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En lisant « Salomon Munk, sa vie et ses œuvres »  de Moïse Schwab – 1/3

 

A Alexandre K. qui a eu l’amabilité de me transmettre ce document sur son ancêtre, un fac-similé de « Salomon Munk, sa vie et ses œuvres » de Moïse Schwab, édité à Paris, chez Ernest Leroux libraire, en 1900.

 

Tout d’abord, un lien sur l’auteur de cette monographie, Moïse Schwab (1839-1918), qui fut le secrétaire de Salomon Munk, un lien mis en ligne par Jewish Encyclopedia :

http://www.jewishencyclopedia.com/articles/13335-schwab-moise

 

 Salomon MunkSalomon Munk (1803-1867), professeur au Collège de France.

 

I – 1803-1831

Salomon Munk naît en 1803, à Gross-Glogau, en Silésie, une ville où les Juifs résident depuis six cents ans et sans interruption — je rappelle que je travaille sur un texte publié en 1900. L’acte officiel de sa naissance indique 1805, une erreur probablement due au fait que les registres d’état-civil ne sont pas encore tenus avec rigueur. Son père, Lippmann Samuel Munk, est fonctionnaire public de la communauté. Sans être riche, il bénéficie d’un traitement officiel et suffisant pout élever ses enfants, un fils Salomon et deux filles, Caroline et Charlotte ; un fils et une fille sont morts en bas âge. Le père meurt alors que Salomon a à peine huit ans. Il a pourtant eu le temps de lui transmettre de solides connaissances dont celle de l’hébreu. Sa veuve, Malka, se dévoue à l’éducation de ses enfants. De nombreuses lettres écrites par Salomon Munk à sa mère témoignent de l’affection et de la reconnaissance du savant pour cette mère si dévouée.

Fort de l’éducation reçue de son père, en hébreu notamment, Salomon Munk suit le cours supérieur de Talmud à l’école rabbinique de sa ville natale. A l’âge de sa majorité religieuse (quatorze ans), il est élevé aux fonctions de lecteur de la Torah auprès d’une société de bienfaisance, à Gross-Glogau. A dix-sept ans, ses connaissances sont telles qu’il pourrait prétendre au poste de rabbin. Il commence à apprendre le français.

Il se rend à Berlin où il est remarqué par Eduard Gans, Leopold Zunz et E. W. Zumpt. Elève au Joachimsthaler Gymnasium, il obtient l’Abiturientenexamen après deux années de scolarité. En 1824, il s’inscrit à l’Université de Berlin mais il ne tarde pas à comprendre qu’en tant que juif, il ne pourra pas accéder à une carrière publique en Prusse. Il décide alors d’émigrer pour la France, à Paris, avant même d’obtenir un diplôme universitaire. Afin de réaliser ce projet de voyage, il trouve un précieux appui en la personne du poète Michael Beer, fils de banquier, qui lui paye ses frais, le recommande et se dit prêt à payer ses études pour qu’il décroche le titre de docteur. En 1827, il se met donc en route pour Paris et fait une halte d’un semestre à Bonn, attiré par la réputation de Georg Freytag auprès duquel il étudie l’arabe. Début 1828, il arrive à Paris. Avec de solides  connaissances en hébreu ancien et moderne, en chaldaïque et en syriaque, il va compléter ses études linguistiques en étudiant simultanément au collège de France : l’arabe, le sanscrit et le persan. Et dans son coin, il apprend l’hindoustani, une langue composée d’arabe et de persan. Il vit en donnant des cours particuliers et en fournissant des articles à des revues.

Salomon Munk passe au peigne fin les manuscrit orientaux. Ses recherches fournissent des notes à des érudits tant français qu’étrangers. Dans une lettre datée du 21 novembre 1832, au Ministre de l’Instruction publique, il souligne le désordre du catalogue des manuscrits hébreux, rabbiniques, chaldéens et syriaques. Il écrit notamment : « Non seulement on ne trouve dans le catalogue imprimé que des notions très incomplètes, et souvent entièrement fausses, sur les manuscrits orientaux de l’ancien fonds du Roi ; mais on n’y trouve aucun renseignement sur les collections dont la Bibliothèque s’est enrichie plus tard, je veux parler de celle de Saint-Germain-des-Prés, de la Sorbonne et de l’Oratoire, dont la dernière surtout renferme un grand nombre de livres scientifiques, traduits de l’arabe en hébreu ». Et il invite le ministre en question à ordonner un travail de classement sur cette masse de manuscrits réunis à la Bibliothèque du Roi, une tâche qu’il se propose d’accomplir.

 

II – 1832-1839

Après s’être lié d’amitié avec Samuel Cahen, traducteur de la Bible, il contribue à cette publication en lui donnant dès 1832 un mémoire intitulé : « Examen de plusieurs critiques du premier volume de la Bible». Ci-joint, ladite traduction avec le texte de Salomon Munk (soit dix-sept pages) :

https://books.google.fr/books?id=qwo2AAAAMAAJ&pg=PR4&lpg=PR4&dq=Examen+de+plusieurs+critiques+du+premier+volume+de+la+Bible+S.+Cahen&source=bl&ots=JpRicJId2Z&sig=A1SLZXCK3hvzm4s0t_BeOhTaR1A&hl=fr&sa=X&ei=vrWrVMTmH4OtU-G5gZgP&ved=0CCEQ6AEwAA#v=onepage&q=Examen%20de%20plusieurs%20critiques%20du%20premier%20volume%20de%20la%20Bible%20S.%20Cahen&f=false

Ernest Renan loue ce travail en précisant que c’est à un Israélite que nous devons la plus éloquente apologie de la méthode rationaliste.

Salomon Munk se met à rédiger des articles pour le Dictionnaire de la conversation, pour l’Encyclopédie des gens du monde ou pour l’Encyclopédie nouvelle, consolidant ainsi sa situation littéraire. Dans une lettre datée du 28 mars 1834 à sa sœur Charlotte, il écrit : « Puisque jusqu’à présent les circonstances ne me sont pas assez favorables pour exécuter de grandes entreprises littéraires projetées, je cherche provisoirement à me faire connaître dans des recueils périodiques, par de menus écrits ».

Michael Beer son bienfaiteur décède en 1833, à Munich. Par volonté testamentaire, le défunt lègue à son ami la somme de mille reichstaler en or, soit environ quatre mille francs de l’époque. On apprendra indirectement que Salomon Munk avait refusé cet héritage pour des raisons diverses. L’une d’elles se détache des autres. Il écrit à sa sœur, le 9 juin 1833 : « Les bienfaits dont m’a gratifié feu Michael Beer m’ont pesé lourdement, surtout parce qu’il m’a été enlevé avant que j’ai eu la satisfaction de lui témoigner ma reconnaissance d’une façon quelconque. Par le refus auquel je me suis décidé, je sens cette charge un peu allégée : de cette façon, j’ai eu l’occasion de donner à la famille Beer une preuve manifeste de mes véritables sentiments ». Salomon Munk va conserver un lien d’amitié avec le frère de Michael Beer, le compositeur Giacomo Meyerbeer.

En tant que juif, Salomon Munk trouve à Paris une ambiance plutôt favorable. Il n’en reste pas moins inquiet du sort des Juifs de Prusse. Dans une lettre à sa mère, le 20 octobre 1833, il écrit : « Quel contraste il y a ici avec le prosélytisme cauteleux de la Prusse ! Combien la France est différente ! En dehors des églises et de la synagogue, on ne songe plus aux distinctions de religion ».

Salomon Munk continue à publier des articles, un peu épars. Son intérêt ne va pas tarder à se fixer sur Moïse Maïmonide, le second Moïse. Pour étudier le « Guide des égarés », il remontera à la source et se mettra à l’étude du texte arabe à partir des manuscrits partiels trouvés à la Bibliothèque royale de Paris. En attendant d’en publier le texte intégral, de le traduire et de l’annoter, il en donne un spécimen approprié au second mémoire qu’il fournit à la traduction de la Bible de Samuel Cahen. Salomon Munk va œuvrer sans discontinuer à l’étude des écrits de Maïmonide. Et puisque Aristote est sans cesse présent dans le « Guide des égarés », Salomon Munk l’étudie avant de publier le résultat de ses recherches. Voir son article intitulé « Aristote » dans la France littéraire de novembre 1834. Bref, Samuel Munk a un but précis (but qui ne cesse de sourdre dans la Bible de Samuel Cahen) : étayer ses travaux relatifs au « Guide des égarés ». A cet effet, il se rend à Oxford afin de copier les textes arabes. Il donne au Journal asiatique un premier mémoire intitulé « Essai d’une traduction française des séances de Hariri », puis il abandonne son projet de publier un choix des séances de Hariri. Ses articles du Temps peuvent être répartis en trois séries : A – Littérature biblique. B – Littérature persane. C – Littérature sanscrite, outre des articles de bibliographie ou de critique littéraire.

En 1838, Salomon Munk qui est en France depuis dix ans est nommé à la Bibliothèque royale, à titre provisoire. Ce n’est que bien plus tard qu’il passera par les grades de surnuméraire puis de sous-bibliothécaire et sera naturalisé, en 1844. Il est aussitôt chargé de rédiger le catalogue des manuscrits bouddhiques et védiques, un travail auquel il s’adonnera pendant plus de dix ans, d’une manière quasi ininterrompue et jusqu’à ce que sa vue ne lui permettre plus d’avancer dans cette tâche. Son travail est également important dans la publication de documents tirés des manuscrits hébreux.

 

III – 1840-1841

Cette période de la vie de Salomon Munk est grandement occupée par le drame de Damas dont je mets en lien deux historiques :

http://www.akadem.org/medias/documents/3_Pourim_Rhodes.pdf

http://www.cairn.info/revue-archives-juives-2001-1-page-114.htm

Salomon Munk commence ainsi une lettre à sa mère, datée du 31 mai 1840 : « Ce qui préoccupe maintenant les Juifs d’ici, ce sont les tristes événements de Damas, où le Consul français a joué un rôle misérable. Sous tout autre ministère, cet homme serait déjà révoqué et appelé à rendre des comptes ; malheureusement, il y a maintenant à la tête un de ces politiciens sans foi (Adolphe Thiers), qui bavarde très libéralement, mais qui manque de sens moral pour la vérité et la justice ». En fin de lettre, il précise : « En tout cas, c’est un complot de Chrétiens, où les Mahométans ont servi d’instrument sans le savoir ». A la demande de l’avocat Adolphe Crémieux, Salomon Munk l’accompagne afin de lui servir d’interprète et de traducteur pour soutenir la défense des Juifs au cours de leur procès. Les accompagnent Sir Moses Montefiore, « un des Juifs les plus riches et les plus considérables de la communauté de Londres » et d’autres personnalités dont des notables de la communauté juive de Livourne.

Une parenthèse. Ce livre publié en 1900 contient de nombreuses lettres de Salomon Munk, des lettres qui accompagnent cette monographie et lui donnent vie. Outre les précisions qu’elles nous apportent, elles dessinent un portrait moral de l’homme. On comprend qu’à ses magnifiques qualités intellectuelles s’ajoutent de magnifiques qualités morales. Et pour en rendre compte, je laisse la parole à son secrétaire, Moïse Schwab : « Il faudrait avoir vu avec quelle affabilité toujours égale à elle-même il recevait tous ceux qui faisaient appel à sa bonne volonté, s’agit-il d’affaire pécuniaire ou scientifique : pour l’une ou l’autre, il ouvrait avec une égale bienveillance son cœur et sa main. Sa bourse ne suffisait-elle pas complètement, ou bien était-elle déjà vide ? Il en appelait alors au cœur des riches, quelque pénibles à son infirmité que fussent de pareilles démarches. Il se montrait tout aussi obligeant s’il s’agissait de renseignements littéraires, indiquant la place et la page à consulter, afin d’épargner ainsi de la façon la plus obligeante le temps de chacun. Il répondait aux questions posées avec le même soin et la même précision que s’il se fût agi de ses propres travaux. »

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

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