Des regards sur l’Espagne ; quelques photographes.

 

Heinrich Kühn — José Gutiérrez ‟Filuco” 

La photographie intitulée ‟Escena familiar” (ou ‟Familia campesina”) et datée de 1905 a longtemps été exclusivement attribuée à José Gutiérrez, surnommé ‟Filuco”. On sait à présent que cette image est également l’œuvre de Heinrich Kühn.

Ci-joint, une suite de dix photographies de José Gutiérrez à télécharger. Elles ont été mises en ligne par Biblioteca digital de Castilla y León. On y verra essentiellement des monuments de Zamora :

http://bibliotecadigital.jcyl.es/i18n/consulta/busqueda_referencia.cmd?campo=idautor&idValor=39597

Heinrich Kühn se rattache au mouvement pictorialiste international, un mouvement qui s’employa à faire reconnaître la photographie comme un art à part entière, capable de rivaliser avec la peinture d’alors. Deux autres noms essentiels se rattachent à ce mouvement, Alfred Stieglitz et Edward Steichen. Certaines photographies de Heinrich Kühn prises en plongée me ramènent avec une extraordinaire précision vers des souvenirs de juillet, avec ma mère assise sur un banc curviligne, placé sur un carré de gravier, sous un dais de marronniers. De fait, je ne puis rencontrer ce nom, ‟Heinrich Kühn”, sans penser à ma mère, en été, à Cesson, sous le dais de marronniers.

Ci-joint, un lien intitulé ‟Heinrich Kühn and the Development of Color Autochromes” :

https://www.youtube.com/watch?v=tVJ_tmgqfF4

 

José María Díaz Casariego 

 Guerre du Rif, 1921Une position espagnole photographiée dans le Rif (Maroc), en 1921.

 

José María Díaz Casariego est un grand du photo-journalisme (periodismo fotográfico) en Espagne. Il est notamment l’auteur d’une série de photographies prises en compagnie de son collège Alfonso Sánchez Portela, série dans laquelle apparaît le chef rifain Abd el-Krim.

José María Díaz Casariego est un important témoin de la Guerre Civile d’Espagne, son  témoignage est pourtant resté occulté durant plus d’un demi-siècle. A la fin de la Guerre Civile, il est condamné à mort puis gracié : il a eu la chance de rencontrer au Maroc des officiers, futurs vainqueurs de la Guerre Civile de 1936-1939, parmi lesquels le général Franco. Il ne peut toutefois reprendre son métier et travaille comme employé à l’Hemeroteca Municipal de Madrid, au service des microfilms. Le pouvoir franquiste a détruit une bonne partie de sa production ; ce qu’il en reste se rapporte essentiellement à la guerre du Rif (1921-1926).  

L’Espagne a compté — et compte encore — nombre de grands photographes. De fait, je ne cesse d’en découvrir, notamment en consultant revues et journaux espagnols. Certains d’entre eux ont été durablement oubliés pour cause de guerre civile et de répression. Mais depuis quelques années, il me semble que la mémoire est interrogée avec des moyens renouvelés. Des noms ont été sortis de l’oubli, parmi lesquels : Luis Marín, Pepe Campúa, Alfonso Sánchez García (plus connu sous le simple nom de ‟Alfonso”) et José María Díaz Casariego. Je dois le dire, ces photographes oubliés et redécouverts participent à mes plus belles surprises lorsque je consulte la presse espagnole.

Ci-joint, un riche documentaire ‟Héroes sin armas, los otros reporteros de la Guerra Civil”, dirigé par Ana Pérez de la Fuente et Marta Arribas. Luis Marín, Pepe Campúa, Alfonso Sánchez García et José María Díaz Casariego, quatre figures sauvées d’un relatif oubli :

http://hastalosmegapixeles.com/tag/jose-maria-diaz-casariego/

Ci-joint, un lien rend brièvement compte de ces quatre vies dédiées à la photographie :

http://www.abc.es/20100422/cultura-arte/heroes-guerra-civil-201004221342.html

Ci-joint, enfin, un article où passent ces quatre témoins essentiels de la Guerre Civile d’Espagne, quatre témoins longtemps oubliés : José María Díaz Casariego, Luis Marín, Pepe Campúa et ‟Alfonso” (Alfonso Sánchez García), bien moins connus que ces autres témoins : Robert Capa, Gerda Taro, ‟Chim” (David Seymour) et Agustí Centelles :

http://www.lavanguardia.com/cultura/20100504/53920008550/salen-a-la-luz-fotografias-ineditas-de-la-guerra-civil.html

 

Oriol Maspons

Je ne vais pas dresser l’inventaire de cette œuvre imposante. Simplement, Oriol Maspons Casades (1928-2013) m’évoque des femmes en bikini sur des plages d’Espagne, dans ces années du franquisme finissant — les années du destape. Le meilleur de sa production, ses photographies prises à Ibiza (Eivissa) avec le premier bikini (dans les années 1950, me semble-t-il) puis les hippies au cours de la décennie suivante. Bref, cet artiste est un modeste représentant — mais un représentant — de l’immense mémoire espagnole et, à ce titre, il m’est cher.

Ci-joint, une entrevue de 2013 réalisée dans l’atelier du photographe :

http://vimeo.com/73687704

 

Manuel Ferrol

 Emigrants espagnols en partance pour l'Argentine en 1957

La plus célèbre et la plus émouvante photographie de Manuel Ferrol

 

Dans ma mémoire, le nom de Manuel Ferrol reste indéfectiblement lié à une image qui s’inscrit dans un reportage commandé par l’Instituto Español de Emigración créé dans les années 1950. Cette image montre un enfant dans le port de La Coruña, en 1957, un enfant qui pleure, appuyé contre son père qui pleure pareillement. Ils s’apprêtent à partir pour l’Argentine ; ils vont laisser derrière eux le reste de la famille. Leurs larmes se répondent. Aucune photographie ne m’émeut plus ; je ne puis la regarder sans avoir moi aussi les larmes aux yeux. Il y a peu, j’ai appris que le photographe a surpris ce père et ce fils le 27 novembre 1957, alors que le transatlantique Juan de Garay s’apprêtait à lever l’ancre. Le père et le fils ont été identifiés : Xan Calo et Xurxo Calo, originaires de Fisterra (La Coruña, Galicia). Une ombre au tableau : les protagonistes de cette célèbre image se sont imaginés que le photographe avait fait fortune grâce à elle ; aussi se mirent-ils en tête de réclamer leur dû ; et ils exprimèrent leur mécontentement au cours d’une émission télévisée de la TVG (Televisión de Galicia), à la fin des années 1980.

Ci-joint, une suite intitulée ‟Masters of Photography – Manuel Ferrol” :

https://www.youtube.com/watch?v=gxXNCIbzFs8

 

Juan López

J’ai découvert l’œuvre de Juan López au Centro cultural Las Claras de Murcia, à l’occasion d’une rétrospective de son œuvre organisée pour le centenaire de sa naissance. Environ cent vingt photographies superbement tirées en grands et très grands formats montrent des lieux de Murcia et ses environs entre 1939 et 1965. Juan López est considéré comme la référence du photo-reportage dans la région de Murcia. Pour celui qui connaît cette ville et sa province, cette exposition est tout simplement passionnante. Le visiteur commence par prendre la mesure du changement dans une ville qui de gros village dans les années 1950 s’est faite agglomération urbaine d’environ sept cent mille habitants dans les années 1990-2000, une croissance exceptionnelle qui a engendré, on s’en doute, des bouleversements considérables dans la structure urbaine. Enfin, le visiteur s’attache à la composition des photographies : ce sont bien des photographies de maître.

Juan López a été journaliste, notamment à La Verdad. Il ouvrit un commerce Calle de González Adalid avant de déménager Calle Trapería où il resta plus de quarante ans, jusqu’à sa retraite, en 1985. Foto López a longtemps été une référence.

Ci-joint, une suite de ses photographies commentées :

https://www.youtube.com/watch?v=GapwQWbpzK8

 

Olivier Ypsilantis

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