Des « Je me souviens » dans l’Histoire 

 

En Header, un graffiti du camp de Drancy.

 

Je me souviens d’Aloïs Hudal, un évêque catholique autrichien qui défendit une synthèse entre le catholicisme et le national-socialisme, ce qui, disons-le, ne fut pas du goût du Vatican.

Je me souviens de la bataille du château d’Itter, 4 et 5 mai 1945, qualifiée de « la plus étrange bataille de la Seconde Guerre mondiale ». Je me souviens plus particulièrement de Josef Gangl. Je me souviens que le groupe suédois Sabaton chante cette geste dans « The Last Battle ».

Je me souviens des subterfuges avant et au cours de Operation Overlord. Je me souviens plus particulièrement des paradummies, de Rupert.

 

Un Rupert, un paradummy.

 

Je me souviens que la femme d’Ante Pavelić, le fondateur des Oustachis, Marija Lovrenčević, était d’origine juive et que son mari la déclara « Aryenne d’honneur ».

Je me souviens du massacre de Bleiburg, un meurtre de masse trop oublié et qui eut lieu dans une région champêtre, genre carte postale, entre l’Autriche et la Slovaquie.

Je me souviens de Operation Keelhaul. Seul le Liechtenstein sut s’y opposer.

Une fois encore, je me souviens du cercle de Kreisau, der Kreisauer Kreis :

http://resistanceallemande.online.fr/kreisau/kreisau.htm

Je me souviens que nombre d’officiers soviétiques ayant participé à la Guerre Civile d’Espagne furent exécutés sur ordre de Staline à leur retour en Union soviétique. Parmi eux, l’attaché militaire Vladimir Gorev.

Je me souviens de la silhouette du KV-2 et de celle de l’ISU-152, des monstres.

Je me souviens de Gusta Dawidson Draenger, nom de code « Justyna ». Je me souviens du courage et de la beauté de Gusta Dawidson Draenger.

 

Gusta Dawidson Draenger (1917-1943)

 

Je me souviens d’Hélène de Francqueville d’Abancourt décédée à Ravensbrück.

Je me souviens de Renée Gaudefroy, dite « Pauline », du réseau OSE-Garel, Juste parmi les nations, tuée en juin 1944 par des Maquisards FTPF qui la prirent pour une espionne. N’oubliez pas Renée Gaudefroy :

http://maitron-fusilles-40-44.univ-paris1.fr/spip.php?article203910

Je me souviens de Carl Goerdeler, bourgmestre de Leipzig.

Une fois encore, je me souviens du Mouvement de la jeunesse sioniste (M.J.S.), en particulier de Marianne Cohn et de Mila Racine. Je me souviens de Jean Deffaugt, maire d’Annemasse, Juste parmi les nations.

Je me souviens du matricule 60532, rescapé d’Auschwitz.

Une fois encore, je me souviens de Bruno de Solages, recteur de l’Institut catholique de Toulouse. Je me souviens de cette parole que la Gestapo jugeait plus dangereuse qu’un attentat à la grenade.

Je me souviens que le mémoire universitaire d’Hélène Berr traitait de l’interprétation de l’histoire romaine dans Shakespeare et qu’elle avait en projet, pour son doctorat, d’étudier l’influence de l’inspiration hellénique sur la poésie de John Keats.

Je me souviens de « Seuls dans Berlin » (Jeder stirbt für sich allein) de Hans Fallada (Rudolf Ditzen). Je me souviens d’Anna et Otto Quangel dont l’histoire s’inspire de celle d’Elise et Otto Hampel, guillotinés le 8 avril 1943 à la prison de Plötzensee. Je me souviens que dans le film de Vincent Perez, le rôle d’Anna Quangel/Elise Hampel est tenu par Emma Thompson.

Je me souviens qu’Hélène Berr la Parisienne et tant d’autres durent porter l’étoile jaune pour la première fois le 8 juin 1942.

 

Hélène Berr (1921-1945)

 

Je me souviens de l’Armée juive, née à Toulouse fin 1941 – début 1942.

Je me souviens du juriste Josef Hartinger. Il ne cessa d’opposer le droit à la violence et dès la tentative de putsch d’Hitler en 1923.

Je me souviens de l’Œuvre de secours aux enfants (O.S.E.), de son œuvre immense sous l’Occupation. Je me souviens du réseau Garel – du réseau O.S.E.-Garel – et de Georges Garel. Je me souviens de Gilbert Lesage, du R.P. Pierre Chaillet, de l’abbé Alexandre Glasberg et de bien d’autres.

Je me souviens de Frédéric Hammel (totem, Chameau) et de Robert Gamzon (totem, Castor soucieux), les fondateurs des Éclaireurs israélites de France.

Je me souviens de ce visage ; je n’ai jamais pu l’oublier : Tamara Litsinskaya.

 

Tamara Litsinskaya (1910-1937)

 

Je me souviens du réseau Westerweel. Je me souviens de Joop et de Wilhelmina Westerweel. N’oubliez pas Wilhelmina et Joop Westerweel.

Je me souviens que le 7 juin 1942, à la demande des autorités allemandes, le préfet de la Seine ordonna aux Juifs de ne voyager dans le métropolitain qu’en seconde classe et dans la dernière voiture de la rame.

Je me souviens de certains Tegart Forts, en Israël, à commencer par celui de Latroun. Je me souviens que ces forts doivent leur nom à Sir Charles A. Tegart.

Je me souviens du général Kurt von Hammerstein-Equord, chef d’état-major de la Reichswehr. Il fut l’un des plus purs représentants des valeurs aristocratiques face au nazisme.

Je me souviens de Liselotte Herrmann, jeune étudiante communiste exécutée à la prison de Plötzensee en 1938.

Je me souviens de Piccadilly Circus, un surnom donné au point de rassemblement des navires destinés au débarquement de Normandie, à une trentaine de kilomètres au sud-est de l’île de Wight.

 

Piccadilly Circus, D-Day (le cercle en pointillés au sud-est de l’île de Wight)

 

Je me souviens que le sculpteur Yann Goulet fut le fondateur et le chef du Bagadoù Stourm, service d’ordre du Parti national breton (P.N.B.). Je me souviens de sa sculpture, Custom House Memorial Dublin ; mais ce n’est que bien après, au cours d’une promenade Internet, que je découvris le nom et l’œuvre de son auteur, par ailleurs fort doué, et son engagement politique sous l’Occupation.

Je me souviens que Marcel Déat fut reçu second à l’agrégation de philosophie en 1920.

Je me souviens de Mihail Sebastian – Iosif Hechter –, de son « Journal (1935-1944) ».

Je me souviens que Birkenau signifie la prairie aux bouleaux.

Je me souviens de Basil Henry Liddell Hart et de sa théorie de l’indirect approach.

Je me souviens du carnage que firent les B1-bis Creuse et Riquewihr dans le village de Stonne, en mai 1940.

Je me souviens de mots issus du lexique concentrationnaire. Il suffit que je rencontre l’un d’eux pour que l’horreur s’immisce. Parmi ces mots : Appellplatz, Block, Blockältester, Kanada, Häftling, Kaninchen, Mützen ab, Prominent, Sonderkommando, Stück, Vernichtung, Wstawac…

Je me souviens de Victor Klemperer et de ses recherches sur la LTI, Lingua Tertii Imperii.

Je me souviens que dans « Le jour le plus long » de Darryl F. Zanuck, Bourvil avale sa soupe entouré de gros meubles Henri II, alors typiques de la France provinciale et populaire, et qu’il laisse tomber sa cuillère de ravissement lorsqu’il entend au cours de l’émission de la BBC, « Les Français parlent aux Français », ce message répété : « Jean a de longues moustaches » qui l’engage à passer à l’action, soit couper les lignes téléphoniques entre les zones de débarquement et les quartiers généraux ennemis.

Je me souviens des Funnies de Percy Hobart, les Hobart’s Funnies. Parmi ces nombreuses curiosités, je me souviens du Crocodile, un char lance-flammes, du Bobbin, du Fascine, du Bullshorn Plough, du Crab (son cylindre rotatif et ses chaînes lestées destinées à faire exploser les mines), du DD (Duplex Drive tank et sa jupe imperméable et amovible en caoutchouc).

 

Funnies conçus par Percy Hobart (au centre de l’image)

 

Je me souviens du professeur N. G. L. Hammond, spécialiste de la Grèce antique, de la Macédoine plus particulièrement, officier du Special Operations Executive (S.O.E.) engagé aux côtés de la résistance grecque et de ses nombreuses actions.

Je me souviens de cette lettre que Simone Weil écrivit à Georges Bernanos après avoir lu « Les grands cimetières sous la lune ». C’est à ma connaissance le texte le plus vrai sur la Guerre Civile d’Espagne. Il ne départage pas les Bons et les Méchants et confirme de nombreux témoignages que j’ai pu recueillir, sur le terrain, en Espagne. Mais lisez cette lettre :

https://www.deslettres.fr/lettre/lettre-de-simone-weil-a-georges-bernanos-jai-reconnu-cette-odeur-de-guerre-civile-de-sang-et-de-terreur/

Je me souviens du Bretonische Regierung.

Je me souviens de cet écrivain pas assez connu, Léon Werth, auteur notamment d’un volumineux journal tenu entre 1941 et 1944, « Déposition », un témoignage par le détail et d’une terrible acuité sur la France de Vichy ; et je ne puis me souvenir de lui sans me souvenir de l’éditrice Françoise Hamy. Je me souviens qu’Antoine de Saint-Exupéry a dédicacé « Le petit Prince » à son ami Léon Werth.

Je me souviens de « Irgendwo in Berlin » (1946), un film de Gerhard Lamprecht. Et en voyant ce film, je me suis souvenu de cet écrit de Wolfgang Borchert de la Trümmerliteratur, « Dehors devant la porte » (Drauβen vor der Tür), Hamburg 1945. Combien de Beckmann dans l’Allemagne d’alors ?

Je me souviens d’Edwin Joseph Cohn (1892-1953). Il mit au point la technique de fractionnement du plasma en ses différentes protéines, permettant ainsi la préparation d’albumine, avec stockage, transport et utilisation sur le théâtre des opérations.

 

Derrière cette image prise sur une plage du débarquement, en Normandie, un nom : Edwin Joseph Cohn (1892-1953), responsable du Blood Fractionation Project.

 

Je me souviens que parmi les avions que je détallai le plus attentivement au Musée de l’Air et de l’Espace (alors installé à Chalais-Meudon, dans le premier hangar à dirigeables du monde, le hangar Y) figuraient le Nord 1500 Griffon II et le Dewoitine D.520.

Je me souviens du photographe américain William Betsch, de ses photographies de graffitis du camp de la Muette, à Drancy, recueillis dans « Drancy et le travail d’oubli ».

Je me souviens…

Olivier Ypsilantis

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