Quelques notes de lecture – 1/2

 

En Header, l’état actuel de la maison où eurent lieu les réunions secrètes du Kreisauer Kreis, une maison implantée sur le domaine de Kreisau, alors propriété de la famille von Moltke. 

 

L’un des plus puissants bastions de la résistance antinazie en Allemagne : l’Abwehr. Ci-joint, un lien sur cette organisation de l’armée allemande qui opéra de 1921 à 1944 :

https://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/Holocaust/Abwehr.html

On n’évoque pas assez cette résistance, peut-être parce qu’elle n’était pas communiste et qu’elle était profondément conservatrice. Voir le colonel Hans Oster, antinazi par instinct et qui après l’assassinat de son supérieur, le général Ferdinand von Bredow, au cours de la nuit des Longs Couteaux, entre activement dans la lutte contre les Nazis. A Ferdinand von Bredow succède le capitaine Konrad Patzig qui ne tarde pas à se quereller avec la Gestapo et la SS. Au capitaine Konrad Patzig succède l’amiral Wilhelm Canaris, un anticommuniste résolu qui méprise la République de Weimar mais aussi les Nazis. L’étude de la collaboration entre Hans Oster et Wilhelm Canaris est un sujet passionnant. Chacun profita des qualités et des activités de l’autre pour une collaboration des plus efficaces.

 Hans Oster

Colonel Hans Oster (1887-1945)

 

Parmi les contacts pris par Hans Oster dans le but de renverser Hitler, Fabian von Schlabrendorff, l’un des rares survivants de cette résistance conservatrice. Il est l’auteur d’un livre « Officiers contre Hitler » et il organisa un attentat contre le Führer qui faillit réussir. Fabian von Schlabrendorff réfute cette histoire selon laquelle il n’y eut de véritable opposition à Hitler que lorsque la guerre sembla perdue.

N’oubliez pas le Cercle de Kreisau (Der Kreisauer Kreis) ! N’oubliez pas son fondateur, Helmuth James Graf von Moltke, et sa femme, Freya ! N’oubliez pas son cousin, Peter Graf Yorck von Wartenburg ! :

http://resistanceallemande.online.fr/kreisau/kreisau.htm

Existe-t-il une traduction de « Letzte Briefe » ? J’enrage de ne pouvoir lire ces lettres dans l’original. Une belle édition brochée de 1952, publiée chez Henschel Verlag, est disponible chez Amazon.com pour trois euros !

 

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L’hellénisation de communautés juives, notamment celle d’Alexandrie (alors la plus grande ville du monde). Depuis la conquête d’Alexandre (IVe siècle av. J.-C.), la culture grecque s’est peu à peu imposée dans la bourgeoise juive et la noblesse romaine. Les tentatives de conciliation apologétique de la Torah et de la philosophie grecque (voir Aristobule). Les traces de la rencontre de ces deux civilisations se retrouvent dans certains livres de l’Ancien Testament que le judaïsme n’a pas retenus comme faisant partie du Canon biblique mais qui n’en sont pas moins mentionnés par la Tradition.

La Septante, soit la traduction de la Torah en grec par les Septante (de fait, soixante-douze anciens réquisitionnés par le roi Ptolémée Philadelphie au IIIe siècle av. J.-C.). D’une manière générale, cette traduction de l’hébreu au grec rend le texte plus philosophique — plus conceptuel, plus abstrait. André Neher : « C’est ainsi que la terminologie éthique (…) est multipliée aux dépens de la terminologie mystique ou affective (…). C’est ainsi encore que la priorité est donnée à l’ontologique sur l’historique ». Il est probable que les Juifs d’Alexandrie n’aient connu leur tradition que par la Septante (voir le cas de Philon). La question des anthropomorphismes relatifs à cette traduction. Voir ce qu’en dit Gérard Bensussan. La question de l’allégorisme.

Helléniser la Torah ou judaïser la philosophie ? Dans cette première optique (celle des thérapeutes), tout dans le texte est tenu pour allégorique, porteur d’un message philosophique général. Dans cette seconde optique, la tendance à la lecture allégorique reste subordonnée à un respect maximal pour la littéralité du texte.

Philon d’Alexandrie (dit Philon le Juif) étudie en même temps la Bible et la philosophie. Tout en se réclamant d’abord de Platon, il est également influencé par la synthèse du platonisme et du stoïcisme qu’avait tentée le stoïcien Posidonius. Considéré comme le précurseur du néoplatonisme, Philon d’Alexandrie peut être avant tout considéré comme l’ancêtre objectif de toute la pensée scolastique médiévale, juive, chrétienne et musulmane. Afin de caractériser son œuvre, Gérard Bensussan fait usage d’une expression qui sert généralement à caractériser le Talmud : « l’immensité océanique des traités ». Philon d’Alexandrie n’a pas été retenu par la tradition juive. Le très riche héritage du judaïsme hellénistique a fait l’objet d’une appropriation essentiellement chrétienne. Ce n’est qu’au début du XXe siècle qu’un disciple du Rav Kook, le Rav Hanazir, réattribue au judaïsme la pensée de Philon d’Alexandrie. Lire « Les références à Philon d’Alexandrie dans l’œuvre du Rav Hanazir, disciple du Rav Kook » d’André Neher. Son influence sur la philosophie juive médiévale via le néoplatonisme.

 Philon d'Alexandrie

Philon d’Alexandrie (Φίλων ὁ Ἀλεξανδρεύς, 25 av. J.-C. / 50 ap. J.-C.)

 

Dans « Salomon Maimon et l’échec de la philosophie juive moderne », Yitzhak Y. Melamed (John Hopkins University) définit la philosophie juive comme une « tentative de rendre compte des pratiques et croyances religieuses et culturelles juives de manière informée et bien argumentée ». Toujours selon lui, Salomon Maimon (1753-1800) serait le mieux placé pour répondre à cette définition ; et peut-être même serait-il le seul. Parmi les modernes qui revendiquent le judaïsme et la philosophie, peu seraient de grands philosophes (il ne cite que Salomon Maimon, Hermann Cohen et Emmanuel Levinas) et peu seraient de grands connaisseurs des choses juives (il ne cite que Moïse Mendelssohn, Salomon Maimon, Nachman Krochmal et Joseph Ber Soloveitchik). Par ailleurs, il reproche à certains (Franz Rosenzweig, Emil Fackenheim et Leo Strauss) d’être parfaitement ignorants du Talmud et il reproche à presque tous de le dédaigner au nom d’une centralité de la Bible — une démarche qui évoque plus le protestantisme que le judaïsme — mis à part Salomon Maimon, Yeshayahou Leibowitz, Joseph Ber Soloveitchik et Emmanuel Levinas. Ci-joint, l’intégralité d’un article intitulé « Salomon Maimon et l’échec de la philosophie juive moderne » de Yitzhak Y. Melamed :

https://rgi.revues.org/361

Marc Israël fait remarquer : « De fait, la philosophie juive moderne naît souvent d’un complexe vis-à-vis de l’universalisme chrétien qui croit devoir se défaire du pur particulier que serait le Talmud pour rejoindre le pur universel que serait la Bible, cette « chose du monde la mieux partagée » ; et : « L’intégration de la vision chrétienne du judaïsme comme un particularisme converge avec la haine du Texte suprême des Pharisiens : le Talmud ». Souvenez-vous que Heinrich Heine avait écrit (voir « Sur l’histoire de la religion et de la philosophie en Allemagne ») : « Mendelssohn détruisit l’autorité du talmudisme et fonda un pur mosaïsme. Tout comme Luther avait renversé la papauté, Mendelssohn renversa le Talmud, et exactement de la même façon, c’est-à-dire en répudiant la Tradition, en déclarant que la Bible était la source de la Tradition et en en traduisant la plus grande partie. Ainsi détruisit-il le catholicisme juif, tout comme Luther détruisit le catholicisme chrétien ». Cette appréciation de Heinrich Heine est un peu courte ainsi que j’ai pu le comprendre en lisant par exemple l’étude que David Sorkin intitulée « Moïse Mendelssohn – Un penseur juif à l’ère des Lumières », livre dont j’ai rendu compte sur ce blog même dans une suite de trois articles.

 

Achaemenid plaque from Persepolis

L’étendard de Cyrus le Grand (Musée archéologique d’Iran, Téhéran) découvert dans l’Apadana, à Persépolis. 

 

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Alexandre se pose en vengeur de l’Achéménide Darius III après son assassinat en juillet 330. Entre son arrivée en Perse et l’incendie de Persépolis (soit entre janvier et mai 330), Alexandre va s’efforcer de se concilier l’appui de la population perse qui entretient des rapports privilégiés avec le Grand Roi et la dynastie achéménide. Le peuple perse et la famille royale appartiennent à la même communauté ethno-culturelle, la Perse constituant le cœur de l’Empire. Pourtant, si Alexandre revêt les attributs impériaux de la royauté achéménide, il n’apparaît pas pour autant en Perse comme un roi perse, d’où sa préoccupation constante pour y parvenir, avec des temps forts comme sa visite à Pasargades et le soin apporté au tombeau de Cyrus le Grand. La résistance et la dissidence des Perses se prolongeant, il ordonne à contre-cœur l’incendie des palais afin qu’ils comprennent qui est à présent le vrai maître. Il n’en garde pas moins en tête de rallier la noblesse iranienne, une noblesse qui soucieuse de conserver ses privilèges collabore sitôt qu’elle a compris qu’Alexandre n’entend pas y toucher, y compris en Iran oriental (Bactriane et Sogdiane), la partie de l’Empire la plus difficile à conquérir et à pacifier.

L’assassinat de Darius III constitue en quelque sorte une opportunité pour Alexandre qui se pose en vengeur et continuateur du Grand Roi dont il fait porter la dépouille à Persépolis avec tous les honneurs dus à son rang. Ainsi le Macédonien devint-il le vengeur de l’Achéménide. Une fois encore, il s’agit pour Alexandre de rassembler autour de lui l’aristocratie iranienne, colonne vertébrale de l’Empire depuis les temps immémoriaux. C’est en octobre 331, après son entrée à Babylone, qu’il confie pour la première fois à un noble perse rallié la satrapie de Babylonie. Il poursuit sur sa lancée à Suse à Persépolis, dans les satrapies du Plateau iranien. Ce faisait, Alexandre multiple les précautions ; par exemple, il se garde de confier les satrapies à des inconnus, et la force militaire reste aux mains des Macédoniens.

Le pragmatisme et la prudence caractérisent Alexandre. Son mariage avec Roxane (en 327), princesse sogdienne, s’inscrit dans cette tendance, avec la nomination de son beau-père, Oxyarthès, au rang de satrape de Parapamisades. Une fois encore, il s’agit d’attirer autour de sa personne la noblesse iranienne, colonne vertébrale de l’Empire achéménide ; mais la noblesse macédonienne en prend ombrage. Pourtant, au cours de la cérémonie nuptiale, et contrairement à ce qui a été dit, le rite choisi n’est pas iranien mais macédonien, une manière de signifier aux Iraniens que c’est à eux de s’adapter. La levée de trente mille jeunes Iraniens entraînés selon les méthodes macédoniennes et placés dans l’obligation d’apprendre la langue grecque va dans le même sens. Peu après, à Suse, en 324, Alexandre épouse deux princesses achéménides — sans répudier Roxane. Au cours de cette cérémonie, son ami Héphestion épouse la sœur d’une des épouses d’Alexandre, fille de Darius, car Alexandre désire que les enfants issus de ce mariage soient ses neveux et ses nièces. Et dans la foulée, quatre-vingt Compagnons (Hétaires) sont mariés à des filles de la noblesse iranienne. Cette cérémonie d’un luxe inouï est célébrée selon le rite perse, sous une tente conçue sur le modèle de l’Apadana. Cette cérémonie qui poursuit et amplifie le mariage avec Roxane souligne la nécessité dans laquelle se trouve Alexandre de gouverner avec ceux contre lesquels il s’est battu, tout en amenant les Macédoniens à accepter bon gré mal gré l’idée d’une telle collaboration.

Parallèlement, Alexandre poursuit son objectif : la création d’une armée macédono-iranienne. C’est du retour de l’Inde que datent les plus importantes mesures. L’opposition de ses soldats macédoniens sur l’Hyphase l’a amené à réfléchir. La réforme touche d’abord la cavalerie. Les cavaliers iraniens qui ont combattu en qualité d’auxiliaires sont intégrés à la cavalerie des Compagnons. Par ailleurs, un Cinquième hipparchie est constitué avec une majorité d’Iraniens. Parmi ses officiers figure la fine fleur de l’aristocratie iranienne, des officiers devenus beaux-frères de nobles macédoniens au cours des noces de Suse. Ainsi Alexandre conjugue-t-il des mesures matrimoniale et militaire dans le but d’unir les deux aristocraties. La constitution d’une phalange mixte va susciter quant à elle une forte opposition de la part des Macédoniens ; et pendant plusieurs mois, les Iraniens se constituent en une phalange bien distincte, formée sur le modèle macédonien mais commandée par des Perses. Suite à la crise survenue à Opis, au cours de l’été 324, sur le Tigre, avec la bouderie d’Alexandre puis la réconciliation entre les Macédoniens et leur roi, la nouvelle phalange est constituée à Babylone, en 323. En deux ans Alexandre réussit à mettre sur pied une armée nouvelle, une armée macédono-iranienne, ce qui va lui permettre d’envisager de nouvelles conquêtes et de remédier à l’épuisement de la Macédoine pour cause de levées continuelles.

 

Empire Achéménide

L’Empire d’Alexandre le Grand et les partages consécutifs à sa mort. 

 

Les deux axes de la politique d’Alexandre : faire appel aux cadres iraniens afin de consolider l’œuvre de conquête ; conserver à l’élément macédonien une place de choix autour de sa personne. La frontière qu’il impose fait fi de la division ethnique (Grecs d’un côté et Barbares de l’autre), elle est sociale : seuls sont appelés à collaborer — à gouverner — ceux qui constituaient l’élite dirigeante de l’Empire achéménide.

Tous les auteurs anciens prennent note d’un changement dans le comportement d’Alexandre à partir de 330, le roi adoptant toujours plus les usages perses, ce qu’explique la nécessité dans laquelle il se trouve de séduire l’aristocratie iranienne afin d’organiser ses immenses conquêtes et de leur assurer une pérennité. Alexandre ne revêt le costume de cérémonie perse que dans des circonstances exceptionnelles, il n’empêche que les Macédoniens en prennent ombrage. Étudier le procès de Philotas, fils de Parménion, chef de la cavalerie depuis le début de l’expédition. Suite à ce procès, Alexandre multiplie les violences à l’égard des chefs macédoniens qui se risquent à lui faire des remarques. Parmi ces violences, le meurtre de Kleitos, un intime, au cours d’un banquet tenu en hiver 328/7, après les victoires de Sogdiane. Cet épisode est l’un des plus étudiés de la vie du conquérant. Parmi les reproches que lui adresse Kleitos : l’évolution du pouvoir royal (voir la conception qu’en ont les Macédoniens) vers l’autocratie. En la circonstance, il exprime publiquement ce que Philotas exprimait en privé. Kleitos reproche à Alexandre de se comporter toujours plus comme un monarque absolu de type oriental et de s’éloigner du modèle macédonien. Les participants à ce banquet étaient probablement ivres. Alexandre dégrisé regrettera amèrement son geste. Cet épisode nous rappelle la défiance grandissante des nobles macédoniens envers un roi qui se comporte de moins en moins comme un des leurs.

 (à suivre)

Olivier Ypsilantis

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