En lisant « Solitude de l’homme – Isolement d’Israël » de Léon Askénazi

 

All the nations of the earth shall bless themselves by your descendants, because you have obeyed My command. Genesis 22: 18 (The Israel Bible)
 

וְהִתְבָּרֲכוּ בְזַרְעֲךָ כֹּל גּוֹיֵי הָאָרֶץ עֵקֶב אֲשֶׁר שָׁמַעְתָּ בְּקֹלִי

In this verse, the Lord repeats His original promise to Avraham and assures him that all the nations of the world will be blessed through him. When we look at the many contributions that the State of Israel makes to the entire world even beyond its spiritual message – such as its technological, agricultural and humanitarian innovations – we see that the State of Israel is a fulfillment of this biblical promise.

 

L’existence juive comme existence humaine vécue au paroxysme (voir le Midrash et le Talmud), un thème qui émane du monothéisme absolu (de la loi de Moïse) qui conduit à l’une des tendances vitales de la conscience hébraïque, soit la volonté obstinée de l’unification des valeurs et des idéaux dispersés dans l’espace et le temps. Cette volonté d’harmonisation (d’unification), « fondement anthropologique du monothéisme des patriarches et des prophètes d’Israël », introduit dans l’histoire profane – et profanée – le principe de sainteté. De ce fait, l’identité d’Israël apparaît (voir le Midrash) comme le lieu de convergence et de tension des forces contradictoires de l’universel humain. « De ce point de vue la “mise à part” d’Israël consisterait en ce qu’en lui l’universel humain est dangereusement pris au sérieux ». Assumer l’universel humain en guise de spécificité nationale, un destin qui engage à cette patience particulière « qui semble condamner les Juifs à ne s’habituer à rien, sinon au paroxysme des situations. »

Toute une littérature s’efforce de cerner la spécificité juive mais ce faisant elle ne conduit généralement qu’à une banalisation du phénomène qu’elle se propose de mettre en évidence. Ainsi le judaïsme serait une théologie parmi d’autres, l’antisémitisme une xénophobie (un « racisme » pour reprendre un mot à la mode) parmi d’autres, le sionisme un nationalisme parmi d’autres. Cette littérature qui se veut objective, neutre, commet sans le vouloir de graves agressions et particulièrement dans son appréciation du sionisme. Léon Askénazi : « Elle n’est toutefois que la conséquence logique d’une méconnaissance préalable des coordonnées spécifiques de l’identité juive elle-même », une agression qui, conséquence de la méconnaissance, peut venir des Juifs eux-mêmes.

Cette erreur méthodologique doit beaucoup à l’essai de Jean-Paul Sartre, « Réflexions sur la question juive » (j’en ai dénoncé l’ambiguïté dans divers articles), et je lis ces mots de Léon Askénazi en manière de confirmation. Il écrit que le postulat de ce livre « semble bien être un habile parti pris d’ignorance délibérée du judaïsme comme doctrine et existence sui generis ». Il faudrait se livrer à une analyse systématique et implacable de ce qui a (malheureusement) été le bréviaire de toute une génération (toujours en vie). Cette analyse permettrait notamment de déceler dans l’attitude de son auteur (et de ses épigones) « la forme laïcisée de la théologie négative du christianisme par rapport aux Juifs ». Concernant la question juive, les lignes de force tracées par Emmanuel Mounier étaient autrement plus prometteuses ; mais la politisation du mouvement (personnaliste) a tari la richesse de la source. Même promesse du côté de Jacob Gordin ; mais les catégories philosophiques et la tentation humaniste ont affaibli un certain désir de familiarité avec la culture hébraïque.

La spécificité d’Israël est par nature rebelle à la forme de démonstration par le raisonnement ou à la démonstration analogique. L’intériorité juive renvoie à une antériorité dans l’histoire clairement identifiable. Le fait juif est la continuité directe et immédiate de l’histoire des Hébreux. Par l’être hébraïque, le Juif se montre comme un homme de la modernité qui peut garder ses distances envers l’intelligentsia occidentale qui se voit contrainte de vivre l’existence humaine par délégation (par procuration). L’humanisme contemporain est généralement bien pourvu en conscience historique mais ne possède pas d’histoire personnelle. Aussi ne sait-il se définir que par référence « à l’identité exotique de telle ou telle société en cours d’éclosion. »

Les Juifs ont été ceux qui ont le plus intensément vécu l’expérience de l’isolement car ils ont été attentifs à ne jamais déléguer à autrui la responsabilité de leur destin. C’est là que les maîtres du Midrash ont décelé l’indice d’un paroxysme de l’identité juive. La Bible rapporte la solitude de l’homme juif ; et Israël (l’État d’Israël) constitue de ce point de vue un rebondissement ontologique de l’histoire juive. Il y a un étroit parallèle entre l’esseulement de l’homme juif et l’isolement d’Israël.

Le récit de la Création porte sur toute chose un jugement a priori positif. Le premier chapitre de la Genèse est scandé par : « Et Dieu vit que cela était bon ». Mais cet optimisme théologique est brisé par cet autre passage de la Genèse : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul, je lui ferai une aide à sa mesure », un jugement qui ne se limite pas à l’union de la femme et de l’homme, il désigne la solitude de tout être humain. « Tant que l’homme est seul, et en tant qu’il est seul, rien de ce qui peut être dit “bon” ne l’est en réalité ». La Bible a révélé ce que les philosophes de l’existence révéleront, à savoir que lorsqu’ils prennent appui sur l’expérience de la solitude, le tragique et l’absurde du monde se ruent de tous les points de l’horizon.

Israël comme défi permanent opposé à la désespérance à laquelle le pousse « la solitude existentielle la plus intense, c’est-à-dire l’isolement politique ». Israël, ce pays qui tire de son propre sein « une aide à sa mesure », une espérance dont bien des civilisations se sont nourries ; et tout indique qu’Israël, l’Israël d’aujourd’hui, bien vivant, prépare « la foi en la vie dont l’humanité vieillie et déçue de tous ses idéaux aura un jour à chercher l’inspiration. »

Olivier Ypsilantis

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Notes en marge

 

Ces notes figuraient en marge de manuscrits. Je les ai récupérées après avoir retranscrit ces manuscrits entre l’écran et le clavier puis détruit ces manuscrits. Ces notes ont été griffonnées tandis que je travaillais à des articles. J’ai choisi d’en retenir certaines dans la mesure où elles indiquent un axe de recherche, un axe qui sera peut-être exploré ou peut-être abandonné. J’ai également pris note de souvenirs personnels. Eux aussi frappent à la porte et à l’improviste tandis que j’écris. C’est ainsi. La tête ne cesse de faire du multipiste comme dans des logiciels d’enregistrement, comme dans des rêves… En reportant ces notes, il m’est arrivé d’en enrichir certaines d’un lien.

 

Le médecin aide-major de 1ère classe Aron Polack, de la Mission d’essais, Vérifications et Expériences techniques. Aron Polack est chargé de la protection des combattants de l’armée française au cours de la Première Guerre mondiale. A ce titre, il conçoit différents types de casques parmi lesquels un casque destiné aux équipages de chars de combat, en remplacement du casque Adrian. Il propose une visière métallique qui s’adapte à l’avant de ce même casque et se rabat sur le visage, avec des striures pour la vision – il ne sera pas retenu car gênant la vision. Aron Polack est surtout connu pour son casque embouti dans un acier au manganèse, adopté début novembre 1918.

Les rapports du général Johannes Blaskowitz.

On n’en parle pas assez, elle a pourtant été vitale pour la reconquête de la France et la victoire à l’Ouest, la Red Ball Express :

https://www.youtube.com/watch?v=pwFx6uKn3Q0

Le baron Giulio Cesare Evola ; nom de plume : Julius Evola ; devenu Abdel Wahed Yahia.

Les tribulations de Níkos Zachariádis (Νίκος Ζαχαριάδης)

Naftali Frenkel, la légende ou, tout au moins, les mystères qui entourent sa vie. Ce qu’en dit Anne Applebaum dans son monumental « Gulag :a history ». Naftali Frenkel, prisonnier de droit commun devenu l’auteur d’une réforme du travail forcé par la rationalisation. La première mise en pratique à grande échelle de sa méthode avec le percement du canal de la mer Blanche à la Baltique.

 

Naftali Frenkel (1883-1960), à droite de l’image.

 

Nikolaï Iejov, chef suprême du N.K.V.D. au cours des Grandes Purges staliniennes. L’histoire terrible de ce nabot sadique.

Barnes Neville Wallis et ses bombes rebondissantes (bouncing bombs) utilisées par le 617 Squadron de la Royal Air Force au cours de Operation Chastise, les 16/17 mai 1943 – The Dambusters’ Raid.

N’oubliez pas Abdol-Hussein Sardari (1895-1981), surnommé le « Iranian Schindler ». Ci-joint, un lien BBC News (Washington) et un autre du United States Holocaust Memorial Museum (Washington) :

https://www.bbc.com/news/magazine-16190541

https://encyclopedia.ushmm.org/content/fr/article/abdol-hossein-sardari-1895-1981

Carlos Gil photographie le 25 Avril (1974) dans les rues de Lisbonne.

Le massacre des officiers et soldats italiens de la Divisione 33 Acqui sur l’île grecque de Céphalonie.

Horace Pippin blessé au bras droit dans une tranchée au cours de la Grande Guerre s’arrange avec sa main gauche pour peindre.

 

Horace Pippin (1888-1946)

 

Au Palacio de las Cortes, Cayetana Álvarez de Toledo s’en prend à l’alliance PSOE/Podemos au pouvoir :

https://www.youtube.com/watch?v=gP5lrxz2lx4

Puis elle s’en prend à la personne même de Pablo Iglesias qui se plaît à rappeler ironiquement son titre de marquise. En réponse, elle le traite de « fils d’un terroriste » (le père de Pablo Iglesias a été membre du F.R.A.P.) et déclare qu’il appartient à « l’aristocratie du crime politique » :

https://www.youtube.com/watch?v=BkCMDeqnyGg

L’ayatollah Montazeri s’oppose à l’ayatollah Khomeini.

Louis Maufrais, médecin dans les tranchées de la Grande Guerre durant quatre ans, son récit établi par sa petite-fille, Martine Veillet. Un peu avant sa mort, le grand-père avait donné à chacun de ses trois petits-enfants un lot de seize cassettes, durée 90 mn, son témoignage de médecin. Lisez-le !

L’amitié Quincy Jones / Frank Sinatra puis Quincy Jones / Michael Jackson.

Adolf Hitler et Eduard Bloch.

Étudier avec précision le système de défense de la « Metaxas Line » (Γραμμή Μεταξά), le long de la frontière gréco-bulgare.

L’action (trop oubliée) du général Donzelot (1764-1843), gouverneur des îles Ioniennes.

Me procurer une biographie sur Abraham Benaroya – mais dans quelle langue ?

L’âge des Lumières et ce glissement d’intérêt, des vérités théologiques du christianisme à son contenu culturel et éthique, un phénomène particulièrement sensible chez les Juifs convertis. Étudier l’invitation lancée par Johann Caspar Lavater en 1770 à Moses Mendelssohn et les moyens qu’il utilise pour convaincre ce dernier, notamment en lui dédiant sa traduction du livre de Charles Bonnet, « La palingénésie philosophique ». Me procurer « The Background of Lavater’s appeal to Mendelssohn » de Barouh Mevorah.

La beauté de cet hydravion à coque de ligne décamoteur : The Saunders-Roe SR.45 Princess.

 

The Saunders-Roe SR.45 Princess

 

Écrire des articles sur la musique en partant de mes premiers souvenirs, les disques vinyles et le tourne-disque Grunding de mes parents. Il me semble que j’ai commencé par les musiciens russes du XIXe siècle et du XXe siècle, des musiciens picturaux (comme de la musique de film), des musiciens qui dépeignent et qui peignent ; et je pense en particulier à la symphonie « Ouverture solennelle 1812 » de Tchaïkovski ou à la symphonie n°. 7 « Leningrad » de Chostakovitch. Mais il y en a bien d’autres. Les répertorier. A ce propos, Chostakovitch a travaillé comme pianiste de cinéma (muet), après la mort de son père, au début des années 1920.

Les batailles d’Alexandre ne sont plus des batailles d’effet limité où le vainqueur reste maître du champ de bataille sans pousser le succès. Alexandre développe la cavalerie et ainsi il crée l’instrument de l’attaque mais aussi de la poursuite afin de transformer la défaite de l’adversaire en déroute. Ses randonnées ne sont pas moins célèbres que ses charges. Son armée n’est pas moins admirable dans les marches qui préparent les combats que dans les combats. Il y a ces raids qui soumettent les peuplades les plus difficilement accessibles. Il y a aussi l’organisation des forces d’occupation dans les satrapies soumises. Alexandre reste un inépuisable sujet d’étude, comme Gengis Kahn.

J’aurai eu le plaisir de voir en life le grand Ennio Morricone, à Lisbonne, peu avant sa mort.

Ennio Morricone l’Italien / Hans Zimmer l’Allemand / Vangelis le Grec / Maurice Jarre le Français, autant de compositeurs épiques – des célébrants de l’épopée.

Le grand Clint Eastwood, l’acteur et les valeurs qu’il véhicule. La collaboration Ennio Morricone / Sergio Leone. Je revois mon père écouter des compositions d’Ennio Morricone (des vinyles), dans un fauteuil du salon et tout en fumant la pipe. Il me semble que c’est lui qui me fit découvrir ce musicien et par « Once upon a time in the West », avec en couverture cinq hommes en manteau couleur sable vus de dos.

Les Hand Cut Silhouettes de Lotte Reiniger et ses films d’animation.

 

 Un Hand Cut Silhouettes de Lotte Reiniger (1899-1981)

 

Étudier l’influence (considérable) du comte de Shaftesbury (1671-1713), et dont Locke fut le précepteur, sur Herder, Schiller et Goethe.

Il n’y aura bientôt plus que le Liberland (Free Republic of Liberland) où vivre libre. Le Liberland, ce minuscule État entre Serbie et Croatie, sur les rives du Danube, créé en 2015 et inspiré des idées libertariennes.  La vidéo suivante le présente brièvement :

https://www.youtube.com/watch?v=Ep1u0MwBsvE

Une question à laquelle plus personne ne peut échapper : l’importance à accorder à l’État. C’est sur ce questionnement que vont s’organiser les clivages. L’actuelle pandémie va-t-elle encourager un interventionnisme étatique aussi virulent que désordonné ? En France, il semble que le désir de toujours plus d’étatisme gagne, par tradition historique mais aussi parce que le libéralisme n’est pas enseigné, qu’il est enfermé à double tour comme s’il s’agissait d’un produit hautement toxique. Dommage. L’étatisme est devenu l’un des problèmes de la France, probablement le plus massif ; et il explique nombre de ses problèmes, des problèmes que trimbalent les gouvernements qui se succèdent au gré des élections.

José Ortega y Gasset jugeait que Wilhelm Dilthey était le philosophe le plus important de la deuxième moitié du XIXe siècle.

Il me faudra écrire un article sur la bataille du Granique pour faire suite à mes articles sur les grandes batailles d’Alexandre. Le Granique, première grande bataille d’Alexandre. Quelques notes. Les positions perses, avec deux échelons : vingt mille cavaliers et, en arrière, vingt mille mercenaires grecs, sur la partie la plus élevée du terrain. L’extrême-droite perse est attaquée, Alexandre oblique vers la gauche en se jetant dans le fleuve afin de profiter du courant et charge sur l’autre rive l’aile gauche perse vers le point où elle touche au centre de la ligne de bataille. La ligne perse cède. Les mercenaires grecs assistent à la débandade de la cavalerie perse mais ne reçoivent aucun ordre et hésitent, ce qu’Alexandre met à profit. Il enfonce leurs formations. Seuls deux milles mercenaires échappent au massacre. Ils sont envoyés aux travaux forcés en Macédoine car ils sont considérés comme coupables d’avoir combattu la cause de l’Hellénisme, celle qu’Alexandre veut faite triompher.

Je ne puis lire un poème d’Émile Nelligan sans me souvenir de ces semaines passées à Montréal, dans les années 1980, du froid mordant et du dégel avec de la neige sale partout.

 

Émile Nelligan (1879-1941)

 

Lorsque le mot « socialisme » apparaît en Angleterre (dans les années 1820), il semble être synonyme de coopération (en opposition à concurrence). L’histoire du socialisme anglais est intimement liée à celle du mouvement coopératif, avec idéaux moraux et philanthropiques et principe de solidarité avant tout. L’influence marxiste ne viendra qu’à partir des années 1880, avec Henry Mayers Hyndman.

Le socialisme de type fabien, dans la ligne de John Stuart Mill plutôt que de Karl Marx. Sa conception plus nuancée de la définition des classes. Son interprétation évolutionniste de l’histoire opposée à l’interprétation révolutionnaire de Karl Marx.

Lorsque passer des frontières supposait passer d’un monde à un autre, je pourrais même dire d’un univers à un autre. Bien sûr, je ne vais pas regretter la disparition du Mur et du Rideau de Fer mais il est certain que pour celui qui avait la chance de voyager (ce qui n’était pas le cas des citoyens de l’Empire soviétique), le voyage était vraiment un voyage avec cette sensation de dépaysement sans laquelle le voyage ne vaut rien, n’est pas même voyage, n’est que simple déplacement. J’ai eu la chance de faire des voyages qui étaient des voyages. A présent, j’ai le sentiment de ne faire que me déplacer. Il est vrai que l’effort d’observation que suppose l’écriture me donne volontiers l’impression de voyager encore.

Une maladie déclarée fort contagieuse et mortelle, une maladie qui aurait été découverte par le professeur Giovanni Borromeo, médecin-chef de l’hôpital San Giovanni Calibita Fatebenefratelli, à Rome. Le professeur Giovanni Borromeo la décrit ; elle est terrifiante et entraîne la mort par asphyxie ; il lui donne le nom de « syndrome K» qui évoque le bacille de Koch (abrégé BK), responsable de la tuberculose. 16 octobre 1943, rafle des Juifs de Rome. Les Allemands renoncent à fouiller l’hôpital en question et même à mettre les pieds sur l’île Tibérine où se trouve l’hôpital. Cette maladie est un subterfuge qui permettra de sauver près d’une centaine de Juifs entre octobre 1943 et juin 1944, date de la libération de Rome par les Alliés.

 

Giovanni Borromeo (1898-1961)

 

Jack Kirby / Jacob Kurtzberg (le père de « Captain America » et autres héros made in U.S.A.) à la bataille de Dornot-Corny, 8/10 septembre 1944, surnommée l’« Omaha Beach Lorrain ».

Parmi les deux professions que j’aurais le plus aimé exercer, celle d’architecte et celle de géologue.

Mais où ai-je lu ce livre dont je garde un souvenir très précis, « The Chicago School of Architecture – A History of Commercial and Public Building in the Chicago Area, 1875-1925 » de Carl W. Condit ? Presque toujours dans mon souvenir, une lecture est associée à un lieu, à des lieux, le lieu ou les lieux où j’ai lu tel ou tel livre. Dans ce cas, ma mémoire m’a joué un tour. Il me semble parfois que je l’ai lu dans une maison en Normandie, avec vue sur une petite rivière bordée de hauts peupliers en contrebas. Mais il pourrait s’agir d’un autre livre d’architecture, d’un écrit de Le Corbusier.

Vassili M. Blokhine, probablement le plus grand assassin de l’histoire, des assassinats commis de ses propres mains, de quinze à vingt mille victimes.

Tous ces crétins qui s’emploient à propager un monde binaire : Noir/Blanc, Gauche/Droite, Riche/Pauvre, Exploiteur/Exploité, etc., un monde de crétins bruyants effrayés par la complexité du monde, l’effrayante et merveilleuse complexité du monde. Le système binaire n’est pas sans intérêt pour représenter le fonctionnement de l’électronique numérique des ordinateurs, pour les langages de programmation de bas niveau, mais il ne peut avoir prise sur l’effrayante et merveilleuse complexité du monde.

Lire Gustave Glotz, ses travaux sur la Grèce antique, notamment son histoire économique. Lire en priorité « Le travail dans la Grèce ancienne (Histoire économique de la Grèce depuis la période homérique jusqu’à la conquête romaine »). Ses travaux sur les cités grecques (avec cette distinction époque archaïque / époque dorique).

 

 

L’épidémie de Covid-19 a provoqué une très forte baisse de l’activité économique. Pour la contrecarrer, il faudrait agir sans tarder et avec un esprit de décision fulgurant, si je puis dire, en faisant le pari de Laffer : provoquer un choc fiscal susceptible de relancer la reprise économique massivement et rapidement pour, au final, engranger plus de recettes fiscales.

On parle beaucoup des « peuples premiers ». Par exemple des Indiens du continent américain, des terres boréales canadiennes à la Terre de Feu, de ce qu’ils étaient avant l’arrivée des Européens. Fort bien. Je me suis toujours intéressé aux « peuples premiers », à leur culture, et nullement par goût pour l’exotisme. Mais, curieusement, on parle très peu des « peuples premiers » submergés et soumis par les Arabes, comme les Kabyles. Curieux. Il est même politiquement incorrect de les évoquer. Affront à nos « amis » arabes ? Idem avec l’esclavage. L’inculture historique qui favorise l’emprise d’idéologies particulièrement sommaires et virulentes n’évoque que l’esclavage organisé par les puissances européennes (avec la participation très active d’Africains, ce qu’on ne dit pas) mais oublie l’esclavage organisé par les Arabes et dans toutes les directions, en particulier en direction de l’Afrique noire. Le grand Maurice Lombard (qui n’est en rien un idéologue et qui d’une certaine manière est fasciné par le phénomène islam) a écrit un livre que tout le monde devrait lire : « L’islam dans sa première grandeur (VIIIe-IXe siècle) ». Ce livre se tient loin de toute agitation médiatique et de tout sensationnalisme, il ne cherche ni à épargner ni à charger. C’est un livre écrit par un authentique historien, doté d’un regard particulièrement ample – libre. Dans ce livre on trouvera donc d’intéressantes précisions sur l’esclavage alors, au sous-chapitre « Les esclaves », dernier bloc du chapitre VIII, « Productions et objets de commerce », à la troisième partie, « Dynamique des échanges ». A l’heure où une gauche condescendante et paternaliste pousse sur le devant de la scène ces « pauvres » Noirs, dont elle prétend se faire le défenseur, il serait bon de savoir ce que les Noirs ont vécu non seulement par la faute des Blancs bien blancs mais aussi par leur propre faute (avec ces guerres inter-claniques et inter-tribales qui dévastèrent le continent africain) et par celle des Blancs moins blancs, les Arabo-musulmans.

Le monde noir ne fut que l’une des aires d’approvisionnement en esclaves, celle qui fournira le plus longtemps, avec les Nubiens, les Éthiopiens, les Somalis et les Zanj (soit les Bantous), dans ce dernier cas, une traite liée à l’expansion du grand commerce musulman dans l’océan Indien. Outre l’Afrique noire (la savane et la bordure de la forêt africaine) il y eut deux autres aires : les forêts d’Europe centrale et orientale, les steppes de l’Asie centrale. Ce grand commerce (essentiel) qui alimenta l’aire musulmane fut activé par de nombreux intervenants non-musulmans. Ce fut un trafic quasi-mondial qui généra d’énormes bénéfices.

Le libéralisme ne doit pas être envisagé comme un dogme. Il doit être critiqué mais aussi expliqué ; car en France, plus particulièrement, cette désignation même est devenue une injure, quelque chose de condamnable et sans appel, comme le droit accordé au fort (au riche) d’écraser le faible (le pauvre) et autres préjugés activés et véhiculés par l’ignorance et la paresse militantes. Le libéralisme n’est pas un dogme mais, disons, une inclinaison portée par une observation pragmatique (celle qui évite de se laisser prendre dans les filets du dogme), une inclinaison et un tempérament : il y a un tempérament libéral (riche en nuances) comme il y a un tempérament socialiste (lui aussi riche en nuances).

Étudier le néo-libéralisme tel qu’il s’affirme dans « La Cité libre » de Walter Lippmann et dans les travaux du « Colloque Lippmann » qui se tient à Paris en 1938. On y critique le libéralisme traditionnel qui a le tort de se préoccuper exclusivement de l’idée abstraite de liberté plutôt que de se préoccuper des libertés concrètes, en particulier de la concurrence supprimée du fait de la liberté abstraite (du principe de liberté), avec le développement des sociétés anonymes, la concentration des entreprises et les monopoles. Le néo-libéralisme s’oppose au libéralisme manchestérien qu’il compare à un régime routier sans Code de la Route ; il s’oppose également à l’État socialiste qui impose à chacun où il doit se rendre avec le trajet à suivre. Il estime que l’État véritablement libéral doit veiller au respect du Code de la Route en laissant chacun aller où bon lui semble. L’État peut intervenir pour rétablir les conditions d’une concurrence effective ; c’est un accroc au principe abstrait de liberté, rien de plus.

 

 

Olivier Ypsilantis

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Quelques considérations économiques, encore – 9/9

 

Ce « Que sais-je ? » a été numérisé (voir lien) ; il s’agit de « L’anarcho-capitalisme » de Pierre Lemieux. Lisez-le ! :

http://classiques.uqac.ca/contemporains/lemieux_pierre/anarcho_capitalisme/anarcho_capitalisme.html

Dans la nouvelle préface de Pierre Lemieux à cette édition numérique (l’édition papier date de 1988), on peut lire : « Dans le court laps de temps qui sépare l’édition papier de l’édition numérique de “L’anarcho-capitalisme”, la progression de la tyrannie a été foudroyante. L’effondrement du bloc soviétique s’est accompagné de la soviétisation douce des États qui l’avaient combattu et qui ont inventé la tyrannie à visage humain. Amélioration, certes, pour les anciens esclaves du communisme, mais détérioration pour nous. […] L’État monstrueux que l’on subit maintenant n’est pas un produit du 11 septembre 2001 : c’est parce qu’ils avaient déjà des pouvoirs inouïs que “nos” États ont pu se servir de la “guerre à la terreur” pour écraser davantage nos libertés. Contrôle des marchés financiers au nom de la répression des transactions d’initiés, contrôle des entreprises pour motifs d’“éthique” ou de “gouvernance”, lutte à la drogue puis au tabac, contrôle des transactions monétaires pour contrer le “blanchiment d’argent”, généré lui-même en bonne partie par des crimes fabriqués par l’État, renforcement des contrôles des armes à feu aux mains de quiconque n’est pas un agent de l’autorité, limitations de la liberté d’expression au nom du prétexte du jour, pouvoirs accrus de la police – toutes ces mesures avaient commencé bien avant le 11 septembre, et l’État n’a fait qu’ajouter “terrorisme” aux raisons antérieures pour contrôler ses sujets. »

 

Le Gadsden Flag

 

L’information économique manque de profondeur ; elle se contente de fournir des données conjoncturelles par ailleurs très sectorielles. On évolue donc dans le très court terme dans les limites duquel des zones sont négligées, comme soustraites à la vue. Comment espérer alors s’adonner à une analyse sérieuse ? On manque pour ce faire de matériaux et d’outils.

Je reste frappé par le désintérêt général des Français pour l’économie (relativement aux Anglo-Saxons pour ne citer qu’eux), par leur goût pour l’a priori, les principes « moraux », les idées traîne-partout (à la mode), etc. Sans être un spécialiste, on peut s’efforcer de délinéer des problèmes structurels. Sans être un mécanicien capable de réparer un moteur, on peut s’efforcer de comprendre sérieusement le fonctionnement du moteur à explosion. Mais rien. Il n’y a pas de culture économique en France. Il y a certes de nombreux spécialistes (leur manque de style a tôt fait d’ennuyer tout le monde) mais surtout un désintérêt général pour l’économie, comme si cette « science » était réservée aux spécialistes.

En France, on pourrait par exemple se poser la question de savoir pourquoi nous avons globalement la fiscalité la plus pensante de tous les pays développés, mais aussi des dépenses sociales qui caracolent en tête du peloton et un endettement dont le sommet se perd toujours plus dans les nuages ; et ce ne sont pas les nuages qui descendent mais le sommet qui monte comme sous l’effet de poussées telluriques – des problèmes structurels.

Sans se perdre dans les détails, signalons qu’en France, entre 1980 et 2018, les dépenses publiques sont passées respectivement de 49 % à 56,4 %, les dépenses sociales de 20,1 % à 36,1 %, les prélèvements obligatoires de 39 % à 48,4 %, l’endettement de 20 % à 98,4 %. Deux questions : pourquoi une telle augmentation de ces pourcentages et quelle est de ce point de vue la situation de la France par rapport aux autres pays européens ? Nous nous situons résolument au-dessus de la moyenne européenne en pourcentage du P.I.B. Respectivement pour la France et l’Union européenne : dépenses publiques : 56,4 %, et 46,7 % ; dépenses sociales : 36,1 % et 28,2 % ; prélèvements obligatoires : 48,4 % et 43,2 % ; endettement : 98,4 % et 67,7 %.

Pourquoi un tel écart de ces ratios entre la France et Union européenne voire l’O.C.D.E. ? L’une des raisons, probablement la principale, comme nous l’avons suggéré dans un précédant article : la baisse constante du niveau d’industrialisation au cours de la période considérée. Nous sommes à présent l’avant dernier pays européen quant au pourcentage du secteur secondaire rapporté à celui des autres pays d’Europe, Grèce mise à part. Le secteur secondaire qui représentait 26 % à 27 % du P.I.B. de la France à la fin des Trente Glorieuses n’en représente plus que 10,1 %.

Je me souviens (ainsi que je l’ai écrit) qu’à l’école on nous expliquait avec un parfait aplomb que plus un pays était développé plus ses secteurs primaire et secondaire s’amenuisaient au profit de son secteur tertiaire, le secteur des services. C’était pour nous – et pour moi – devenu un fait entendu et ce n’est qu’assez récemment, suite à des lectures spécialisées, que j’ai commencé à remettre en question ce credo et à envisager que la production industrielle a un rôle de premier plan dans la création de richesses au niveau national. Si on rapproche la production industrielle des pays, production mesurée par habitant (selon les données de la comptabilité nationale) du P.I.B. per capita de ces mêmes pays, on constate un rapport particulièrement net entre ces deux données.

Quelques chiffres : avec une production industrielle per capita de 6 900 dollars par an, la France a un P.I.B. per capita de 40 493 dollars ; le rapport est en Allemagne de 12 400 dollars / 46 258 dollars ; et en Suisse de 21 000 dollars / 81 993 dollars.

Face a une telle situation, et plutôt que de réindustrialiser, la France a choisi d’augmenter les dépenses sociales, et considérablement, au point qu’elle est devenue championne européenne (pour ne pas dire mondiale) en matière de dépenses sociales, ce qui épuise l’économie du pays et ce dont bien peu de citoyens semblent avoir conscience. Il est vrai que notre rapport à l’État est névrotique et relève d’un complexe d’Œdipe non résolu, l’État étant envisagé par plus d’un(e) comme une maman ou un papa.

Dépenses sociales en constante augmentation avec accroissement de l’endettement et surcharge de prélèvements obligatoires, nos pourcentages dépassent ceux de la moyenne européenne déjà relativement élevée. Avant la pandémie, la dette publique flirtait avec les 100 % du P.I.B. – alors qu’elle était de 20 % en 1980.

Endettement et prélèvements obligatoires en hausse permanente et désindustrialisation continue, jusqu’où ira-t-on ? La mutualisation de la dette est devenue le seul moyen de sauver l’Europe ; mutualiser la dette, soit la répandre partout. Il est vrai qu’il est devenu problématique en République française de faire peser plus encore la taille et la corvée sur les épaules du citoyen sous peine de le voir s’effondrer ou se rebeller, et plus durement qu’il ne l’a fait jusqu’à présent. On croit expliquer la Révolution française et son bien-fondé à partir d’une gravure qui montre le Tiers-État fortement courbé portant sur son dos le Clergé et la Noblesse. Soit. Il faudra à présent avoir le courage et, surtout, la lucidité de montrer le citoyen porter l’État et ses administrations pareillement sur son dos. Faisons appel à des caricaturistes de talent. Idem avec les octrois, ces pavillons honnis des Révolutionnaires. Mais les octrois se sont multipliés en République française, sous une forme plus discrète il est vrai. La T.V.A. est un octroi, les impôts de production sont des octrois, et je pourrais remplir au moins une page de ces noms qu’a pris l’octroi. Nous allons en avoir d’autres, probablement la taxe Tobin qui provoque des extases chez nombre de camarades, une taxe qui avait sa raison d’être lorsqu’elle se proposait de limiter la volatilité du taux de change dans les transactions monétaires internationales mais qui à présent ne désigne plus qu’une taxe sur les transactions financières. C’est la taxe Robin des Bois… A présent, Vincent Lindon aimerait que soit instaurée une taxe Jean Valjean. Ce monsieur qui a des lettres pervertit l’action même de Jean Valjean, une action spontanée et en rien soumise la coercition étatique. Vincent Lindon… Je préfère décidément Barry Lyndon et son panache.

Plus sérieusement. Nous vivons dans l’endettement, nous vivons de l’endettement. L’endettement conduit à la restriction des libertés et même à l’esclavage, l’esclavage qui dans notre monde moderne sait prendre bien des formes, des formes volontiers si douces et si doucereuses qu’il est rarement éprouvé comme tel.

Dans tous les cas, ce n’est pas en taxant les riches – comprenez « les plus riches que moi » – que le problème sera réglé. Il faut réduire considérablement et sans tarder nos dépenses sociales, ce qui aura entre autres effets d’alléger la fiscalité. La réindustrialisation est une affaire autrement plus difficile et dans tous les cas elle ne pourra être entreprise qu’après allègement de ces dépenses et de la fiscalité sous toutes ses formes, un allègement qui exigera la restructuration massive et à l’occasion brutale de tout l’appareil étatique, soit sa diminution et dans des proportions monumentales.

 

« Capitalism and Freedom » de Milton Friedman, un livre qui dénonce la nocivité de l’interventionnisme gouvernemental qui contraint les citoyens à agir contre leurs intérêts individuels au bénéfice d’un supposé intérêt collectif. Ainsi l’effet escompté se retourne-t-il contre lui-même. Certaines analyses et propositions contenues dans ce livre ont vieilli, d’autres restent fort pertinentes. Et pour qui s’intéresse à Milton Friedman, et plus généralement au libéralisme, ce livre offre une excellente vue d’ensemble sur l’un et sur l’autre.

Olivier Ypsilantis 

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Quelques considérations économiques, encore – 8/9

 

“It is curious that people tend to regard government as a quasi-divine, selfless, Santa Claus organization. Government was constructed neither for ability nor for the exercise of loving care; government was built for the use of force and for necessarily demagogic appeals for votes. If individuals do not know their own interests in many cases, they are free to turn to private experts for guidance. It is absurd to say that they will be served better by a coercive, demagogic apparatus.” 

Murray N. Rothbard, “Power ans Market: Government and the Economy

 

Murray N. Rothbard (1926-1995)

 

L’État n’est pas moi, n’est pas vous, n’est pas nous. L’État est une organisation qui impose sa force dans un territoire défini, et par la violence s’il le faut. Il tire ses revenus exclusivement par la coercition. L’État est un prédateur qui impose sa « légitimité ». Prédateur de la propriété privée, exclusivement ; car l’État ne produit rien. C’est un prédateur déclaré légal par la caste (parasitaire) qui impose l’image qu’elle se fait d’elle-même, essentiellement par la persuasion en démocratie. Cette caste – ces parasites – sait ce qui est bon pour moi, pour vous, pour nous ; et elle prétend s’opposer à l’égoïsme puisqu’elle représente la majorité, et que s’opposer à la majorité est un crime de lèse-majesté – Sa Majesté la Majorité…

L’État empiète toujours plus sur l’individu et la sphère du privé dont il se nourrit. Et je redoute que l’actuelle pandémie ne soit un prétexte pour qu’il ne s’immisce partout et ne pervertisse tout. Il se préoccupe même de questions sociétales ce dont il devrait être radicalement exclu pour laisser la place à des associations libres de citoyens et, surtout, d’individus libres.

Profitez de vos vacances pour lire au moins un livre de Murray N. Rothbard, « Anatomy of the State » par exemple. Ça requinque comme une marche en montagne ou une baignade dans un lac, ça repose des ruminations étatiques, des chemins de boue empruntés par la majorité, des stabulations socialistes et de bien d’autres choses.

 

“In this century, the human race faces, once again, the virulent reign of the State—of the State now armed with the fruits of man’s creative powers, confiscated and perverted to its own aims. The last few centuries were times when men tried to place constitutional and other limits on the State, only to find that such limits, as with all other attempts, have failed. Of all the numerous forms that governments have taken over the centuries, of all the concepts and institutions that have been tried, none has succeeded in keeping the State in check. The problem of the State is evidently as far from solution as ever. Perhaps new paths of inquiry must be explored, if the successful, final solution of the State question is ever to be attained.” 

Murray N. Rothbard, “Anatomy of the  State

“It is infinitely better to rely on the pursuit of economic interest by landowners or street companies than to depend on the dubious “altruism” of bureaucrats and government officials.” 

Murray N. Rothbard, “For the New Liberty; The Libertarian Manifesto

 

Les difficultés que l’économie traverse depuis des années sont aggravées par le Coronavirus avec ces interventions intempestives des gouvernements depuis trop d’années. Nos difficultés auraient été moindres sans leurs interventions dans l’économie avec incitations hors de propos et réglementations tatillonnes, sans oublier ces déficits publics qui résultent de politiques budgétaires folles. La B.C.E. s’est d’ailleurs mise à encourager ces politiques par son programme d’achat massif d’obligations.

Nombre d’économistes jugent que pour bien se porter et se comporter une économie doit être soumise à un fort contrôle gouvernemental, l’harmonisation fiscale poussée au maximum, une inflation modérée et une politique d’endettement massif. C’est une doctrine qui conduit l’air de rien aux économies planifiées. Et je redoute que l’actuelle pandémie ne confirme cette tendance, une tendance qui lorsqu’elle franchit un certain seuil (vite atteint) se montre contre-performante. Certes, nous avons besoin de lois et de cadres légaux mais plutôt que d’accroître l’autorité des gouvernements, ils devraient la limiter et strictement. Tous les régimes diversement autoritaires ont diversement mené les pays à la ruine ou tout au moins à l’appauvrissement. La prospérité ne réside pas ailleurs que dans l’économie de marché et sa base, la responsabilité individuelle, la concurrence, l’entreprenariat.

Le système allemand de l’après-guerre devrait rester un modèle. Il aura permis la reconstruction d’un pays dévasté et un développement particulièrement soutenu. Ce système s’appuyait sur le principe d’un marché libre et le respect de la propriété privée. Le cadre légal définissait des paramètres plutôt souples et ouverts à tous, y compris les plus modestes. Mais, surtout, il limitait l’intervention du gouvernement : c’était l’Ordoliberalismus, un courant de pensée structuré dans les années 1930 à la « Freiburger Schule » et malheureusement oublié. Il faudrait que l’Europe en réactive les principes afin de stimuler la croissance et s’extraire de cette socialisation qui navre tout esprit libre et doté d’énergie et qui conduit les sociétés à la dépression. Et je précède la critique que je devine : l’argent du Plan Marshall a certes aidé l’Allemagne (pour ne citer qu’elle) mais c’est aussi et peut-être même d’abord l’énergie et la volonté des Allemands qui ont transformé l’Allemagne si rapidement.

 

Walter Eucken (1891-1950), le père de l’Ordoliberalismus

 

Il est agaçant pour qui s’est au moins un peu penché sur l’histoire de l’Europe contemporaine de lire ou d’entendre des analystes (qui n’ont d’analystes que le nom) comparer l’état actuel de l’Europe à ce qu’il était au sortir de la Deuxième Guerre mondiale. Ce type de déclaration ne peut être que le fait de petits malins qui cherchent à faire le buzz et à accrocher le chaland ou bien de simples crétins qui dans leur confort ne peuvent imaginer ce qu’était l’Europe en 1945. Il existe pourtant d’excellents documentaires à ce sujet.

L’État ne peut pas tout, il faut même en attendre le moins possible en prenant soin de lui passer une solide chaîne autour du cou afin de limiter son aire. La bête a tôt fait de venir chez vous et prendre ses aises.

La période de l’après pandémie pourrait être l’occasion de se pencher sur l’Ordoliberalismus, d’étudier l’Allemagne de Konrad Adenauer et de Ludwig Erhard qui a élaboré sa politique économique avant la guerre, dans les années 1930 mais aussi dans l’exil, avec ces économistes qui avaient fui le Nationalsozialismus. Insistons, ce n’est pas seulement l’argent américain qui a fait de l’Allemagne ce qu’elle est devenue, c’est aussi et je dirais même d’abord la volonté et l’énergie des Allemands.

Je ne vois pas que l’Europe puisse s’en sortir si elle continue à se camer au crédit si généreusement fourni par la B.C.E. Mutualiser la dette nous est présentée comme un horizon indépassable ; mutualisons donc. Mais cessons de nous camer à la création monétaire artificielle par le rachat d’obligations d’État et d’obligations privées dégradées – voir la B.C.E. Par ailleurs, je ne vois plus aucune exigence posée en contrepartie : réduction des dépenses et des dettes publiques. Rien ! On flotte dans l’éther, camés.

Je ne vois pas d’autre porte de sortie à cette crise qu’une formidable libéralisation de l’économie en commençant par empêcher que le travail, l’effort, la créativité, l’investissement, l’épargne ne soient entravés et navrés par des charges fiscales sociales ou réglementaires excessives. Il faut un plan de libération, se libérer de l’État, ses projets de planification et son arsenal fiscal. Il est urgent de passer un collier à clous au cou de la bête afin de réduire son aire et l’empêcher de se goinfrer. Il faut en finir avec “the way of seizure of another’s goods or services by the use of force and violence”, il faut en finir avec “the method which Franz Oppenheimer termed “the political means” to wealth.”

 

“The great German sociologist Franz Oppenheimer pointed out that there are two mutually exclusive ways of acquiring wealth; one, the above way of production and exchange, he called the “economic means.” The other way is simpler in that it does not require productivity; it is the way of seizure of another’s goods or services by the use of force and violence. This is the method of one-sided confiscation, of theft of the property of others. This is the method which Franz Oppenheimer termed “the political means” to wealth.” 

 Murray N. Rothbard, “The Anatomy of the State

Olivier Ypsilantis

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Quelques considérations économiques, encore – 7/9

 

Il y a un peu plus de dix ans Anthony de Jasay que j’ai évoqué dans un précédant article laissait entendre que deux modèles se dresseraient l’un face à l’autre et se combattraient afin de représenter l’esprit de l’Union européenne : Adam Smith et Colbert ; autrement dit : d’un côté, une tradition britannique ; de l’autre, une tradition française.

Malheureusement, avec l’actuelle crise engendrée par la pandémie du Covid-19, cette dernière semble devoir prendre le dessus et en quelque sorte d’elle-même puisque l’Allemagne (considérant l’état de l’Italie, de l’Espagne mais aussi de la France) a décidé de jouer le tout pour le tout et de faire sauter le verrou de la rigueur budgétaire, et advienne que pourra ou Alea jacta est. Lorsque des partenaires sont ruinés (voir ces trois pays), c’est aussi vous qu’ils poussent à la ruine et, en désespoir de cause, on les aide en espérant s’aider – Charité bien ordonnée commence par soi-même, Charity begins at home.

 

Boris Johnson

 

Le Royaume-Uni ayant quitté le paquebot, la France se sent des ailes. Elle profite de la voie d’eau qui s’est ouverte dans la coque du paquebot « Europe » pour négocier au nom de ceux (dont elle, la France) qui par leur laisser-aller ont provoqué cet accident. Le Royaume-Uni a quitté le paquebot, il connaît les mers et des océans mieux que personne. La France donc qui par son poids économique et politique se trouve placée à la tête des « cigales » (désignation que je n’apprécie guère, les Latins ne travaillent pas moins que ceux du Nord) a les coudées franches depuis le départ du Royaume-Uni qui a toujours eu un sens aigu de ses propres intérêts. La France ne manque pas de ressources et de compétences mais elle est épuisée par son appareil d’État que je vois comme un ver solitaire dans un organisme ; parmi les symptômes, on peut noter fatigue et céphalées.

La France s’est présentée exsangue face à la pandémie, sans réserve vitale, contrairement à l’Allemagne. Elle ne pouvait espérer se sauver qu’en concoctant un plan de relance (de sauvetage) au niveau européen et en tirant l’Allemagne par la manche. C’est un indéniable succès politique pour Emmanuel Macron, un succès très mitigé au niveau économique sitôt que l’on se penche sur le détail de l’opération, tout au moins ce qu’on peut en percevoir car les zones d’ombre sont vastes et profondes. Je dois dire en toute franchise que je suis triste face au relatif échec des pays dits « frugaux » puisque leur échec signifie moins de liberté économique et que cet argent « qui pleut » ne va pas inciter à la prudence budgétaire. C’est ainsi, le libéralisme est présenté comme un danger et une sorte de socialisme se met en place par le biais d’un endettement formidablement augmenté, la dette n’étant rien que de l’impôt à venir.

Le plan de relance aurait dû passer par une baisse massive des impôts en tout genre et une simplification des appareils d’État, mais rien. J’aurais préféré une Europe inspirée par Adam Smith ou Milton Friedman plutôt que par Colbert et autres fonctionnaires.

La France est devenue l’otage de son État, je le dis, le redis et le redirai. Par ce plan de relance (relance de la dette d’abord), l’Europe est devenue l’otage de la France, de l’État français responsable depuis des décennies du déclin du pays – il y a d’autres explications, plus globales à ce déclin, mais la plus immédiate est bien celle de l’emprise de l’État sur l’activité économique. Angela Merkel qui est sur le départ a probablement voulu laisser une marque dans l’histoire.

Il faut tout de même noter que les « frugaux » (drôle de dénomination, préférable tout de même à celle de « radins ») ont tempéré autant qu’ils ont pu les élans franco-allemands et surtout français. Les cinq cents milliards d’euros de subventions sont passés à trois cent quatre-vingt-dix milliards et Angela Merkel n’a probablement pas été mécontente de ce rabais imposé car elle n’a défendu ce plan que pour des raisons de politique intérieure et, une fois encore, pour laisser une marque dans l’histoire, tout au moins supposons-le. La France quant à elle bât le tambour depuis des années car elle est en faillite mais n’est en rien disposée à réformer sérieusement l’appareil d’État (ce qui serait le moyen le plus efficace d’éviter la faillite) et que le but est bien de prendre l’Europe en otage, prendre l’Europe en otage par le biais d’une dette colossale, répandue sur tous comme du coltard, avant de passer à l’étape suivante, des taxations au niveau européen, rêve de ce personnage falot qu’est Bruno Le Maire, soit l’exportation de la fiscalité française, la fiscalité étant le domaine où la France se montre la plus créative et je n’exagère rien. Nous mettons au service du Trésor public des trésors d’imagination.

Allons-y donc pour cet « accord historique » ou « avancée historique ». Moi l’Européen, mais l’Européen « par le haut » et en aucun cas « par le bas », je ne savoure pas mais vraiment pas cette mauvaise cuisine. Une fois encore, nous reculons d’un demi pas devant le gouffre mais dans un même temps nous le creusons plus encore et vertigineusement. Je ne pense pas forcer la note. Car ce montage aura des conséquences et sur le long terme. Il faudra tout de même rembourser la dette, plus ou moins entre 2028 et 2058 ; et je ne sais quels montages seront échafaudés pour ce faire ; mais faisons confiance à la France qui dans le domaine de la fiscalité a des compétences insurpassées et probablement insurpassables. Notons au passage que le ralliement des « Frugal Four » a été acheté puisqu’ils se voient crédités de sommes non négligeables. Les rabais qui devaient être supprimés (suite aux exigences de la France) sont maintenus et, de plus, ils s’augmentent de sommes qui seront payées par les contribuables nationaux en fonction de leur revenu national brut ; en bénéficieront les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Autriche et la Suède.

Il faudra à l’avenir éviter ce genre de manœuvre « par le bas » où tout le monde s’effondre sur tout le monde comme dans une partie entre soulographes – vivre de la dette monte à la tête. Il faudrait redonner d’amples marges de manœuvre aux entreprises (notamment par le biais de la fiscalité), et quelle que soit leur taille, ce qui permettrait assez vite de se remettre des crises. L’expérience nous a montré que le largage massif d’argent public n’a jamais permis de relancer quoi que ce soit sinon la dette et l’impôt. Mais le mot d’ordre est : la dette c’est la fête ; et tout le monde est autoritairement invité à se joindre à ce groupe conduit par la France qui espère rendre ses partenaires européens aussi accrocs qu’elle à cette came, la dette. Nous allons voguer entassés sur un radeau et bientôt tellement camés que nous ne nous rendrons pas compte qu’une chute nous attend en comparaison de laquelle le Salto Angel est plutôt aimable. Et nous périrons noyés dans les remous de l’endettement/fiscalité.

Olivier Ypsilantis

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Quelques considérations économiques, encore – 6/9

 

Tout d’abord une petite leçon d’économie sur le libéralisme avec Milton Friedman et son crayon jaune, captivant :

https://www.youtube.com/watch?v=SDUB4Pw39sg

 

Lorsque j’ai découvert Nouriel Roubini, je me suis dit que nous partagions certaines analyses ou, tout au moins, certaines impressions – il n’est pas si facile de démêler l’analyse de l’impression, l’analyse n’étant souvent qu’un effort pour expliquer une impression, une impression pouvant être le produit d’une analyse qui ne se perçoit pas comme telle mais qui en est bien une.

Quoi qu’il en soit, je rejoins pleinement Nouriel Roubini sur une possible reprise en U – et pourquoi pas en V ? – sur le court terme ; mais pour la suite… L’économie est sous perfusion/transfusion. Les banques centrales perfusent/transfusent, perfusent/transfusent, tout va très bien, tout va très bien… Mais si le liquide – les liquidités – ne manque pas, quelque chose ne va pas très bien dans les profondeurs de l’organisme du perfusé/transfusé, quelque chose qui a été profondément altéré, notamment par la crise financière de 2008.

Nouriel Roubini évoque une Great Depression. L’un de ses articles a un titre qui se passe de tout commentaire : « My prediction for a Great Depression is not about 2020 but the decade of the 2020s’ ». Il m’aide à préciser ce que je pressens, soit un avenir économique (et donc social) en L. C’est ce qui est connu dans ce lexique économique (décidément fort expressif et qui ne cesse de s’enrichir de néologismes et d’expressions) comme un « white swan ». Nouriel Roubini ouvre son article intitulé « The white swan harbingers of global economic crisis are already here » sur ces mots : « In my 2010 book, “Crisis Economics”, I defined financial crises not as the “black swan” events that Nassim Nicholas Taleb described in his eponymous bestseller but as “white swans”. According to Nassim Nicholas Taleb, black swans are events that emerge unpredictably, like a tornado, from a fat-tailed statistical distribution. But I argued that financial crises, at least, are more like hurricanes: they are the predictable result of built-up economic and financial vulnerabilities and policy mistakes. »

 

Nouriel Roubini (né en 1958)

 

(Une parenthèse à propos de ces trois expressions récemment intégrées par un lexique spécialisé : « black swan », « grey swan » et « white swan ». Nassim Nicholas Taleb propose les trois définitions suivantes pour chacun de ces « swans », toutes très précises :

« A black swan is a highly improbable event with three principal characteristics: it is unpredictable; it carries a massive impact; and, after the fact, we concoct an explanation that makes it appear less random, and more predictable, than it was. »

« A grey swan is a highly probable event with three principal characteristics: it is predictable; it carries an impact that can easily cascade; and, after the fact, we concoct an explanation that recognizes the probability of occurrence, but shifts the focus to errors in judgment or some other human form of causation. »

« A white swan is a highly certain event with three principal characteristics: it is certain; it carries an impact that can easily be estimated; and, after the fact, we concoct an explanation that recognizes the certainty of occurrence, but again, shifts the focus to errors in judgment or some other human form of causation. »)

Dans tous les cas, il m’arrive d’avoir peur. Et, curieusement, ces peurs trouvent des images dans le monde marin. Je ne sais pourquoi car la mer ne m’a jamais effrayé contrairement à la montagne. Ces images, et je reprends ce que j’ai évoqué dans de précédents articles : des hauts-fonds entre lesquels glisse la coque d’un paquebot (ce peuvent être des icebergs, et j’en reviens au « Titanic »), le Kraken (voir l’attaque du Kraken dans « Pirates of the Caribbean »), le Maëlstrom (voir la nouvelle Edgar Allan Poe, « A Descent into the Maelström ») et, plus modestement, cette voilure non réduite alors que le vent ne cesse de forcir.

Avec Nouriel Roubini je constate que la crise provoquée par cette pandémie en traîne une autre derrière elle, celle de 2008 dont les effets sont toujours sensibles. Certains se sont atténués mais d’autres se sont accentués. Le système n’a guère été assaini ; il est donc particulièrement vulnérable. Voir les dix risque majeurs qu’identifie ce professeur d’économie.

Ce qui est inquiétant, c’est que cette pandémie touche des économies qui ne se sont pas remises de la crise financière de 2008. Voir notamment les niveaux de la dette publique, des niveaux qui montent d’un coup et dans des proportions inquiétantes. La France par exemple est passée brusquement d’environ 100 % à 120 % d’endettement par rapport à son P.I.B. Quant au privé, il subira un endettement non moins inquiétant pour cause de perte de revenus tant pour les entreprises que les ménages. Alors, croissance en U ou bien en L ?

 

 

Nouriel Roubini décrit le scénario suivant, une hypothèse nullement fantaisiste même si personne ne sait vraiment que quoi demain sera fait. Il juge que la récession liée à la pandémie va provoquer un surplus conséquent des capacités de production et de main-d’œuvre, un déséquilibre donc entre une offre (forte) et une demande (faible), déséquilibre auquel s’ajoute une baisse conséquente du prix des matières premières essentielles (en partie pour cause de baisse de la demande), des mécanismes connus qui pourraient entraîner de la déflation. On espérait un peu d’inflation pour soulager (au moins temporairement) la dette publique, mais nous pourrions aller vers la déflation. A partir de là, un autre mécanisme s’enclenche : pour financer leurs déficits, les gouvernements font appel à leur banque centrale, avec planche à billets tournant à plein régime, d’où la stagflation (mot-valise formé de stagnation et inflation), stagnation de l’économie et inflation des prix, un mal auquel bien peu résistent et qui plonge les sociétés dans un état de crise économique, et donc sociale, dont il ne sort rien de bon, et je fais usage de la litote.

Nouriel Roubini poursuit dans sa lancée. La crise économique brièvement présentée ci-dessus et activée par la pandémie du Covid-19 pourrait être accentuée par la démondialisation et le protectionnisme. Démondialisation pour cause de disruption dans la fourniture de produits technologiques et crainte du retour de la pandémie – la deuxième vague si redoutée, autre image inspirée du monde marin et qui me revient, un tsunami. La démondialisation entraîne des pertes d’emplois et de salaires, avec creusement (abyssal ?) des inégalités sociales. La crainte d’un retour en force de la pandémie incite à la relocalisation, ce qui en soit peut paraître bénéfique mais, considérant la fiscalité et le coût de la main-d’œuvre dans le pays qui relocalise, l’automatisation y sera accélérée et les salaires auront tendance à partir à la baisse pour maintenir la compétitivité. Par ailleurs, considérant la gravité de la situation sociale (les Gilets Jaunes sembleront bien gentils en comparaison de ce qui pourrait advenir), les États et leurs gouvernements seront tentés par le protectionnisme afin d’éviter l’explosion ; ils restreindront la libre circulation des biens et des capitaux, ce qui aura les effets que je vous laisse imaginer…

Ce n’est bien sûr qu’un cas de figure parmi d’autres. Nouriel Roubini n’est pas un illuminé qui demande à ceux qui le lisent ou l’écoutent de le suivre les yeux fermés. Il avertit et désigne un possible sans écarter d’autres possibles. Et je pourrais en revenir à la théorie du chaos, très proche de l’étude des mécanismes économiques, ce que les économistes libéraux admettent d’eux-mêmes, et ce que les marxistes ne peuvent – ou ne veulent – admettre. A voir donc si les dix risques présentés par Nouriel Roubini plongeront l’économie dans une décennie (2020-2030) de désespoir avant que « la technologie et un leadership plus compétent » ne commencent à apporter des solutions à cet état de dépression.

 

Donc, l’information mainstream nous invite à l’optimisme, affectueusement, maternellement, paternellement. Les taux d’intérêt sont historiquement bas, la planche à billets imprime et imprime encore et l’État étend au-dessus de nos pauvres têtes ses bras protecteurs. Une fois encore, je redoute que cette pandémie ne soit un prétexte pour une ingérence toujours plus poussée de l’État dans la vie de tous. Le secteur privé s’amenuise, la dette (de l’impôt en devenir) est un tsunami, le déficit un maëlstrom, les billets pleuvent au-dessus d’un incendie – ou d’un gouffre ? – et pendant ce temps on discute de transition écologique. Certes, je le redis, la question écologique importe et elle m’importe, mais doit-on fermer des centrales nucléaires maintenant et promouvoir les éoliennes alors que des problèmes d’une extrême gravité nous cernent ? Mais qu’importe, l’argent coule à flot et il est « gratuit ». Quel sera le coût de l’électricité et comment en produira-t-on suffisamment face à une demande sans cesse accrue ? Ce dirigisme est proprement affolant, je pars me consoler chez les libéraux et les libertariens.  Il faut limiter l’État à ses fonctions régaliennes ; l’économie n’est en rien son domaine.

 

 

Je n’ai pas besoin que l’État régularise mon optimisme ou mon pessimisme. Mes humeurs ne lui appartiennent pas. Pour l’heure, l’information mainstream, diversement phagocytée par l’État, répète à l’envi qu’il n’y a qu’une solution à tous nos maux, la dette, la dette, encore et toujours la dette. On se croirait chez Diafoirus, ce médecin pédant du « Malade imaginaire », mais qui lui au moins avait trois « remèdes » pour tous les maux : des saignées, des purges et des clystères.

L’argent ne pousse pas sur les arbres, disait-on. Non, mais à présent il pleut.

L’État se substitue peu à peu aux entreprises, un dispositif de prise en charge d’un pourcentage élevé du salaire (dispositif dit d’« activité réduite de maintien dans l’emploi ») dans les entreprises affectées par la baisse d’activité est mis en place, sans oublier le dispositif de chômage partiel. De la dette et encore de la dette, avec l’État qui se substitue aux entreprises pour verser des salaires. La France est devenue l’otage de son État, je le répète, ce qui semble ne pas déplaire au plus grand nombre qui plutôt que d’analyser ce qui se passe préfère s’en prendre « aux riches », entendez : « aux plus riches que moi » ; car il n’y a pas de riche dans l’absolu, on est plus riche (pauvre) ou moins riche (pauvre) que d’autres.

Je ne comprends plus rien ou, plutôt, je ne comprends que trop. Nous creusons un gouffre et chantons et dansons la Carmagnole sur son pourtour. Moi qui souffre d’un vertige maladif, je ne participe pas à la fête. Olivier Véran, le ministre de la Santé, est entré dans la danse. Il fait pleuvoir quelques milliards d’euros dans le gouffre sans dire un mot sur d’éventuelles économies qui passeraient non pas par la suppression de lits et de moyens sur le terrain (il faudrait au contraire les augmenter) mais par une restructuration totale de la bureaucratie hospitalière.

Ce n’est pas tout. La France s’est mise à faire la manche, à nous seriner que la mutualisation de la dette est essentielle à la survie de l’Europe. Mais elle ne se soucie toujours pas de mettre de l’ordre dans ses finances publiques, et elle accuse un déficit public toujours plus considérable. A présent, elle gratte à la porte de l’Allemagne en espérant par ailleurs que cette mutualisation se fasse sans condition car il n’est pas question de restructurer l’appareil d’État.

Emmanuel Macron et Angela Merkel proposent un plan de relance de 500 000 000 000 d’euros. En plus de ce plan de relance, une mutualisation de la dette est prévue ; et les pays bénéficiaires du plan de relance n’auront pas à rembourser (!?) précise Emmanuel Macron qui ne rêve d’amplifier le modèle français à l’Europe. Cet homme est très actif mais son monde est confiné, très confiné.

Les « Frugal four » (« les radins » pour les socialistes) soit l’Autriche, les Pays-Bas, le Danemark et la Suède se sont opposés à un projet de budget européen, puis aux coronabonds, puis au plan de relance. Ils ne voient pas pourquoi les bénéfices de leurs réformes devraient profiter à des États qui manquent de rigueur budgétaire. Ils ont présenté une contre-proposition au plan de relance concocté par la France et l’Allemagne. Cette contre-proposition, une aide d’urgence aux pays les plus touchés (soit essentiellement l’Italie et l’Espagne) sous la forme de prêts ponctuels soumis à conditions. Ils refusent par ailleurs cette proposition d’aide non-remboursable. Je ne vais pas rentrer dans le détail des propositions et contre-propositions de ces quatre pays, je souhaite simplement que leurs voix l’emportent contre cette Europe normative, technocratique et toujours plus socialiste. Trop d’énergies sont étouffées dans ce magma.

 

Un excellent article de Natasa Jevtovic, « Doit-on vraiment rembourser la dette publique ? », un article qui met les points sur les i, qui évoque le grand Milton Friedman et qui commence ainsi : « La crise économique qui étouffe la croissance européenne a un nom : c’est une crise de la dette souveraine. Afin de stimuler ou relancer l’économie, les États européens ont mis en œuvre les politiques keynésiennes et dépensé de l’argent public pour aider les secteurs économiques en difficulté. N’ayant pas retenu la leçon tirée de la faillite des économies socialistes à l’Est, les États ont oublié que leur rôle n’était pas d’intervenir dans l’économie mais d’assurer le cadre légal et institutionnel pour faciliter les échanges économiques entre les acteurs privés ». Les États ont oublié que leur rôle n’était pas d’intervenir dans l’économie mais d’assurer le cadre légal et institutionnel pour faciliter les échanges économiques entre les acteurs privés… :

https://www.contrepoints.org/2013/07/31/132870-doit-on-vraiment-rembourser-la-dette-publique

 

Et pour conclure, un passage extrait de « Harmonies économiques » de Frédéric Bastiat qui répond en quelque sorte à l’exposé que fait Milton Friedman avec son crayon jaune, dans le lien en début d’article :

« Prenons un homme appartenant à une classe modeste de la société, un menuisier de village, par exemple, et observons tous les services qu’il rend à la société et tous ceux qu’il en reçoit ; nous ne tarderons pas à être frappés de l’énorme disproportion apparente. (…) D’abord, tous les jours, en se levant, il s’habille, et il n’a personnellement fait aucune des nombreuses pièces de son vêtement. Or, pour que ces vêtements, tout simples qu’ils sont soient à sa disposition, il faut qu’une énorme quantité de travail, d’industrie, de transports, d’invention ingénieuses, ait été accomplie. Il faut que des Américains aient produit du coton, des Indiens de l’indigo, des Français de la laine et du lin, des Brésiliens du cuir ; que tous ces matériaux aient été transportés en des villes diverses, qu’ils aient été œuvrés, filés, tissés, teints, etc.

Ensuite, il déjeune. Pour que le pain qu’il mange lui arrive tous les matins, il faut que des terres aient été défrichées, closes, labourées, fumées, ensemencées ; il faut que les récoltes aient été préservées avec soin du pillage ; il faut qu’une certaine sécurité ait régné au milieu d’une innombrable multitude ; il faut que le froment ait été récolté, broyé, pétri et préparé ; il faut que le fer, l’acier, le bois, la pierre aient été convertis par le travail en instruments de travail ; que certains hommes se soient emparés de la force des animaux, d’autres du poids d’une chute d’eau, etc. : toutes choses dont chacune, prise isolément, suppose une masse incalculable de travail mise en jeu, non seulement dans l’espace, mais dans le temps. »

Et Frédéric Bastiat poursuit ainsi sur plusieurs paragraphes pour constater ce qui suit : « Il est impossible de ne pas être frappé de la disproportion, véritablement incommensurable, qui existe entre les satisfactions que cet homme puise dans la société et celles qu’il pourrait se donner s’il était réduit à ses propres forces. J’ose dire que, dans une seule journée, il consomme des choses qu’il ne pourrait produire lui-même en dix siècles. »

Après s’être penché sur de « petites choses », comme Milton Friedman avec son crayon jaune, Frédéric Bastiat constate que tous les hommes sont dans le cas de ce menuisier de village, que chacun a « absorbé des millions de fois plus qu’il n’aurait pu produire » et que ce menuisier a pourtant « payé en services tous les services qui lui ont été rendus ». Et Frédéric Bastiat poursuit : « Il faut donc que le mécanisme social soit bien ingénieux, bien puissant, puisqu’il conduit à ce singulier résultat, que chaque homme, même celui qui se sent placé dans la condition la plus humble, a plus de satisfactions en un jour qu’il n’en pourrait produire en plusieurs siècles ». Et fort de cette démonstration, Frédéric Bastiat invite le lecteur à se livrer à cet exercice sur lui-même avant d’ajouter : « On fermerait les yeux à la lumière si l’on refusait de reconnaître que la société ne peut présenter des combinaisons si compliquées, dans lesquelles les lois civiles et pénales prennent si peu de part, sans obéir à un mécanisme prodigieusement ingénieux. Ce mécanisme est l’objet qu’étudie l’économie politique. »

Mais c’est tout le livre, « Harmonies économiques », que je vous invite à lire, si toutefois vous ne l’avez pas lu. Derrière cette petite histoire de crayon jaune avec un Milton Friedman amusé et souriant se tient non seulement la silhouette d’Adam Smith qu’il évoque mais aussi celle de Frédéric Bastiat, un géant de la pensée économique, très étudié dans le pays de Milton Friedman mais inconnu ou boudé dans son pays, la France, pour des raisons dans lesquelles je n’entrerai pas mais qui sont exclusivement politiques, idéologiques. 

Olivier Ypsilantis

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Quelques considérations économiques, encore – 5/9

 

Je m’interroge toujours plus sur l’efficacité de la relance par injection massive d’argent (public) dans le but de relancer la demande – la relance keynésienne. J’ai toujours plus le sentiment que, ce faisant, on recule d’un pas ou, plutôt, d’un demi pas face au gouffre ; mais que dans un même temps on creuse ce gouffre et que lorsqu’on y tombera (une hypothèse nullement fantaisiste) on tombera d’autant plus haut.

Je ne comprends pas vraiment en quoi l’injection massive d’argent (public) peut stimuler la demande ; et si elle la stimule, ce ne peut être que très ponctuellement. Je ne comprends pas mais vraiment pas ce qui est bien une injonction officielle, à savoir que : « Ce n’est pas d’épargne mais de consommation dont nous avons besoin en ce moment ». Je ne comprends pas mais vraiment pas le sens de cette injonction qui, au mieux, ne peut se montrer efficace que sur une (très) courte période ; pas assez de temps pour mettre les canots de sauvetage à l’eau. Je ne puis m’ôter à cette impression, une impression qui ne me rend en rien inactif, au contraire ; je multiplie les décisions, le cœur battant, l’œil et l’esprit aux aguets ; mais cette impression ne me quitte pas, ne me quitte plus, et c’est probablement elle qui me donne cette énergie, l’énergie du désespoir probablement. Je suis à bord d’un paquebot qui ne cesse de frôler des hauts-fonds…

L’interventionnisme frénétique des gouvernements d’un côté et des banques centrales de l’autre est une épée à double tranchant. Des taux d’intérêt exceptionnellement bas permettent aux drogués de l’endettement de se fournir « gratuitement » ou presque chez leurs dealers. Mais cet endettement activé par l’interventionnisme aura tôt ou tard des effets désagréables. Le crédit est par ailleurs alloué d’une manière de moins en moins regardante et ainsi favorise-t-il la prolifération d’entreprises zombies qui influent sur les marchés financiers.

 

 

La machine étatique fait le Canadair mais sans la rigueur des pilotes de Canadair, parmi les meilleurs pilotes du monde et qui eux vont chercher l’eau en des points très précis pour la larguer en des points très précis. Il est vrai que l’on peut se consoler en se disant que l’élimination darwinienne des entreprises les moins profitables finit « naturellement » par s’imposer face aux artificielles stimulations keynésiennes budgétaires et monétaires. Cette consolation reste cependant en demi-teinte car les excès se multiplient. Une remontée des taux d’intérêts nous calmerait et nous rendrait plus scrupuleux et avisés sur la gestion de l’eau pour éteindre les incendies, tant à l’écopage qu’au largage. Cette politique procyclique et keynésienne d’arrosage n’écrase pas l’incendie, elle en réduit l’intensité et le laisse couver (smouldering fire) ; et lorsqu’il reprend, c’est avec une violence accrue. Cet endettement nous laisse par ailleurs une manœuvre toujours plus étroite face aux crises qui, notons-le, sont de plus en plus rapprochées.

On s’émeut, on pense relocalisation. Mais considérant la mondialisation toujours plus intense c’est un leurre. Et l’État s’est tellement enkysté dans les sociétés, la française en particulier, qu’il ne pourra renoncer à l’impôt et ainsi à se désintoxiquer. Au contraire, chaque nouvelle crise (financière, sanitaire et autre) l’engage à intervenir toujours plus. L’endettement d’un pays conduit aussi à l’étatisation d’un pays, implacablement, mécaniquement. On en vient même à envisager des plans quinquennaux. Certains doivent même espérer secrètement un Staline, lui qui en 1928 lança le premier plan quinquennal pour industrialiser frénétiquement le pays.

Je me prends à rêver d’un candidat libertarien aux prochaines élections présidentielles françaises, un candidat (ou une candidate) qui reprenne les dix points du programme de Jo Jorgensen, candidate libertarienne à l’élection présidentielle américaine, un programme qui bouscule tous les partis existants en France et qui au centre comme sur les côtés sont un désastre puisqu’ils ne pensent qu’étatisation alors que les multiples problèmes dont souffre le pays (dont l’endettement) sont le fait de l’obésité de l’État.

Parmi les mesures que prendrait un chef d’État libertarien (permettez-moi un peu de rêve) :

L’interdiction de contracter de nouvelles dettes, interdiction étendue à toutes les ramifications de l’appareil d’État, avant de passer à l’étape suivante : la réduction des dépenses publiques, chaque ministre étant tenu personnellement responsable et donc renvoyé en cas de non-respect du cap fixé.

Réforme du système de santé étouffé par une administration obèse. Dans ce système, l’administratif devra être progressivement réduit. La politique conduite par les gouvernements successifs, « de droite » comme « de gauche », ne diffère que sur la distribution de la part du gâteau à effectuer entre les organismes dépendants des partenaires sociaux et les rentes accordées aux mutuelles. Le système de santé doit être ouvert à la concurrence, seul moyen de réduire le coût des frais médicaux et de disposer de capacités d’investissement plus confortables, notamment dans la recherche. Réduire les coûts pour mieux aider, telle devrait être la devise du système de santé français pour les années à venir.

Réforme du système des retraites, un système lui aussi en déficit chronique et donc de moins en moins efficace. Que ceux et celles qui veulent sortir du système de protection et de prévoyance supervisé par l’État puissent en sortir, par exemple en n’ayant pas à supporter les prélèvements sociaux, et qu’ils choisissent à leurs risques et périls un système individualisé et quelle que soit l’activité exercée. Tout doit être remis à plat à ce sujet ; et à chacun de choisir sa formule.

Le chômage et la pauvreté ne cessent d’augmenter malgré les actions gouvernementales. Les politiques publiques ne fonctionnent pas et dans ce domaine encore moins que dans d’autres. Seul remède contre la pauvreté et la précarité, la vigueur de l’économie. La création de nouvelles entreprises devrait pouvoir se faire sans la moindre intervention de l’État ; et les entreprises ne devraient avoir à subir qu’une fiscalité légère.

Le ministère de l’Éducation nationale doit être supprimé. L’éducation doit être décentralisée, libre. L’apprentissage doit être développé autant que possible auprès des acteurs économiques, des géants à l’artisan en passant par les PME/PMI.

L’impôt est coercitif. Le consentement à l’impôt n’existe pas ou s’il existe c’est parce que le contribuable a calculé qu’il pourrait d’une manière ou d’une autre récupérer ce qu’il a versé au fisc. Par ailleurs, l’impôt nourrit l’État, c’est-à-dire tout le monde, c’est-à-dire personne.

En faisant le choix de l’endettement, l’État pérennise les équilibres – les déséquilibres – existants. Il assure son emprise sur le pays quitte à le pousser à l’appauvrissement et à la ruine. La France va du conservatisme institutionnel à l’interventionnisme bureaucratique et inversement. Pendant ce temps, on agite des questions « sociétales » pour distraire le peuple et, ainsi, assurer la pérennité de la machine étatique. Il ne s’agit pas de nier l’importance de ces questions, en aucun cas ; on peut même s’interroger sur une différenciation prononcée entre « question sociale » et « question sociétale ». Mais force est de constater que dans les situations d’urgence (et nous sommes dans une situation d’urgence) ces questions sont agitées comme jamais. La pandémie du Covid-19 multiple les tentacules étatiques sur l’économie et celles de l’administration sur la propriété et la liberté de commercer. Ce faisant l’État affaiblit et navre le pays tout en assurant de moins en moins bien ses fonctions régaliennes pour cause d’éparpillement.

La pandémie du Covid-19 a montré que l’économie administrée n’a pas fonctionné. Mais qu’importe ! On agite l’écologie (question grave, urgente même) qui n’a pas à être agitée par le pouvoir d’État pour faire oublier sa gestion désastreuse. L’économie administrée n’a pas fonctionné et elle ne fonctionnera pas. Les libertés individuelles vont être grignotées, la propriété qui en est inséparable avec elles. Mais il s’agit de préserver la stabilité de l’exécutif et de nourrir un État toujours plus obèse et affamé… Quand l’État se désengagera-t-il de tout ce qui ne concerne pas ses missions fondamentales, seul moyen de sortir de la crise ?

 

Je ne comprends pas vraiment la manière dont la France se prépare à la crise économique et sociale qui vient. Il me semble qu’une discrète voix officielle s’insinue partout et invite à la méthode Coué. Je me défends de cultiver le pessimisme aussi bien que l’optimisme qui l’un et l’autre relèvent trop souvent de la pose. Je suis simplement inquiet, ce qui ne m’empêche pas d’apprécier tout ce que la vie place devant moi et d’en rendre au moins partiellement compte. Mais tout de même ! Je me dis parfois (sans prétendre être d’une clairvoyance particulière) que nous sommes à bord d’un Titanic qui commence à sombrer, doucement, gentiment, et que le capitaine et son équipage (qu’ils en soient remerciés) s’emploient à éviter à tout prix que la panique ne s’empare des passagers. Il est vrai que la panique est mauvaise conseillère. Faut-il pour autant qu’ils continuent à nous bercer ? L’un des sens du mot « bercer » est « tromper ». Je suis à bord du « Titanic » et l’orchestre passe en boucle la chanson de Ray Ventura : « Tout va très bien, Madame la Marquise / Tout va très bien, tout va très bien. / Pourtant, il faut, il faut que l’on vous dise, / On déplore un tout petit rien ». Moi qui suis sur le pont du paquebot, je note néanmoins une inclinaison bizarre de l’ensemble, une inclinaison qui s’accentue doucement, tout doucement ; mais me dit la presse mainstream, ce truc qui fait des bulles : « Tout va très bien, tout va très bien ».

La France s’est montrée terriblement impréparée face à la pandémie du Covid-19, une impréparation d’autant plus inexcusable que la fiscalité y est gargantuesque et pantagruélique. L’« alphabet de la reprise » est décliné par l’O.C.D.E. en trois lettres : U, V, W. Il y a aussi le L, soit pas de reprise, mais on l’a mis au placard. Cet alphabet amuserait Georges Perec, son ami Raymond Queneau et autres membres de l’Ouvroir de littérature potentielle, l’OuLiPo. Toutes ces considérations me conduisent par des voies à peine détournées vers le rébus, un exercice que j’ai commencé à apprécier dès l’enfance par des revues qui traînaient chez les uns et les autres, à commencer par la salle d’attente du dentiste. Mais une fois encore, je me suis égaré. Et je vais en venir à Nouriel Roubini, un passager du « Titanic » avec lequel je partage certaines inquiétudes.

Olivier Ypsilantis

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Quelques considérations économiques, encore – 4/9

 

Je redis mon inquiétude face à ces États sans rigueur budgétaire, la France en tête. Dans son cas, cette absence de rigueur a commencé il y a une quarantaine d’années. Il ne s’agit donc pas d’accuser tel ou tel gouvernement mais de désigner l’État français en tant que tel comme un danger pour la France. La France est devenue l’otage de son État, je ne le répéterai jamais assez, quitte à passer pour un radoteur. Quant aux syndicats français, ils ne remplissent plus leur fonction de syndicats. Ils sont enfermés sur eux-mêmes, désireux avant tout de protéger l’appareil syndical (comme l’État est avant tout désireux de protéger l’appareil d’État) sans même se préoccuper de leur représentation qui, soit dit en passant, est particulièrement faible. C’est l’une des raisons, et non des moindres, du faible dialogue social en France, pour ne pas dire du blocage du dialogue social, un phénomène qui porte préjudice à l’ensemble de l’économie et des travailleurs. Une meilleure représentation fluidifierait ce dialogue, comme de l’huile dans des rouages. Le cas allemand est de ce point de vue instructif.

 

 

Il n’y a de la part de l’État aucune volonté de se réformer, ou si faiblement. Des ressources gigantesques (venues de la fiscalité) sont versées dans cette machine qui ne produit de l’énergie presque que pour elle-même et la transmet de moins en moins aux autres organes du pays. Que cette situation perdure et c’est tout le pays qui va descendre graduellement aux enfers. Le « modèle français » n’est plus un modèle ; il n’y a que les membres de l’appareil d’État, et à tous les niveaux, pour s’illusionner ou se mentir à eux-mêmes sur ce qu’est devenu l’État. La France glisse insensiblement vers l’Europe du Sud, avec dette particulièrement pesante et problèmes politiques et sociaux qui tendent à se durcir. On a déclaré l’état d’urgence sanitaire, il faut à présent déclarer l’état d’urgence économique plutôt que de donner des leçons et multiplier les contraintes. Un journaliste dont j’ai oublié le nom signalait à juste titre que le monde des entrepreneurs est dans la situation du Tiers-État en 1789, qu’il porte sur son dos la noblesse (le système politique) et le clergé (le système syndical). Il est le seul à travailler et à apporter de la richesse au pays. Les entrepreneurs, ces travailleurs, portent sur leur dos une charge considérable. Il faudrait songer à les laisser se redresser. Mais l’État est une bête vorace et ce n’est pas de lui-même qu’il refrénera son appétit. La part du système étatique était en France de 56,5% du P.I.B. fin 2019. Elle pourrait sensiblement augmenter suite à la pandémie du Covid-19 et dépasser les 60%. On évoque même 65% dans certains cercles ! L’impact de la crise sanitaire en France est en grande partie lié au trop grand poids de l’État qui dans un premier temps a dû s’en remettre à la société civile et au secteur privé pour atténuer ses effets.

Je n’ai pas les compétences scientifiques pour discuter de cette pandémie mais j’ai remarqué qu’il y avait un lien assez précis entre le nombre de victimes, l’impact économique du confinement dans un pays donné et son niveau d’endettement public ; et je me limite à l’Europe.

Je doute qu’il y ait une volonté capable de s’imposer pour réformer l’État, le réformer structurellement et ne pas se contenter d’un simple ravalement destiné à faire illusion. Mais le piège semble s’être refermé. Les présidents de la République (leur pouvoir est considérable, nous sommes dans un régime présidentiel) ne veulent pas s’atteler à de tels travaux. Certains d’entre eux sont probablement lucides sur la dangerosité d’un tel État pour le pays mais ils pensent avant tout à leur réélection et ils savent que se mettre à dos des millions de fonctionnaires les condamne à un échec électoral. Certes, il peut leur arriver de faire un effort en début de quinquennat mais très vite ils s’adonnent aux calculs électoraux et plus question d’entreprendre des réformes qui pourraient nuire à leur carrière politique.

Des réformes multiples s’imposent, parmi lesquelles (je les cite un peu au hasard et sans prétendre à l’exhaustivité, le cahier des doléances est à ce sujet bien trop épais) : Réduire le mille-feuille territorial en commençant par les communes (l’unité de base) pour remonter vers les entités territoriales plus importantes. Réduire le nombre de députés et de sénateurs (au moins de moitié) avant de passer à la réduction du nombre de fonctionnaires dans les autres organes de l’État sans hésiter à en faire fusionner certains. Supprimer le statut de fonctionnaire (sauf en matière régalienne au sens le plus strict du mot) et réduire leur recrutement. Supprimer tout cumul de mandat. Interdire aux fonctionnaires de s’engager en politique à moins qu’ils ne présentent leur démission de fonctionnaire, une démission définitive ; pas question de faire des va-et-vient entre la fonction publique et la politique. Supprimer tous les avantages attribués aux fonctionnaires (en finir avec les régimes spéciaux et les primes), ce qui ne signifie pas que leurs salaires doivent être baissés ; ils peuvent même être revalorisés ; mais qu’ils aient un salaire complet correspondant à leur poste et à un travail effectif. Simplifier le code du travail et drastiquement. Alléger voire supprimer nombre de taxes et d’impôts. Privatiser toutes les entreprises dans lesquelles l’État n’a rien à faire, en particulier dans les médias, ce qui rendrait l’air plus respirable. Supprimer le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (C.S.A.), cet organe digne de la Roumanie de Ceaușescu. Supprimer certains ministères, comme celui de la Culture ; l’État n’a rien à faire dans la culture, n’a rien à voir avec la culture. Que l’État participe à la restauration du patrimoine national mais, par exemple, qu’il ne se mêle pas de financer des festivals. On peut lire sur le site du ministère de la Culture : « Le ministère de la Culture a pour mission de promouvoir la création artistique dans toutes ses composantes et de permettre la démocratisation et la diffusion des œuvres culturelles ». Fort bien. Mais ce que l’État, ce machin qui veut mettre son nez partout, ne comprend pas c’est que la culture, l’authentique culture, est par définition démocratique et que c’est précisément l’intervention de l’Etat qui en fait une production pour snobs, un produit artificiel, dénué d’authenticité donc. Le chantier est immense mais ces immenses simplifications et ces allègements considérables devraient nous rajeunir et ôter la France à cette tristesse et ce pessimisme qui se sont installés en elle.

La France comprendra-t-elle que cette pandémie marque un échec de l’État et d’un système de santé qui doivent être révisés de fond en comble ? Je dénonce le système et en rien le personnel soignant qui à tous les niveaux mérite notre respect et nos applaudissements, des applaudissements qui ne doivent pas nous épargner un sérieux questionnement sur un système devenu plutôt inefficace en regard des montants qui sont prélevés d’autorité aux citoyens pour assurer leur santé. Une fois encore, l’Allemagne est un exemple, avec son système de santé où, notamment, la part de l’administratif est bien moindre qu’en France.

 

 

L’État a voulu avoir le monopole de la gestion de produits essentiels (masques, gel hydroalcoolique, etc.) pour se protéger du Coronavirus. La pénurie a duré des semaines. A présent, l’État qui est en grande partie responsable de la situation dans laquelle se trouve le pays largue des aides comme des Canadair larguent de l’eau au-dessus d’un incendie, des centaines de milliards d’euros, de l’argent public, autant de dettes qui sont de l’impôt en devenir. Et puis, tout à coup, l’État, probablement soucieux de brouiller les cartes (je ne vois pas d’autre explication) décrète l’urgence écologique, avec « Plan vélo », « Plan voiture électrique » et j’en passe. Je ne comprends pas le lien entre le Coronavirus, le vélo et la voiture électrique sinon que l’État veut confirmer son omniprésence, s’imposer dans toutes les perspectives, lui qui agit si mal lorsqu’il s’aventure hors de ses territoires régaliens. Emmanuel Macron, probablement soucieux de mieux s’accrocher à sa branche, a décidé de créer une commission (une de plus) avec vingt-six économistes. On crée des commissions, on pérore, on élabore d’épais rapports que personne ne lira. Mais les commissions donnent aux dirigeants une illusion d’importance et impressionnent (à l’occasion) le citoyen.

Le plan de relance dit écologique se fera à grands coups d’aides publiques que ne manquera pas d’accompagner une hausse de la fiscalité. L’État, le français plus particulièrement, sait déployer des trésors d’imagination pour remplir les caisses du Trésor public. La féerie fiscale ne cessera-t-elle donc jamais ? Personne ne semble avoir compris que ce plan de relance est d’abord un tour de passe-passe conçu par l’État et destiné à faire oublier ses immenses erreurs, ses prétentions meurtrières.

Lorsque je m’inquiète de la dette de la France, passant à l’occasion pour un vieux rabat-joie, on me rétorque volontiers que le Japon est à présent deux fois plus endetté que la France, soit 240% du P.I.B. ; le Japon, troisième puissance économique mondiale, loin devant l’Allemagne. L’une des raisons de cet endettement, et pas des moindres, le coût de la Sécurité sociale japonaise qui a fait comme en France le choix de la répartition. L’endettement est au Japon comme en France un choix politique. Le néo-keynésianisme y domine. Ce que ceux qui se moquent de mes inquiétudes à ce sujet ne savent pas, ou ne veulent pas savoir, c’est que la dette japonaise est détenue à 90% par des Japonais et par la Banque centrale nippone. Par ailleurs, la dette japonaise est assise sur de très solides actifs répartis dans le monde entier. Selon le ministère des Finances, les actifs externes nets du Japon atteignaient, fin de 2013, le montant de 325 000 milliards de yens, soit 2 334 milliards d’euros, ce qui fait du Japon le premier créancier mondial pour la vingt-troisième année consécutive ! Et cette tendance n’a cessé d’aller à la hausse.

Le cas français est plus compliqué et le choix de l’endettement pourrait mal tourner. Le seul moyen d’éviter la faillite serait de ponctionner directement l’épargne (considérable) des Français, fragilisant ainsi plus encore le pays. La sphère étatique est devenue monstrueuse. La France qui possède de considérables potentiels est véritablement occupée par son État, une force d’occupation qui déprime les énergies du pays. Emmanuel Macron (que je me garde d’accuser de tous les maux – il n’a pas créé cet État) est bien celui que j’avais flairé, un étatiste, comme François Hollande, un étatiste relooké mais un étatiste.

Face à mes inquiétudes, un ami tenta de me rassurer en me disant qu’un État ne peut faire faillite. Il y a pourtant plusieurs cas de faillites d’États, et récentes, lui fis-je remarquer, dont l’Argentine. Il précisa : « … un État comme la France ». La France a pourtant connu plusieurs défauts de paiement ; mais il est vrai que le pays est toujours là. Si on s’en tient à l’Europe, les défauts de paiement ne sont pas rarissimes, et c’est l’Espagne qui détient le record non seulement européen mais aussi mondial du nombre de défauts de paiement. La France a fait faillite près de dix fois entre le XVIe siècle et le XIXe siècle, et pour la dernière fois en 1812. C’est tout au moins ce que rapportent les travaux des économistes américains Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff qui certes ont commis des erreurs mais dont les travaux méritent d’être lus.

Il me semble que cette crise du Covid-19 aura pourtant des effets positifs sur l’économie, des effets qui seront portés par le secteur privé, avec adaptation aux nouvelles données. Je redoute pourtant que le pays ne s’enfonce plus encore dans l’étatisme, ces sables mouvants…

Olivier Ypsilantis

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Quelques considérations économiques, encore – 3/9

 

Je viens de lire un excellent article de Claude Sicard intitulé : « Plan de relance : la France trop faible pour s’en sortir ? » Je m’y attache car il confirme des impressions inquiètes que j’ai depuis des années et que j’éprouve à chaque fois que je reviens en France, soit un pays qui est devenu un « pays d’entrepôts », ainsi que je l’ai écrit, une désignation par laquelle je m’efforce de rendre sensible une part de mes inquiétudes.

Je prends toujours plus conscience du trop-d’État, du trop d’administration – ou bureaucratie – et, de ce fait, de l’encombrement des têtes qui épuise les énergies. L’impôt est devenu une obsession, le riche (mais où commence-t-il ?) est supposé, lorsqu’il n’est pas accusé, être à l’origine de tous les maux. Aucune réflexion sérieuse n’est menée par rapport à l’État, un État que je déclare être une force d’occupation qu’il faut chasser du pays, un État que les catégories sociales supérieures vitupèrent volontiers mais dans les bras duquel elles se jettent au moindre problème. Je le redis : la France est devenue otage de son État, un constat que j’ai fait il y a plus de vingt et sur lequel je ne suis jamais revenu ; il me semble de plus en plus pertinent. Mais comment réduire cet État ? Il a tellement métastasé… Oui, cet État est bien un cancer ; et de mon point de vue l’image n’est en rien forcée. On me traitera de tous les noms, en commençant par « libéral », une injure devenue aussi radicale que « fasciste ». Je m’en moque sachant que ceux qui en font usage ne connaissent ni le sens précis du mot fasciste et encore moins celui de libéral. Je reviendrai sur la signification du mot libéral dans un prochain article.

 

 

J’en reviens à l’article précis et factuel de Claude Sicard. Je le résume. Cette pandémie révèle la vulnérabilité de l’économie française. La France (mais aussi l’Espagne et pour d’autres raisons) va avoir de grandes difficultés à s’extraire de la situation économique dans laquelle elle se trouve. L’une des raisons, la principale raison, en est la désindustrialisation du pays, un phénomène dont on prend conscience aujourd’hui mais dont il aurait fallu s’inquiéter il y a quelques décennies.

Donc, Claude Sicard insiste sur la perte de richesse due à la désindustrialisation du pays. La crise a forcé l’État a une intervention particulièrement massive qui va augmenter sensiblement le cycle (infernal) dette/impôts.

Avant cette pandémie et le confinement consécutif, rappelons que le Produit intérieur brut (P.I.B.) par habitant (qui permet principalement d’appréhender le niveau d’activité économique d’un pays) situait la France en onzième position dans le ranking européen. Depuis des années, le taux de croissance du P.I.B. français est plutôt inférieur à celui des principales puissances européennes. L’État s’est installé dans le déficit alors que les prélèvements obligatoires sont beaucoup plus élevés que partout ailleurs, que la balance commerciale tend à s’installer dans le négatif et que le taux de chômage est curieusement élevé. Sur ce dernier point, en Europe, il n’y a guère que l’Espagne qui fasse « mieux » que nous. Pour faire face à ces questions, l’État a choisi l’endettement, tant et si bien que la dette extérieure du pays qui flirtait avec le P.I.B. est passée largement au-dessus avec la crise du Coronavirus, 115 % et peut-être bientôt plus. En Allemagne, le rapport dette/P.I.B. était d’environ 60 % ; suite à cette pandémie, il est passé pour 2020 à un peu plus de 75 %, ce qui reste supportable ; et tout indique que ce pays s’emploiera à le réduire pour ramener sans tarder sa dette autour des 60 % du P.I.B.

Cette pandémie aura révélé la gravité de l’étiolement du secteur secondaire (industriel), un étiolement qui s’est fait sur une bonne quarantaine d’années. Il ne s’agit donc pas d’accuser tel ou tel gouvernement, dit « de droite » ou dit « de gauche ». C’est un phénomène bien plus ample et bien plus profond. A la fin des Trente Glorieuses (une expression inspirée du livre de Jean Fourastié et qui couvre une période qui va des lendemains de la Seconde Guerre mondiale au choc pétrolier de 1973), nous rappelle Claude Sicard, le secteur industriel employait 6,5 millions de personnes et représentait 28 % du P.I.B. A présent, ce secteur emploie 2,7 millions de personnes et ne contribue qu’à 10 % du P.I.B. Considérant ces proportions, la France est devenue le plus désindustrialisé des pays européens, Grèce mise à part. Le secteur secondaire au Portugal représente plus de 24 % du P.I.B. – 20 % constitue une moyenne européenne en la matière.

La France aime les théories, elle s’en saoule. Les dirigeants (comme Emmanuel Macron) aiment s’entourer de spécialistes (le grand mot !), d’individus passés par les grandes écoles, de hauts fonctionnaires, et ils négligent trop souvent les entrepreneurs, le self made man, le secteur privé tout juste considéré comme un réservoir à impôts et taxes dont l’énumération suffit à donner le vertige.

Nos dirigeants et leurs conseillers se sont fondés sur la théorie dite des « trois secteurs de l’économie » qui voudrait qu’une économie moderne soit une société « post industrielle », c’est-à-dire sans industrie. Ainsi le déclin de notre industrie a-t-il été considéré comme le signe de la modernisation du pays. Et, de fait, j’ai grandi dans un pays où à l’école et dans la presse on laissait entendre que la France état un pays très avancé parce que le secteur industriel mais aussi primaire ne cessaient de baisser en pourcentage du P.I.B. au seul profit du secteur tertiaire, le secteur des services. Et je me suis laissé bercer jusqu’à la fin de mes années d’études avant d’être pris par de sérieux doutes sur ce qui était devenu une sorte de mantra décliné de mille manières mais qui toutes glorifiaient ce constat : la France est un pays moderne, très moderne : regardez les pourcentages secteur primaire / secteur secondaire / secteur tertiaire dans le P.I.B. Et le Français était rassuré. Le réveil est dur.

Claude Sicard : « Lorsqu’on établit une corrélation entre la production industrielle des pays (calculée par habitant) et les P.I.B. per capita de ces pays, on note un coefficient de corrélation étonnamment élevé, supérieur à 0,93. Cela signifie que la production industrielle des pays est bien la variable explicative de leur richesse ». De ce point de vue, le pays européen le mieux placé est la Suisse.

 

 

La liquidation progressive du secteur industriel français a des conséquences très lourdes sur l’emploi et le P.I.B. ; ce sont des millions d’emplois et des centaines de milliards d’euros de manque à gagner. Ces pertes en emplois et capitaux ont poussé presque mécaniquement l’État à intervenir pour soutenir le niveau de vie de la population – son pouvoir d’achat. Or, l’intervention de l’État ne signifie rien d’autre que de l’endettement et de la pression fiscale dans un mouvement qui rappelle celui de la « cage à écureuil ». Le Français tourne aujourd’hui dans une « cage à écureuil ». Il est vrai qu’ils sont de plus en plus nombreux à faire un bond hors de cette déprimante machine. Endettement, pression fiscale, dette extérieure, prélèvements obligatoires…

Claude Sicard : « Si notre industrie n’avait pas fondu comme elle l’a fait, le pays n’aurait pas eu à augmenter sa dette de quelque 80 à 100 milliards d’euros chaque année, et les prélèvements obligatoires se situeraient à la hauteur de ce qu’ils sont dans les autres pays européens. Les 350 milliards manquants ont été compensés par 100 milliards de dette de plus, ces dernières années, et 250 milliards de prélèvements obligatoires de trop. »

 Olivier Ypsilantis

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Quelques considérations économiques, encore – 2/9

 

Je mets en lien un article anti-démagogique, un appel écrit par un étudiant, Jérémie Dequet, et intitulé : « Le libéralisme français doit retrouver ses principes » :

https://www.contrepoints.org/2020/06/04/372834-le-liberalisme-francais-doit-retrouver-ses-principes#fnref-372834-1

 

J’en reviens à l’une de mes craintes : un interventionnisme étatique augmenté suite à la crise du Covid-19. L’État français déjà surendetté se sur-surendette pour soutenir le pays. On comprend sa hâte à mutualiser la dette, autrement dit à ajourner les réformes structurelles d’un État devenu néfaste pour le pays, véritable force d’occupation qu’il faudra bien réduire. Cet État qui prétend donner des leçons aux autres, cet État terriblement bavard et présomptueux qui se vautre dans les dépenses publiques a aujourd’hui un système de santé bien moins efficace que d’autres, tant en Asie (voir notamment la Corée du Sud, pays d’excellence et dans bien des domaines) qu’en Europe. La comparaison France/Allemagne sur ce point et sur bien d’autres est à présent accablante. Il faut consulter l’étude de l’I.R.E.F. (Institut de recherches économiques et fiscales, un think tank européen). La lourdeur bureaucratique et la centralisation expliquent, au moins en partie, les tristes performances de la France quant à la gestion de cette pandémie. L’État emprunte massivement pour aider le pays – il ne fait que mettre en place de nouveaux impôts, la dette étant de l’impôt en attente, ce que l’on oublie volontiers lorsque les taux d’intérêt tendent vers zéro ou sont même négatifs.

 

 

J’en reviens à cette mutualisation de la dette prônée et même implorée par des pays qui sont tombés dans la dette comme d’autres dans la drogue ou l’alcool, et j’en reviens à la France qui la réclame en espérant noyer sa dette dans une dette collective. C’est vraiment vouloir faire l’Europe par le bas. Dette et fiscalité sont devenues les deux mamelles de la République française et son État. La presse française bien-pensante glorifie cette mutualisation : le pays va pouvoir continuer à faire de la balancelle de jardin ; et par cette mutualisation on espère en venir sans tarder au fédéralisme, comme par phénomène de cause à effet. On évoque même un « moment hamiltonien » (voir Alexandre Hamilton, premier secrétaire au Trésor des États-Unis en 1790). Bref, c’est l’extase.

Une fois encore, cette Europe me dégoûte car elle se fait par le bas. L’Europe doit s’édifier grâce à la concurrence entre pays, une concurrence capable d’obéir à certaines règles, comme en sport, des règles qui peuvent être implicites, nées de l’usage, des règles de common decency que Jean-Claude Michéa définit de la sorte dans « L’Enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes » : « Ensemble de dispositions à la bienveillance et à la droiture qui constitue selon lui (Georges Orwell) l’indispensable infrastructure morale de toute société juste » ; et, plus loin : « Mixte, historiquement constitué, de civilités traditionnelles et de dispositions modernes qui ont jusqu’ici permis de neutraliser une grande partie de l’horreur économique ». Ces dispositions et ce mixte ont quelque chose à voir avec le fair play. La common decency et le fair play peuvent contribuer à alléger les lourdeurs de l’administration et de l’étatisme et proposer un espace de liberté considérable. Ils peuvent être les régulateurs essentiels de la très nécessaire concurrence. Mais, me direz-vous, les individus ne sont pas fiables, il faut une entité supérieure, un État et une administration pour les surveiller. J’en reviens à cette réflexion de Ludwig von Mises que j’ai citée dans un précédent article : « If one rejects laissez faire on account of man’s fallibility and moral weakness, one must for the same reason also reject everykind of government action ». A word to the wise…

Cette Europe à laquelle aspirent les forces molles de l’Europe promet l’ennui et la coercition et à tous les niveaux, un socialisme gluant, démocratiquement poisseux. Vouloir mutualiser la dette comme veut le faire une France en faillite (et qui n’a pas renoncé à prendre ses aises via son État) promet un horizon confiné où le conformisme sera célébré, où les mots d’ordre seront mâchonnés. Je redoute cette Europe moi qui me suis toujours senti viscéralement européen. Il est vrai que j’espère une Europe par le haut, une Europe capable d’envisager le meilleur de chaque peuple et de s’en inspirer, de s’immerger dans les différences et de s’en enrichir, de refuser cette égalité qui n’est que promesse d’avachissement psychique, de repousser cette étatisation et cette administratisation (ce mot n’existe pas mais il dit ce qu’il veut dire) de tout, de se dresser contre cette infantilisation du citoyen qui ne sera plus autorisé à dire un mot plus fort que l’autre, une parole plus haute que l’autre. Cette Europe insipide me répugne, cette Europe qui ne rêve que d’impôts afin de faire prospérer une bureaucratie qui ne saura mettre fin à ses appétits puisque la concurrence (ce régulateur démocratique) sera évacuée. On se retrouvera encagé dans le monopole d’un super-État et on crèvera d’ennui. L’ennui est bien le plus grand danger qui guette l’Europe. Et c’est l’ennui qui suinte de Jacques Attali, ce chantre du « gouvernement mondial », d’un « État de droit mondial ». Cet homme mâche du brouillard. Il est sans conviction véritable. Il manque d’ossature, de nerf aussi. Il remue de « grandes idées » qui prétendent tout contenir, alors qu’elles ne font que passer sur tout. Cet homme est un banc de brume. Il est Jacques l’Insipide. Je me repose de lui en relisant une page de Murray Rothbard ou de Ludwig von Mises, de Friedrich Hayek ou de Frédéric Bastiat pour ne citer qu’eux. Ce faisant, je passe d’un verre d’eau tiède à des vins capiteux. Jacques Attali n’est qu’un boring old fart, a stick-in-the-mud, a pussyfooter ; et je vais vous le dire en bon français : cet homme est chiant à crever. Mais une fois encore, je me suis égaré et je risque de devenir vulgaire.

 

 

Mais tout de même ! Jacques Attali et ses petites berceuses, son ronron, son gouvernement mondial qui rêve d’en finir avec les entrepreneurs et la concurrence. Ce monde de taxation-subvention est-il notre avenir, « le monde d’après » ? Cette Europe super-État et ce gouvernement mondial que promeut Jacques l’Insipide ne sont que des filets jetés sur nous et destinés à étendre le racket par la violence de l’impôt, un pullulement d’impôts destiné à nous protéger des dangers engendrés par ceux-là même qui prétendent nous en protéger. Quand cessera enfin ce radotage médiatisé ?

Cette pandémie doit conduire à une réflexion approfondie sur l’analyse des politiques publiques et plus généralement sur l’État. Frédéric Bastiat (j’en reviens à ce grand Français si ignoré des Français, des étatistes tous diversement socialistes, de l’extrême-droite à l’extrême-gauche en passant et en repassant par le centre), Frédéric Bastiat donc nous dit qu’il faut toujours, systématiquement, envisager simultanément « ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas ». Dans le cas qui nous occupe, ce qu’on voit c’est le déconfinement et ses phases.

Ce qu’on voit. Il n’est pas nécessaire d’insister : l’État s’est porté au secours du pays mais sans marge de manœuvre, avec une dette qui flirte avec les 100 % du P.I.B., rajoutant de la dette à la dette.

Ce qu’on ne voit pas. Cette opération massive est financée par les Français, dans un pays matraqué par la fiscalité. Le citoyen le moins vindicatif est en droit de se demander pourquoi le pays n’a pas été mieux protégé considérant les taux des prélèvements car, enfin, il finance l’Assurance maladie qui est rattachée à la Sécurité sociale. Il paye et très cher l’assureur public pour qu’il ait les moyens d’agir en cas de crise. Mais à quoi a-t-on assisté ? De très grandes entreprises (voir Pernod-Ricard, LVMH ou Décathlon) sont venues à son secours, bénévolement, en transformant leurs chaînes de production, et de petites entreprises voire des individus ont mis à disposition ce qu’ils avaient : des masques, des imprimantes 3D et j’en passe. Mais alors, question : que vaut cet État, cet énorme machin devenu l’assuré de la société civile (mal aimée de État) qui finance pourtant le service d’assurance maladie ?

Cette impréparation a conduit au confinement, un confinement strictement imposé sous peine de lourdes sanctions. Et ce confinement a terriblement ralenti les forces du pays lorsqu’il ne les a pas mises à l’arrêt. Les conséquences ne nous apparaissent pas encore dans toute leur ampleur, dans toute leur profondeur mais elles seront sérieuses. L’État a volé au secours du pays mais par des subventions et des dépenses, en un mot par l’endettement. Et la dette se paye toujours, d’une manière ou d’une autre, soit par une hausse d’impôts, soit par un rachat des obligations d’État par la Banque centrale européenne (B.C.E.) – une monétisation –, ce qui a pour effet d’augmenter le prix des actifs financiers puis réels, autrement dit de créer un impôt sur le patrimoine futur de ceux qui n’en ont pas encore.

L’État s’est porté au secours du pays ; mais sans être un esprit chagrin, on ne peut que constater que derrière cette pandémie maîtrisée (pour l’heure tout au moins) l’État a failli, a failli parce qu’il était déjà en faillite… L’Allemagne (qui dans bien des domaines peut être considérée comme un modèle) a su mieux gérer cette crise, pour diverses raisons, et d’abord parce qu’elle a des finances saines avec une dette qui avant cette crise s’en tenait plus ou moins à 60 % de son P.I.B.

L’État français qui se came aux impôts et au crédit comme on se came à l’héroïne et à la cocaïne a failli dans sa mission de protection puisqu’il a dû en appeler à la société civile, cette société par ailleurs taillable et corvéable à merci. Les Français auront payé trois fois pour un service qu’ils auront finalement assuré eux-mêmes : par le financement des hôpitaux et de l’Assurance maladie avant la crise, par le confinement, par le financement de la dette consécutive à la crise. Question : qu’est-ce qu’un assureur qui prélève trois fois une prime et qui ne rendra pas le service pour lequel il s’est fait payer ? Si cette crise ne conduit pas à une ample et profonde réflexion sur l’État en général et en particulier sur l’État tel qu’il se présente aujourd’hui en France, il n’y a plus qu’à mettre la clé sous la porte et vivre une vie d’anachorète.

Olivier Ypsilantis

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