Notes griffonnées à Lisbonne – 4/6

 

Rabbi Binyamin Elon Rabbi Binyamin Elon (né en 1954)

 

L’imbroglio syrien va probablement permettre de séparer le bon grain de l’ivraie, si vous me permettez l’expression. Ivraie, la Turquie d’Erdogan dont j’espère la partition, l’éclatement, la réduction à un croupion. Israël a consommé sa rupture avec un pays où l’antisémitisme le plus ignoble est cultivé, avec accusation de meurtre rituel et j’en passe. La rupture est consommée depuis l’affaire de la flottille dite de « la liberté » et son navire-amiral avec équipage d’humanitaires-terroristes financé par l’IHH, une ONG « humanitaire » turque, officine des services secrets turcs (MİT) qui multiplie les bonnes affaires avec l’État islamique. Le plan concocté par Oded Yinon au début des années 1980  ne serait-il pas en voie de réalisation, tant dans le monde arabe que turc, avec structuration d’un Grand Kurdistan ? J’ose l’espérer. Plan Yinon et Plan Elon ; mais ceci est une autre histoire.

Ma colère contre le cœur du monde arabo-sunnite, l’Arabie Saoudite et le Qatar, n’a d’égal que ma colère contre la Turquie d’Erdogan, une Turquie islamisée à pas tranquilles et jusque dans les casernes, une Turquie que nous étions prêts à accueillir dans l’Europe. Souvenez-vous, entre autres choses, des minauderies de Zapatero face à Erdogan. Il est vrai que la bêtise de ce chef de gouvernement — et sur toute la ligne — dépassait tout ce qu’on avait pu voir. On se frottait les yeux en se répétant : « Ce n’est pas possible, je rêve… » Quant à la France, elle est extraordinairement emberlificotée avec ces Arabo-sunnites, prise dans une suite de figures du Kamasutra…  L’envie de faire irruption dans ce qui est bien un bordel, de mettre fin à ces laborieuses copulations, d’ouvrir grand les fenêtres et de désinfecter méthodiquement cette turne.

Nous nous trompons d’amis et nous nous trompons d’ennemis. Bien sûr, il ne s’agit pas de déclarer tout de go que nos amis sont nos ennemis et que nos ennemis nos amis mais d’avoir un peu plus de discernement et ne pas se contenter de vivre au jour le jour. Serions-nous privés de vision ? Lorsque j’entends le chef du Gouvernement Emmanuel Valls inviter les Saoudiens et Qataris à investir en France, je m’inquiète. Les manœuvres de Nicolas Sarkozy auprès des Qataris m’inquiétaient déjà ; je me disais que nous manipulions des produits hautement toxiques sans avoir pris soin d’en étudier la composition et sans même avoir éteint nos cigarettes. Cette politique arabe de la France m’inquiète grandement depuis au moins une quinzaine d’années. Il ne s’agit en aucun cas de justifier les attentats du 13 novembre, à Paris, et de dénoncer un pays blessé ; mais peut-on pour autant continuer à mener une telle politique étrangère ? Et la France n’est pas seule en cause. Il faudrait évoquer la Belgique où le radicalisme musulman est particulièrement bien implanté et pour diverses raisons. Je n’en évoquerai qu’une. Le roi Baudouin, homme pour lequel j’éprouve par ailleurs un profond respect, a accordé à l’Arabie Saoudite la gestion de la principale mosquée de Bruxelles, en 1967, la mosquée du Cinquantenaire. Je le répète, la Belgique est devenue un nid de salafistes pour bien des raisons, mais celle-ci ne doit pas être ignorée.

L’incident du 24 novembre (le SU-24 abattu par des F-16 turcs) pourrait faciliter cette opération : séparer le bon grain de l’ivraie… La Turquie d’Erdogan, suppôt des Frères musulmans, apparaît enfin à visage découvert. Les cartes vont-elles être redistribuées, pour reprendre une expression consacrée ?

On accuse Obama d’être un suppôt des Frères musulmans. Ne tomberait-on pas une fois encore dans le conspirationnisme ? Il me semble que les États-Unis ayant réduit à presque rien leur dépendance envers les Saoudiens et autres Bédouins, et peu désireux de ce retomber dans un guêpier, se désintéressent tout naturellement de cette région en nous laissant le soin de nous débrouiller, nous dont le confort dépend encore — et pour combien de temps ? — de ces salafistes, wahhabites et autre engeance.

Je ne suis en rien un partisan de Bachar el-Assad, vraiment en rien ; mais si son armée s’évaporait, que resterait-il face à État islamique ? Que resterait-il ? Répondez-moi ? Nous allons probablement vers un éclatement de la Syrie, rien de bien grave en fait. Le Grand Kurdistan et un territoire avec façade maritime se dessinent, ce dernier sous la protection des Russes, avec Alaouites, Chrétiens et autres minorités menacées, un territoire qui pourrait devenir une sorte de Liban septentrional. Ce « réduit syrien » n’a probablement pas vocation à être dirigé par Bachar el-Assad ; mais il faut le constituer et le sécuriser avec son aide. Il me semble que c’est précisément ce que les Russes ont en tête. Et les intérêts des Russes et de l’Europe ont de plus en plus tendance à converger, ce qui n’est pas pour plaire aux États-Unis.

La France qui ne manque pas d’intelligence a une « élite » politique particulièrement incapable. Cette « élite » méprise la connaissance et n’a que peu de contact avec les intellectuels, un mot qui ne suscite plus qu’indifférence et moquerie. Je rejoins le jugement de Gilles Kepel qui déclare dans une entrevue : « La France est gangrenée par une haute fonction publique omnisciente et inculte qui méprise l’université… » Et il poursuit en insistant sur l’incapacité du monde du renseignement à comprendre le djihadisme de troisième génération (un point auquel Gilles Kepel ne cesse de revenir, un djihadisme de type réticulaire et non vertical) avec sédentarisation de l’islam de France. Mais soyons juste : le monde du renseignement a probablement compris beaucoup de choses que la classe politique dans son ensemble n’a pas voulu et ne veut pas comprendre, par clientélisme autant que par souci de « paix sociale ».

Lorsque j’observe le ministre des Affaires étrangères de la France (pour ne citer que lui) ânonner qu’avant toute chose il faut en finir avec l’actuel Président de la République arabe syrienne, je m’inquiète. Une fois encore, je ne suis pas un suppôt de l’actuel régime syrien, mais tout de même… Il aura fallu les tueries du vendredi 13 novembre 2015 pour que François Hollande se réveille et cesse lui aussi d’ânonner. L’éviction de Bachar el-Assad n’est pas la priorité ! Depuis ces attentats, le Président de la République française cherche à mettre sur pied une coalition contre l’État islamique. Mais, bon sang, à quel mot d’ordre obéissait-il en déclarant inlassablement vouloir d’abord en finir avec le Président de la République arabe syrienne ? Agissait-il de son plein gré ? Ses maîtres saoudiens et qataris (ses fournisseurs et ses clients, inquiétés par le fameux « croissant chiite ») ne le tenaient-ils pas en laisse ? Hollande a-t-il enfin compris que les attentats de Beyrouth, dans le fief du Hezbollah, et contre l’avion de ligne russe au-dessus du Sinaï étaient des signes annonciateurs ? Il y a des années que je répète à mes proches qu’un attentat islamiste particulièrement grave se produira en Europe et plus précisément en France, en France ! Et je n’appartiens à aucun service secret ; j’observe, modestement.

Je ne sais de quelle crédibilité peuvent bénéficier ces deux rigolos (Hollande et Fabius) qui après avoir bêlé et beuglé que le problème était Bachar el-Assad se proposent de pactiser avec son régime pour éradiquer l’État islamique, je ne sais vraiment pas.

En lien, un article essentiel. Tout au moins, je le juge comme tel puisqu’il rejoint une analyse que j’ai faite il y a plusieurs années. Cet article intitulé « Daesh, autopsie d’un monstre » désigne l’une des racines du mal, et non des moindres. La France, pour ne citer qu’elle, fréquente assidument les parrains de ce monstre. Souvenez-vous du racolage auquel s’est livré le Premier ministre Manuel Valls peu avant les attentats du 13 novembre 2015. Un mois jour pour jour avant ces attentats, celui-ci en visite à Riyad annonçait une série d’accords, de contrats et de lettres d’intention portant sur dix milliards d’euros. Pecunia non olet pour reprendre une expression consacrée ; certes, il n’empêche que nous fumons dans une poudrerie sans même regarder où nous jetons nos mégots… Ci-joint, le lien en question présenté sous deux formes :

http://www.franceinter.fr/emission-lenquete-daesh-autopsie-dun-monstre

http://www.les-crises.fr/france-inter-daesh-autopsie-dun-monstre/

Le juge Marc Trévidic a déclaré il y a peu : «  Proclamer qu’on lutte contre l’islam radical tout en serrant la main au roi d’Arabie Saoudite revient à dire que nous luttons contre le nazisme tout en invitant Hitler à notre table », une déclaration qui restera dans les annales.

Le lien ci-dessus met par ailleurs l’accent sur un point assez peu évoqué : l’inquiétude de l’Arabie Saoudite et du Qatar face à ce projet de pipeline qui irait de l’Iran à la côte méditerranéenne après avoir traversé l’Irak et la Syrie, un projet qui concurrencerait  dangereusement leur production. C’est alors que Bachar el-Assad fut déclaré hautement dangereux, l’ennemi à abattre…

Je me suis d’emblée moqué des « Printemps arabes », une stupide expression concoctée dans je ne sais quelle officine. Nombre de narines se sont alors dilatées pour humer le parfum de jasmin venu de Tunisie… Je me suis dit que « la fête » allait commencer. J’ai également compris dès le début que l’ASL (Armée Syrienne Libre) n’était qu’un fragile écran derrière lequel s’opéraient (et s’opèrent encore) de bien étranges manœuvres…

Il est beaucoup question du Captagon, une drogue à base d’amphétamines qui serait abondamment utilisée par les combattants de l’État islamique. Certains médias profitent de cette révélation pour rappeler que bien des armées ont fait usage de drogues afin de soutenir des troupes engagées dans des combats particulièrement éprouvants, ce qui est généralement (très) peu rapporté par les historiens. Pourquoi ? Par ignorance ? Heinrich Böll en réclame à ses parents, dans des lettres. Les Allemands ne sont pas les seuls à faire usage de ce puissant stimulateur, synthétisé, breveté en 1937 et commercialisé l’année suivante sous la marque Pervitin.  Si cette drogue aide les soldats à surmonter leur peur et leur fatigue, elle a semble-t-il de terribles effets secondaires en cas d’addiction, parmi lesquels crises cardiaques ou transes qui mènent au suicide. Norman Ohler a mené une enquête à ce sujet, dans un livre intitulé « Der totale Rausch. Drogen im Dritten Reich ». Je ne l’ai pas lu et ne puis donc juger du sérieux de ses conclusions.

 

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 (à suivre)

Olivier Ypsilantis

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