 1967, c’est l’escalade contre Israël, avec Nasser puis le roi Hussein de Jordanie qui vient apporter son tribut à la haine pour Israël. A Gaza l’O.L.P. s’installe dans les locaux abandonnés par l’ONU. Le gouvernement israélien temporise. Israël prend conscience du peu de soutien international dont il bénéficie. Les radios arabes multiplient les discours de haine envers Israël. Levi Eskhol, piètre orateur, ne fait qu’augmenter l’angoisse par ses interventions. Ytzhak Rabin mobilise les réservistes dès le 19 mai. Ariel Sharon rejoint sa division au sud de Beersheba. David Ben Gourion reproche à Ytzhak Rabin de jouer avec l’avenir d’Israël. Ce dernier disparaît quelques jours, victime d’une dépression confiera-t-il des années après. Levi Eshkol qui cumule les postes de Premier ministre et de ministre de la Défense peine à suivre les conférences des militaires.

Ariel Sharon qui commande l’une des trois divisions affectées au front sud plaide pour une attaque rapide et massive par les airs et par la terre avant que les troupes égyptiennes ne se retranchent dans des positions dont il sera difficile de les déloger. Fin mai, Levi Eskhol est si indécis que pour la première fois en Israël un putsch est envisagé.

3 juin. Moshé Dayan est nommé ministre de la Défense et le chef du Mossad est de retour de Washington. Le Pentagone est d’accord pour que le potentiel militaire égyptien soit détruit. On connaît la suite. Le 5 juin, à 8 h 15 du matin, la division d’Ariel Sharon s’ébranle vers le canal, la frontière avec l’Égypte. Principal obstacle, la position fortifiée d’Abou Agheila-Kusseina tenue par la 2e division égyptienne et autour de laquelle se positionnent les unités d’Ariel Sharon. On lui suggère d’attendre le lendemain pour bénéficier d’un appui aérien mais, contre sa hiérarchie, il décide d’attaquer sans tarder de nuit.

Le succès est total et le 6 juin, en fin de matinée, la bataille est terminée. Sa division fonce vers le sud, engageant et bousculant des unités égyptiennes incapables de passer à la contre-offensive. 9 mai, toute la péninsule du Sinaï est conquise (Nasser a accepté la veille le cessez-le-feu exigé par le Conseil de sécurité de l’ONU le 7 mai) et ce même jour Ytzhak Rabin confie à Ariel Sharon le commandement de tout le Sinaï pour y régler les problèmes consécutifs à la guerre, notamment celui des prisonniers égyptiens.

 

De la guerre à la politique

Après avoir terminé sa mission dans le Sinaï, Ariel Sharon se rend pour la première fois de sa vie en Cisjordanie et en famille. Quelques jours plus tard, il est le premier général à être envoyé à l’étranger pour faire la promotion d’Israël. Il est plutôt heureux d’échapper à l’atmosphère de méfiance et d’intrigue qui s’est établie à son encontre dans les hautes sphères militaires.

4 octobre, Ariel Sharon a la garde de ses trois enfants. Il est occupé à répondre aux incessants appels téléphoniques, aux bons vœux en ce jour de Roch Hachana. Un coup de feu. Il se précipite. Son fils Gur a une horrible blessure à l’œil. Il s’est blessé en jouant en compagnie de son petit frère Omri et d’un ami avec un fusil de collection de son père. Il meurt alors qu’Ariel Sharon le porte dans ses bras en courant vers l’hôpital le plus proche, sa femme ayant emprunté leur voiture.

Il recevra une lettre de condoléances de Menahem Mendel Schneerson, une relation qui durera jusqu’à la mort en 1994 de ce rabbi de Loubavitch, ce qui explique (bien qu’Ariel Sharon soit modérément religieux et sans affinité avec cette tendance sioniste du hassidisme) que des adeptes de ce rabbi assisteront à la cérémonie annuelle du souvenir de Gali et son fils Gur, ce qui explique également l’appui des fidèles de cette tendance (sioniste) du hassidisme à Ariel Sharon, sauf à l’occasion du retrait des implantations de la bande de Gaza.

Je passe sur les grandes manœuvres diplomatiques (comme le sommet de Khartoum) et m’en tiens à l’activité d’Ariel Sharon qui doué d’une formidable mémoire topographique explore la Cisjordanie. Pour des raisons exclusivement stratégiques, il veut encourager les implantations juives sur l’ensemble du territoire, notamment sur les hauteurs des collines de Judée et de Samarie afin de contrôler les fédayins de diverses obédiences. Il s’oppose au plan Allon (conçu par le général Yigal Allon en juin 1967) qui va être adopté par le Parti travailliste au pouvoir. Mais il ne se décourage pas et pose les bases des implantations en construisant des logements destinés aux officiers affectés aux centres de formation. Et il emmène des hommes politiques dans ses tournées d’inspection afin de les convaincre du bien-fondé de ses vues, ce qui irrite les généraux de l’état-major. Contre la défense statique, genre ligne Maginot, il préconise une défense plus en arrière, le long des lignes de crête, avec unités mobiles d’infanterie mécanisée et de blindés.

Ariel Sharon s’oppose violemment à la construction de la ligne Bar-Lev. Personne ne le soutient à l’état-major, à l’exception du général des blindés Israël Tal. Haïm Bar-Lev est furieux. Soutenu par Moshé Dayan, il obtient la mise à la retraite d’Ariel Sharon, ce général aussi indiscipliné que populaire. Golda Meir sollicitée refuse d’intervenir dans les chamailleries de l’état-major. C’est alors qu’Ariel Sharon va tenter pour la première fois d’entrer en politique. Mais dans quel parti ? Sur le papier, il est membre du Parti travailliste par le mochav de son enfance et sa jeunesse. Mais il tient de ses parents un farouche esprit d’indépendance et un solide pragmatisme qu’il oppose aux idéologies. Il note que la direction du Parti travailliste (au pouvoir depuis 1948) ne manque pas d’ex-généraux prestigieux qui ne désirent guère voir débouler chez eux une personnalité aussi dérangeante. Le Hérout de Menahem Begin est porteur d’une idéologie qui ne l’a jamais séduit. Il pense au Parti libéral, le moins idéologue des partis politiques du pays. Puis tout va très vite. Le chef du Parti libéral ménage une rencontre entre Ariel Sharon et Menahem Begin. Ariel Sharon se sent très mal à l’aise. Un accord est néanmoins scellé : si le bloc de droite remporte les élections, Ariel Sharon élu à la Knesset sur la liste libérale fera partie du gouvernement. Ce projet doit rester secret jusqu’au lancement de la campagne électorale. Mais dès le lendemain de cette rencontre, l’accord est révélé par la presse. Qui est à l’origine de cette fuite ? Ariel Sharon lui-même ? Le bloc de gauche, inquiet, demande à ce que l’armée récupère Ariel Sharon au plus vite. Haïm Bar-Lev qui ne veut pas perdre la face lui transmet sa nouvelle affectation, une tournée de deux mois de conférences et de visites dans des pays amis.

 

Main de fer à Gaza

Au cours de cette tournée qui lui donne le temps de réfléchir à son avenir, Ariel Sharon multiplie les contacts. Il est revenu dans l’armée et estime avoir des conseils à donner en matière de lutte contre le terrorisme et une possible attaque de pays arabes. L’Égypte et la Syrie restent agressives. L’O.L.P. s’est fortifiée en Jordanie. Ariel Sharon redit combien il juge inutile la ligne Bar-Lev et il défend deux idées qui lui semblent essentielles : la mise en place d’implantations juives en Cisjordanie et à Gaza, ainsi qu’une planification « dynamique » d’un possible conflit ouvert dans le Sinaï et le Golan, avec l’éventuel franchissement du canal de Suez dans le but de porter la guerre en Égypte même. Mais il reste sage et se tait, comme il l’a promis à Haïm Bar-Lev et à Moshé Dayan lors de sa réintégration. Il sait qu’il est populaire et admiré à l’étranger, il sait qu’il est le plus qualifié pour succéder à Haïm Bar-Lev. Néanmoins, il garde en tête d’entrer en politique. En 1966, il obtient un diplôme universitaire en droit public, ce qui fait plaisir à sa mère. Il bénéficie du soutien inconditionnel de sa femme, Lily, qui l’encourage à monter toujours plus haut dans la hiérarchie militaire et politique.

En août 1969, il se voit confier le commandement Sud et, à ce titre, il doit compléter la construction de la ligne Bar-Lev qu’il a tant critiquée et organiser des ripostes. En effet, l’Égypte harcèle cette ligne afin de provoquer le maximum de perte et lasser l’opinion publique israélienne. Entre mars 1969 et août 1970, ces actions de harcèlement font 367 morts et plus de 2 000 blessés dans les rangs de Tsahal. Ariel Sharon sollicite sans succès la permission de lancer des incursions sur la rive ouest du canal afin d’y détruire les batteries de SAM.

En août 1970, des tractations diplomatiques entre l’Égypte et les États-Unis amènent une accalmie dans le secteur. L’idée d’une tête de pont sur la rive ouest du canal retient l’attention du gouvernement Golda Meir. Les relations entre Ariel Sharon et ses collègues se sont par ailleurs améliorées. Cette accalmie le long du canal permet au commandement Sud d’intensifier la lutte contre les fédayins venus de Jordanie, du Liban et de Gaza. En effet, depuis 1967, la dépression de l’Arava qui relie le sud de la mer Morte à Eilat est l’objet d’incursions de fédayins venus de Jordanie et d’Arabie saoudite. Ils attaquent les usines de potasse et le pipe-line. Ariel Sharon reprend sa tactique offensive. A cet effet, il commence par recruter des pisteurs bédouins de la région. Et pour la première fois, Tsahal fait irruption en Arabie saoudite. Les commandos d’Ariel Sharon investissent le village de Sufi avec l’accord du gouvernement israélien. Ils en chassent les fédayins de l’O.L.P. ainsi que la garnison saoudienne. Ils y resteront jusqu’en septembre 1970. Par ailleurs, le roi Hussein de Jordanie commence à mener la vie dure aux fédayins, suite notamment aux détournements d’avions occidentaux. Viendra Septembre noir puis l’expulsion des fédayins du royaume hachémite de Jordanie. Yasser Arafat s’installe au Liban. Le calme revient dans l’Arava. En janvier 1971, avec l’assassinat d’une famille juive à Gaza, le feu vert est donné à Ariel Sharon pour qu’il « s’occupe » de Gaza.

Ariel Sharon en compagnie de deux de ses officiers parcourt en jeep la bande de Gaza, sans protection. Ils observent le terrain, les zones densément peuplées et les zones agricoles. Il décide de faire quadriller étroitement le territoire par des unités de la taille d’une section. Les soldats observeront et apprendront à déceler une activité inhabituelle, suspecte donc, ce qui entraînera aussitôt un couvre-feu de vingt-quatre heures avec fouille méthodique. Les soldats ne tardent pas à devenir experts dans l’art de déceler les fausses cloisons. Pour la première fois, Ariel Sharon fait entrer en action des unités spéciales déguisées en Arabes. Il expulse vers le Sinaï des Bédouins qui nomadisent dans le Néguev. Ces derniers ont des rapports plutôt cordiaux avec les Juifs mais ils ne peuvent s’empêcher de se livrer à des trafics dont celui d’armes et en partie destinées à Gaza. Les milieux de gauche mais aussi des officiers critiquent ces méthodes. Parmi ces derniers, le gouverneur militaire de Gaza, le général Ytzhak Pundak qui estime que pour affaiblir le soutien aux fédayins, il faut améliorer les conditions de vie de la population de Gaza. Moshé Dayan en prend note et au grand dam d’Ariel Sharon, il transfère la responsabilité de Gaza du commandement Sud au commandement Centre. Avant de quitter son poste, Ariel Sharon parvient à fonder deux implantations, l’une dans le Sinaï, l’autre dans la bande de Gaza (qu’il sera amené à démanteler, respectivement en 1982 et en 2005). Il programme son départ de l’armée pour mai 1973. Contrairement à de hauts responsables politiques (dont Golda Meir) et militaires (dont Moshé Dayan), il comprend que les gesticulations égyptiennes doivent être prises très au sérieux. Fin juin 1973, il quitte l’armée au cours d’une cérémonie d’adieux. Depuis trente ans, il a toujours été en première ligne pour défendre les implantations, les frontières et l’accès à l’eau. Suite à ce départ, les milieux politiques savent qu’il va falloir compter à présent avec lui et que l’hégémonie travailliste risque d’en souffrir.

(à suivre) 

Olivier Ypsilantis

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