Quelques jours portugais (novembre 2014)

 

Pont du 25 avrilLe pont du 25 avril, au dessus du Tage (Tejo). Au loin, le Cristo Rei d’Almada.

 

24 novembre 2014. Vol Barcelona-Lisboa à bord d’un Airbus A320-200. Repris par cette étrange impression alors que je noircis les pages d’un carnet, tandis qu’autour de moi tous font jouer leurs doigts sur des écrans. Feuilleté « La Vanguardia ». En première page, ce titre : « Netanyahu presenta la ley que define Israel como Estado judío ». Voilà qui va faire beugler le troupeau — toute une masse entraînée par elle-même comme une pierre par la  force de gravité. Je doute qu’il y ait une véritable conscience palestinienne ; il n’y a que le ressentiment arabe, les violences et les pleurnicheries des « éternels humiliés ». Qu’elle est confortable cette posture, une posture relayée par diverses gauches européennes, orphelines du prolétariat et affairées à donner des leçons de morale — à pendre la pose — et à distribuer bons et mauvais points aux uns et aux autres. Les « Palestiniens » réclament Jérusalem-Est pour capitale, prétextant que le troisième lieu saint de l’Islam s’y trouve. La vérité est ailleurs. La victoire israélienne au cours de la guerre des Six Jours, victoire qui culmina par la réunification de Jérusalem, reste insupportable aux Arabo-musulmans, ces maîtres de la rancœur. Ils veulent effacer cette « humiliation ». Les moyens militaires leur manquant, ils espèrent y parvenir par la politique, notamment en se faisant le relai de ceux que l’existence d’Israël irrite, nombreux chez nous, dans une Europe anémiée, incapable de comprendre les valeurs et l’énergie qui animent ce petit pays, petit par la superficie mais immense par l’héritage. C’est depuis que les Juifs sont revenus en vainqueurs à Jérusalem que l’Arabo-musulman s’intéresse à Jérusalem. Il veut Jérusalem à la manière d’un enfant capricieux. De fait, et pour parler crûment, l’Arabo-musulman ne cesse de “coller au cul” du Juif : il ne peut vivre sans lui. Par ailleurs, la re-fondation d’Israël chamboule sa structure mentale, les courroies lâchent, les dents des roues dentées engrenées ne se correspondent plus.

 

25 novembre. Lisboa. Le métro si propre, d’une propreté qui ne peut que rendre rêveur le Parisien. Le métro de Paris m’effraye. Je l’évite. A Tel Aviv, alors que les rockets du Hamas explosaient au-dessus de moi, je m’inquiétais de mon prochain passage à Paris, du métro à prendre, tard le soir. De fait, je ne pourrai me résoudre à m’engouffrer dans l’une de ses bouches et traverserai la capitale à pied, par une tiède nuit d’août. Dans le métro le Lisbonne, le comportement des individus ne diffère pas de ce qu’il est en surface. On y respire à pleins poumons. J’y ai même surpris des souffles marins, hier, un jour d’averse et de grand vent. Dans le métro de Paris, on retient son souffle non seulement parce que les relents n’y sont pas rares mais parce que les mines sont inquiètes lorsqu’elles ne sont pas hostiles.

 

Pavé de LisbonneLe pavé de Lisboa. 

 

Les lignes sont peu nombreuses (quatre lignes) et chacune est désignée par une couleur : linha Azul, linha Amarela, linha Verde et linha Vermelha. De l’aéroport, j’emprunte la rouge (Aeroporto – Alameda), puis la verte (Alameda – Baixa-Chiado), puis la bleue (Baixa-Chiado – Sta Apolónia). Arrivée à la Estação Santa Apolónia, au bord du Tejo, une gare bleue de forme simple et aux belles proportions dans laquelle sont aménagés des commerces. La nuit tiède-fraîche. Une odeur de feuille morte humide. Le petit pavé, de la résille. Soudain, je me vois à Praha avec la conjonction de cette odeur, de la pâle lumière des réverbères et d’une architecture dont certaines courbes semblent vouloir s’enfoncer loin dans le sol. Le voyage multiplie ces instants précieux entre tous au cours desquels l’espace et le temps se départissent de leur linéarité pour décrire des courbes de vertige qui tendent à s’enrouler sur elles-mêmes.

Les passantes à qui nous demandons notre chemin s’avèrent être des jeunes femmes très douces et aux réponses lentes. Je les écoute et il me semble que je les connais depuis des années, que je les ai rencontrées ailleurs et que je les retrouve ici, sans surprise mais non sans plaisir. L’Espagnol aime vous indiquer le chemin mais il le fait avec un allant volontiers disproportionné ; et il prend congé de vous sans s’attarder. Le Portugais vous répond avec lenteur et, une fois la réponse établie, il attend on ne sait quoi : Que vous lui posiez une autre question ? Que vous lui parliez de vous ? Que…

Notre logement, un bel appartement années 1930, avec plancher blond et portes en bois très sombre qui contraste élégamment avec les murs clairs.

 

26 novembre. Réveil à 7 heures. La chambre baigne dans une merveilleuse lumière, une lumière atlantique, douce, filtrée. Des peintures du Norvégien Vilhelm Hammershøi s’imposent à moi. La chambre blanche aux fines croisées qui structurent l’estuaire du Tejo avec, là-bas, Montijo. Montijo, des souvenirs des années 1980 me reviennent. J’y ai séjourné, chez les M.. Le père, Mário, un bourlingueur, avait pratiqué mille métiers. Lorsque je l’ai connu, il s’était pris de passion pour l’eucalyptus globulus, l’arbre portugais par excellence, dont il ne cessait de vanter les mérites. Il avait rencontré le président de la République française d’alors, Valéry Giscard d’Estaing, pour lui exposer son projet : développer la plantation de ces arbres en France. Il avait également rencontré Jean Rostand auquel il vouait un culte. Mon père séduit par ce projet avait mis à sa disposition des terres en Ile-de-France, en Normandie et à l’île d’Yeu. C’est à l’île d’Yeu que l’eucalyptus globulus poussa le mieux.

8h30. L’air est d’une extraordinaire douceur, l’air atlantique ! Et toujours ce pavé ! Le Panteão Nacional, comme une énorme boîte à gâteaux ouvragée. Visite de l’énorme Mosteiro de São Vicente de Fora. Il y flotte une odeur d’humidité tiède. L’ensemble est sévère. Il m’évoque les architectures de Juan de Herrera dont il n’a cependant pas la pureté. Voûtes en berceau avec grande variété de caissons. Pilastres jumelés. Dans le chœur, un énorme baldaquin fort complexe anime cette sévérité. Il est étrange comme est étrange cette religion à la théologie et aux représentations si touffues.

Marché à la brocante, à côté du Panteão Nacional. Des « Je me souviens » me viennent, nombreux, mais je préfère laisser aller mon regard plutôt que d’en relever la trace. Outre le portugais, trois langues sont bien représentées chez les bouquinistes : l’anglais, le français et l’espagnol. Je feuillette « Compendio de Historia del Partido Comunista de la Union Sovietica » publié en U.R.S.S. Il semble être recouvert d’une très épaisse couche de poussière, comme ces catéchismes de l’Église. Même esprit tarabiscoté et tatillon, même ton pompeux ; et que de paperasse ces deux religions ont-elles engendrée !

 

Marché aux Puces de LisbonneSur le marché aux puces ou « feira da ladra », à quelques pas du Panteão Nacional.

 

Alfama. Des commerces d’une vétusté qui ne se trouve plus en Espagne, y compris dans les régions les plus pauvres, les plus reculées. Fundação José Saramango, le prix Nobel de littérature 1998. Je n’y entrerai pas. Cet écrivain n’est qu’un antisémite :

http://philosemitismeblog.blogspot.pt/2008/09/la-casa-dos-bicos-lisbonne-accueillera.html

Igreja da Nossa Senhora da Conceição Velha, à quelques pas de la Praça do Comércio. Le visiteur ne verra que quelques vestiges de ce qui fut Nossa Senhora da Misericórdia de Lisboa, érigée sur les ordres de Manuel I en 1510, complétée en 1534 sous le règne de João III, en partie détruite par la catastrophe du 1er novembre 1755. Cette église construite sur les plans de João de Castilho fut le plus important monument religieux manuélin après le Mosteiro dos Jerónimos. Parmi les vestiges de la catastrophe, le splendide porche. Il faut prendre un peu de recul pour en apprécier toute la beauté.

Igreja de São Paulo, son trompe-l’œil au plafond prolonge l’architecture. Je pense aux vertiges du jésuite Andrea Pozzo. Ascensor da Bica, le petit funiculaire jaune et son caténaire. Du linge sèche un peu partout et parfois au niveau des passants ; ainsi, une jolie petite culotte vient-elle me caresser le visage. Assembleia da República, une imposante construction fraîchement ravalée. Des affiches rappellent la participation du Portugal à la Grande Guerre, avec le Corps d’Artillerie Lourde Indépendant (CAPI) et le Corps Expéditionnaire Portugais (CEP). La Synagogue Shaaré Tikva (Rua Alexandre Herculano, 59). Dégustation de Ginjinha, devant un minuscule bar de la Praça de São Domingos, le premier établissement de la ville à commercialiser cette boisson. La Ginjinha (ou Ginja) est une liqueur produite par l’infusion de griottes (Ginja) dans de l’eau de vie à laquelle on ajoute du sucre et autres ingrédients. La Ginjinha est servie avec des griottes, com elas (avec elles), ou sans griottes, sem elas (sans elles). A côté de ce petit bar, un monument commémoratif constitué d’une demie-sphère en granit dans laquelle est encastrée une étoile de David en métal sur laquelle on peut lire : « 1506-2006. Em memória dos milhares de judeus vítimas da intolerãncia do fanatismo religioso assassinados no massacre iniciado a 19 de abril de 1506 neste largo ».

 

Synagogue de LisbonneLa synagogue Shaaré Tikva

 

Le soir, dans une taverne de l’Alfama où je découvre une merveilleuse voix — Luísa Sobral, ses albums « The Cherry On My Cake » et « There’s A Flower In My Bedroom » — tout en dégustant un délicieux vinho verde (Loureiro Vianna). 

 

27 novembre. Lever de soleil glorieux devant les fenêtres de la chambre, au-dessus de l’estuaire du Tejo, un œil étiré et doré dont la paupière supérieure s’ouvre lentement. Une heure plus tard, pluie battante contre les carreaux du salon. L’autre rive de l’estuaire est devenue invisible. Une odeur de vase s’infiltre dans la pièce. Elle me replace dans l’ambiance du « Rivage des Syrtes ». Tout en écoutant la pluie, je pense à l’immense ignorance qui entoure Israël, une ignorance activée en Europe par les appareils médiatiques, des appareils de propagande. Les nations ont décidé de vendre la peau d’Israël pour assurer leur confort ; mais la peau d’Israël n’est pas à vendre.

Visite de ce qui fut le siège du Banco de Portugal, la Igreja São Julião, une église désacralisée en 1930 et dont une partie fut aménagée en coffres-forts. L’ensemble a été converti il y a peu en Bank’s Money Museum. Dans la crypte, un tronçon du mur érigé par le roi Dinis (1261-1325), un mur resté enseveli après le tremblement de terre de 1755. En 2010, les archéologues chargés de restaurer le siège du Banco de Portugal retrouvèrent ce mur oublié… Ci-joint, une courte notice biographique sur le roi Dinis, personnage clé de l’histoire du Portugal :

http://www.arqnet.pt/portal/portugal/temashistoria/dinis.html

Je suis le tracé de la muraille et la très belle présentation des trouvailles archéologiques faites entre 2010 et 2014. Reconquête de Lisboa en 1147 et construction du mur en 1294, le long de la rivière Tagus, un projet inachevé. Je lis le mur : des rapiéçages, des fissures (probablement dues au tremblement de terre de 1755), des traces de feu (usage domestique), etc. Bref, sur une vingtaine de mètres, la mémoire a inscrit ses marques, du XIIIe siècle au XXe siècle.

 

28 novembre. Il y a beaucoup de musique au Portugal, une musique généralement douce, mélodieuse.  On se sent allègre, léger. On s’efforce d’analyser les raisons de ce bien-être et on finit par comprendre qu’entre autres raisons il y a cette musique qui parfume l’air et lui donne une tonalité particulière. Les symboles marins sont nombreux dans l’architecture tant ancienne que moderne (voir le quartier de l’Exposition universelle de 1998). Et ce petit pavé est comme un filet jeté sur les trottoirs, les places, les esplanades…

 

Panthéon nationalPanteão Nacional de Portugal

 

Visite du Panteão Nacional de Portugal (Igreja de Santa Engrácia). Sous la coupole, trois fois deux cénotaphes placés en symétrie. D’un côté : Luís de Camões, Pedro Álvares Cabral, Infante D.Henrique ; de l’autre : Vasco de Gama, Afonso de Alburquerque, Nuno Álvares Pereira, soit : un poète, quatre navigateurs et un chef militaire. Dans trois des quatre volumes d’angle de cette énorme construction, on trouve d’autres cénotaphes — mais sont-ce vraiment des cénotaphes ? Dans le premier : Teófilo Braga, Sidónio Pais, Óscar Carmona, Manuel de Arriaga. Dans le deuxième : Almeida Garrett, João de Deus, Guerra Junqueiro, Amália Rodrigues (la chanteuse de fado). Dans le troisième : Sophia Mello Breyner Andresen, Humberto Delgado, Aquilino Ribeiro. Le quatrième volume est occupé par la librairie du Panteão Nacional de Portugal. On y trouve essentiellement des portraits d’Amália Rodrigues et des livres de Sophia Mello Breyner Andresen.

L’intérieur du Panteão Nacional est recouvert de marbres aux tonalités douces, dont un marbre rose qui m’évoque celui du Grand Trianon, à Versailles. Le plan d’ensemble supporte quatre quarts de sphères nervurés comme des coquilles Saint-Jacques, des pendentifs (soit quatre triangles isocèles aux côtés légèrement concaves) et un dôme de vertige (zimbório), nervuré lui aussi. Je m’efforce d’imaginer non seulement cet immense chantier mais le pouvoir capable de le concevoir, de lui donner l’impulsion et de le mener à son terme — l’Église. La magnifique vue de la terrasse, autour du dôme, une vue sur le plus bel estuaire d’Europe, aujourd’hui tout en gris lumineux.

 

Le pavé sous la pluie à LisbonneLe pavé dans le quartier du Castelo de São Jorge.

 

Marche dans le quartier du château. Le pavé disjoint, les vieux murs au crépis boursouflé par l’humidité, je me revois à Praha que j’ai parcouru lorsque l’Europe était encore séparée en deux, entre Est et Ouest, Praha où je murmurais « Je suis chez moi », ce que je murmure ici. Praha-Lisboa. Mais comment rendre compte de ce Je suis chez moi ? C’est une impression aussi précise que diffuse, aussi tenace que fugitive, une impression qui vous enveloppe doucement tout en vous serrant le cœur. C’est comme une séparation et des retrouvailles, simultanément. A propos de départ, je regrette que les embarquements dans les aéroports ne se fassent plus par le tarmac, ou si rarement. L’accès par le tarmac permettait d’apprécier la masse de l’avion et de s’enivrer du sifflement de ses réacteurs, sans oublier l’odeur du kérosène, subtile comme celle du goudron. Les avions ! Après des heures passées à écrire, j’ai volontiers plaisir à visionner des vidéos d’avions, du bombardier nucléaire stratégique B-1B Lancer de Rockwell au A-400 M Altas d’Airbus et ses quatre fois huit pales de plus de cinq mètres de diamètre en configuration DBE. J’aime les catapultages et les appontages sur les portes-avions géants de l’US Navy, ceux de la classe USS Nimitz, avec les chiens jaunes aux gestes rapides et saccadés qui guident les pilotes.

 

Taxi portugaisUn taxi de Lisboa au beau noir et au beau vert.

 

Longue marche dans Lisboa. Villa Sousa 1890 – João Luiz de Souza & Filho. Visite de la Igreja da Graça. De son parvis, on jouit de l’une des plus belles vues sur la capitale portugaise. La voûte de la nef, non pas en berceau mais surbaissée et entièrement recouverte de fresques à la palette douce (dont un vieux rose) qui m’évoque une vieille tapisserie. C’est l’une des plus belles façades religieuses de la ville, et peut-être la plus belle. Les beaux taxis noirs aux toits vert opalin. Déjeuné au Cantinho da Fátima. Soupe de légumes et poisson grillé accompagnés d’un vin rouge de l’Alentejo (14%). Je ressors de chez Fátima encore plus heureux qu’en y entrant. Le soir, pluie battante contre les vitres du salon. Thé et petits gâteaux. Cosiness.

 

29 novembre. La ville humide après les averses de cette nuit. Je pense une fois encore à Praha, avec cette odeur d’humidité automnale aux abords des vieux murs, des parcs et des jardins. Ciel gris et vent du large. De jeunes mouettes couleur de ce ciel planent en surplace sur la Praça do Comércio, autour de la statue de José I. Des boutiques et des magasins comme on en voyait en Espagne dans les années 1950-1960. Les séductions de la nostalgie ; mais aussi, et surtout, l’énergie de la nostalgie, une énergie qui incite vers la page blanche, vers l’archet ou le clavier, vers… Je tends l’oreille, le portugais et le russe ont des intonations communes.

Casa-museu Fernando Pessoa dans le quartier Campo de Ourique où l’écrivain passa la dernière période de sa vie (de 1920 à 1935). Cette casa-museu est un grand centre moderne, avec librairie, bibliothèque, salles d’exposition et de conférence, restaurant, etc.. Rien à voir donc avec l’intimité que proposent des maisons d’hommes célèbres, comme celle de Clémenceau à Mouilleron-en-Pareds ou celle de Balzac, rue Raynouard, dans le XVIe arrondissement. La chambre de l’écrivain a été reconstituée, avec quelques rares éléments originaux. Le célèbre coffre à manuscrits est une réplique. Le portrait de Fernando Pessoa par Adolfo Rodríguez Castañé. Fernando Pessoa et ses hétéronymes. Harold Bloom inclut Fernando Pessoa dans la liste des vingt-six écrivains occidentaux les plus importants de tous les temps. Voir comme ce classement a été établi. Ci-joint, « Fernando Pessoa & His Heteronyms », signé Carmela Cuiraru, extrait de « Nom de plume – A (secret) history of pseudonyms » :

https://www.poetrysociety.org/psa/poetry/crossroads/tributes/fernando_pessoa_his_heteronyms/

Au dernier étage, sa bibliothèque (peu volumineuse), consultable en mode virtuel, classée par : auteur / titre / date de parution / genre. Kafka et Praha – Pessoa et Lisboa. Consulté (toujours en mode virtuel) « Catálogo os lugares de Pessoa ». Ses derniers mots ont été écrits en anglais : « I know not what tomorrow will bring ». En 1985, soit un demi-siècle après sa mort, ses restes sont transférés au Mosteiro dos Jerónimos. Les supports très variés sur lesquels il a rédigé quelque trente mille manuscrits.

L’intéressant répertoire architectural du quartier Campo de Ourique, un quartier à l’urbanisme en damier, un quartier où se mêlent le bourgeois et le populaire. Ci-joint, un lien sur l’urbaniste à l’origine de ce quartier, Frederico Ressano Garcia :

http://hemerotecadigital.cm-lisboa.pt/RecursosInformativos/Biografias/Textos/RessanoGarcia.pdf

Le très riche répertoire architectural de cette ville. Et, toujours, ces pâtisseries. Où l’expression faire du lèche-vitrine trouve tout son sens.

Visite de la Basílica da Estrela, consacrée en 1789. La profusion des pots à feu sur ses parties hautes. A l’intérieur, une splendide palette de marbres aux douces tonalités : gris, ocre rouge-rose, ocre jaune. Pilastres, colonnes engagées, corbeilles du corinthien, etc.. L’intérieur du dôme, un rayonnement de marbres parti du lanternon. Le sol, de la marqueterie de marbre.

 

En sortant du ParlementVue du parvis de la Assembleia da República. 

 

Visite de la Assembleia da República (Palácio de São Bento). Une exposition temporaire y est consacrée à la Grande Guerre sous le titre « Portugal e a Grande Guerra ». Les dessins d’Adriano de Sousa Lopes (1879-1944). Ci-joint, une suite de soixante-cinq œuvres présentées sous le titre « Nas trincheras com Adriano de Sousa Lopes » :

http://www.cam.gulbenkian.pt/index.php?article=60486&visual=2&langId=1

La Assembleia da República est installée dans ce qui fut un monastère bénédictin. Suite à la révolution libérale de 1820 et l’abolition des ordres religieux, le monastère São Bento da Saúde fait l’objet de vastes transformations afin d’abriter la Chambre des Pairs et la Chambre des Députés, par décret du roi Pedro IV, en 1833. L’ensemble subira d’autres transformations, notamment au XXe siècle, des transformations qui effaceront peu à peu le caractère conventuel de l’ensemble. Le bel escalier d’Honneur. La chambre des Députés de style néo-classique. On peut y détailler les blasons des districts et des anciennes provinces coloniales. La salle du Sénat (jadis Chambre des Pairs), inaugurée en 1867, sous le règne de Luís I, sensiblement plus austère que la Chambre des Députés. Son étonnant plafond en trompe-l’œil, de la grisaille. Je surprends dans cet immense ensemble une odeur de parquet ciré et de velours (les tentures) qui me transporte dans l’appartement de ma chère grand-mère.

 

30 novembre. Il y a de nombreuses fresques de grande qualité sur les murs de Lisboa. On pourrait en tirer un somptueux catalogue. Sur les bords de l’estuaire du Tejo, plusieurs d’entre elles (probablement du même artiste) font appel à la peinture mais aussi à la gravure par grattage de la surface (comme dans les peintures sur vases grecques), grattage qui met à nu soit le mortier du revêtement soit, plus en profondeur, la brique, un grattage qui dans ce cas s’efforce de suggérer le système pileux du modèle. Sur un autre mur (voir image ci-dessous), l’artiste a appliqué pour le visage le principe de la xylographie (ou de la linogravure) : la taille d’épargne.

 

Graffiti le long du TageUne fresque sur le bord du Tejo, à quelques pas de la Praça do Comércio.

 

Les physiques sont plus fins qu’en Espagne. La junk food n’a pas encore pris possession des appareils digestifs. La nourriture garde volontiers un caractère familial. Les plats sont copieux et sans apprêt. On pense healthy food. Les passants ne sont pas rivés à leurs iPads, iPhones et autres écrans — comme dans tant de pays. Avenida Infante Dom Henrique. Le bel embarcadère pour Montijo et Barreiro, ultra-moderne et construit dans un style années 1930, décidément le plus moderne des styles. Cet embarcadère reprend le style du vieil embarcadère décrépit qui, à côté, attend d’être restauré. 10h40, le ferry pour Montijo où je me suis rendu il y a une trentaine d’années. Et tandis que le bateau glisse dans cet estuaire beau entre tous, je repense à la fille de mes hôtes, une grande brune à la peau mâte avec laquelle j’ai beaucoup marché dans Lisbao. Avant de prendre le ferry, et une fois que nous avions passé l’angle de sa rue, elle accrochait une chaînette dorée à sa cheville, en cachette de son père : « Papa trouve que ça fait gouine » m’avait-elle confié. Où est-elle aujourd’hui ? Son visage, sa silhouette et son sourire restent très précis dans ma mémoire mais j’ai oublié son prénom.

 

Montijo, restaurant des pêcheursLe petit restaurant populaire de Montijo dont il est question ci-dessous. 

 

Déjeuné dans un petit restaurant populaire de Montijo, une agglomération qui semble avoir conservé une tradition de pêche. Au-dessus du bar, une sorte d’autel avec un San Pedro, le patron de Montijo. Il est entouré de fleurs en papier et de petits drapeaux triangulaires verts et rouges. Soudainement, je me revois dans le sud de l’Inde, entre Cochin et Goa, avec cet art indo-chrétien — indo-portugais —, une étrange et délicieuse synthèse. La crèche est déjà en place, au fond de l’établissement, au-dessus de l’Enfant et ses parents, dix lettres clignotent FELIZ NATAL. Nous sommes attablés devant un morceau de morue, des pommes de terre et des pois chiches, le tout cuit à la vapeur. De la bonne nourriture familiale, particulièrement copieuse. Promenade dans Montijo. Là-bas, de l’autre côté de l’estuaire, la silhouette du pont du 25-avril et celle du colossal Cristo Rei d’Almada, réplique de Celui de Rio de Janeiro. Une odeur de vase me conduit une fois encore vers le souvenir  : les maremmes de Maremma, le Rivage des Syrtes. Je détaille de belles barques de pêche à l’étrave haute et courbe. Le très riche patrimoine maritime du Portugal. Montijo, des perspectives urbaines vides. Une puissante ambiance — Stimmung. Coucher de soleil dans les haubans du pont du 25 avril.

 

Montijo, tas de pavésMontijo. Des pavés attendent d’être posés. Imaginez le travail !

 

Olivier Ypsilantis

 

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