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En lisant ‟La Terre sainte au temps des Kabbalistes, 1492-1592” de Gérard Nahon – 1/3

 

I – Les quatre ‟Terres saintes” et les autres communautés.

Avec l’arrivée des Espagnols, la population juive va sensiblement augmenter en Terre sainte. Rappelons que l’expression Terras santas désigne chez les Juifs hispanophones les trois cités saintes, Jérusalem, Hébron, Safed et Tibériade à partir de 1565. Vers 1536, on compte à Safed plus de mille familles juives et sept communautés distinctes. Vers le milieu du XVIe siècle, Safed aurait été la plus importante agglomération juive en Terre sainte. La Palestine était devenue ottomane en 1516-1517, suite à la victoire sur les Mamelouks de Selim Ier, fils de Bajazet II qui, dit-on, avait accueilli à bras ouverts les Juifs expulsés d’Espagne.

 

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Aquarelle de John Young (1755-1825), représentant le sultan Bajazet II le Juste (1447-1512). John Young a publié en 1815 « Portraits of the Emperors of Turkey from the Foundation of the Monarchy to the year 1808 » soit trente illustrations en couleurs accompagnées d’une légende en anglais et en français. 

 

Même si les voyageurs prennent note de la forte présence de Juifs espagnols et portugais en Judée et Galilée et jusque dans les campagnes, cette immigration juive en Terre sainte est modeste en comparaison de celle que connaissent alors Salonique et Constantinople.

Jérusalem n’a plus de Temple mais Soliman le Magnifique a fait de la Ville sainte un immense chantier. La ville compte nombre de belles demeures et de marchés (voir le témoignage de Moïse Bassola en 1521). L’eau y coule en abondance par de nombreuses fontaines et, vers 1538, la ville s’entoure de murailles sous la supervision d’Avraham Castro. On construit aussi en province, notamment à Safed. L’architecte de la Mosquée bleue d’Istanbul, Sinan Pacha, multiplie les plans d’édifices privés et publics. Une vague d’immigration portugaise ne tarde pas à suivre la vague espagnole, suite à l’instauration de l’Inquisition au Portugal, en 1536. Rappelons que le décret d’expulsion des Juifs du Portugal remonte à 1496 et qu’il suit de très peu celui des Juifs d’Espagne (1492). En 1549, Safed est ceint d’une muraille que défend une garnison turque. En 1560, c’est au tour de Tibériade d’être rebâti sous l’impulsion d’un Juif d’origine portugaise installé à Constantinople, Joseph Nassi. Dans les plaines et collines de Galilée, une douzaine de villages se peuplent de Juifs.

Ce retour des Juifs en Terre sainte s’accompagne d’une certaine effervescence messianique. A ce propos, citons le rabbin espagnol Abraham ben Éliézer ha-Lévi qui voyait des signes (messianiques) dans la chute de Byzance (1453) et la prise de Rhodes par Soliman le Magnifique (1521). A Jérusalem, on guette des signes annonciateurs de la Rédemption par des moyens naturels. Parmi ces signes, la chute du Croissant placé sur le toit de la mosquée de l’esplanade du Temple. Un certain David Rubéni arrive en Terre sainte en 1523 où il s’adjoint un certain Diego Pirès (Salomon Molkho). L’effervescence provoquée dans la communauté juive par leurs discours est grande et les rabbins s’emploient à la calmer par crainte des autorités ottomanes. Ci-joint, deux passages rendent compte du personnage que fut Jacob Rubéni, l’un des faux messies que compte l’histoire juive. Le premier est extrait de ‟La Vallée des Pleurs” de Joseph Hacohen, l’autre de ‟Dix-neuf siècles d’histoire juive, de 70 à 1979” du Grand Rabbin Paul Bauer :

http://www.judaicultures.info/histoire-6/Portraits/David-Rubeni-ou-Reuveni

Parmi les principales épreuves que doivent affronter les communautés juives, les épidémies comme l’épidémie de peste à Jérusalem en 1523-1525. Il y en eut aussi en 1533, 1550, 1553, 1572 et 1594. La sécheresse de 1599 quant à elle réduisit les fortunés à la misère et fit mourir de nombreux démunis. Ces catastrophes expliquent que, malgré son augmentation, la population juive de Palestine ait souffert d’une instabilité endémique.

Ci-joint, un article signé Nissan Mindel sur Don Joseph Nassi (1505-1579), duc de Naxos :

http://www.fr.chabad.org/library/article_cdo/aid/1481886/jewish/Don-Joseph-Nassi-Duc-De-Naxos.htm

Et un riche lien sur Doña Gracia Mendez-Nassi (1510-1569), dite La Señora :

http://www.terredisrael.com/la-senora.php

 

II – Jérusalem.

Aux immigrants venus d’Espagne viennent s’ajouter des Juifs de Provence (expulsés en 1502), d’Italie et autres pays. Ainsi, entre 1525 et 1553, la population totale de Jérusalem passe de 5 607 à 15 992 habitants et la composante juive de 1 194 à 1 944. Chaque communauté religieuse porte un signe distinctif mais il n’y a pas de ghetto dans la Ville sainte. Les Ashkénazes sont présents depuis au moins le XIVe siècle (avec des Allemands, des Français et des Italiens). La communauté séfarade s’est augmentée des expulsés d’Espagne. Les Mozarabes constituent le noyau le plus ancien de la population de Jérusalem. Les Maghrébins sont arrivés en nombre au XVe siècle et des Éthiopiens dans les années 1720. Les Karaïtes quant à eux gèrent leurs propres institutions depuis des temps immémoriaux.

Sans entrer dans les détails, disons qu’il existe un gouvernement juif autonome jusqu’à un certain point et qu’il est reconnu comme tel par les autorités ottomanes. Je passe sur l’exemption fiscale des clercs, le crédit et les haskamot afin de ne pas surcharger le présent article. Ci-joint, un lien sur la signification du mot haskamah présenté par Jewish Virtual Library :

http://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/judaica/ejud_0002_0008_0_08508.html

Ce gouvernement supra-communautaire est en principe collégial, avec sa douzaine de dignitaires. Parmi ces derniers, mentionnons le naguid (gouverneur des Juifs qui résident en Égypte) Isaac Cohen-Solal (1502-1524).

Langue administrative, l’hébreu est aussi la langue communautaire entre des Juifs venus de partout. Dans cette société juive, le pouvoir autrefois détenu par des autochtones, les Mozarabes, est passé aux Ashkénazes au cours de la période mamelouks puis aux Espagnols et Portugais au tout début du XVIe siècle. Les Ashkénazes évitent les Séfarades et maintiennent leurs institutions et traditions. Petit à petit, les Juifs de Jérusalem réactivent les taqqanot, une constitution caractéristique de ce pouvoir semi-autonome. Les plus célèbres taqqanot datent de 1509, elles émanent du Tribunal rabbinique égyptien dirigé par Isaac Cohen-Solal. L’étude des taqqanot permet de prendre la mesure du degré d’autonomie dont bénéficie au XVIe siècle la communauté juive dans la Palestine ottomane, une communauté majoritairement espagnole et en expansion démographique et économique.

(à suivre)

 Olivier Ypsilantis

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