Entrevue avec l’Iranien Amir Jahanchahi, fondateur du mouvement la « Vague Verte »

 

Avant de proposer une traduction de l’espagnol au français d’une entrevue avec Amir Jahanchahi, publiée le 12 novembre 2011 dans « El Mundo », je me permets de mettre en lien un article déjà ancien qui a été publié le 16 janvier 2009 sur le site Iran-Resist sous le titre : « Iran : décodages de l’article de Jahanchahi dans ‘’Le Figaro’’ ».

http://www.iran-resist.org/article5094.html

 

J’apprécie grandement le site Iran-Resist, mais je ne sais ce que vaut en la circonstance son appréciation d’Amir Jahanchari. Je ne suis pas un spécialiste de l’Iran mais ce pays m’intéresse depuis longtemps en dépit de l’information si décourageante qui nous parvient. Je pressens que notre avenir se joue là-bas, plus sûrement que dans les pays arabes.

 

L’entrevue qui suit a été réalisée par une journaliste du quotidien espagnol « El Mundo », Rosa Meneses, dans un grand hôtel de Madrid. Avant de commencer l’entrevue avec le fondateur du mouvement la « Vague Verte » (fondé en mars 2010, rappelons-le), Rosa Meneses rend compte des mesures de sécurité qui entourent cet opposant au régime d’Ahmadineyad. Amir Jahanchahi, cinquante-et-un ans, a quitté l’Iran en 1979 pour Paris. Il partage son temps entre Paris et Londres. Son père fut le dernier ministre des Finances du shah Mohammed Reza Pahlavi.

 

Un mot encore. Ceux qui me lisent savent que j’ai toujours regardé de haut — de très haut — le « Printemps arabe », qu’il soit tunisien, égyptien et j’en passe. Ce qui se passe dans ces pays ne mérite pas tant d’attention. Les Arabes ne sont guère surprenants. Ils sont routiniers. Certes, ils peuvent être sympathiques en tant qu’individus ; mais les sociétés arabes sont plutôt décourageantes. Elles tyrannisent l’individu qui est écrasé par le plus considérable des poids : l’ochlocratie. C’est bien elle qui explique en grande partie l’état toujours plus lamentable du monde arabe.

 

Dans les immenses manœuvres géostratégiques en cours, l’Iran occupe une place centrale, et pour diverses raisons. Je n’en évoquerai qu’une. L’Occident pressent des retrouvailles avec l’Iran. Il est las du radotage arabo-musulman, des rentiers du pétrole et des lieux saints. Nous sommes entrés dans une période d’immenses dangers. Une guerre massive qui engage l’arme nucléaire est envisagée. Mais cette période si inquiétante est lourde de promesses, et j’ose affirmer qu’elle est enivrante. C’est en Iran que se joue en partie notre destin d’Occidental ; et je plains ceux qui ne le pressentent pas.

 

Je viens d’apprendre l’assassinat d’un scientifique lié au programme nucléaire iranien et je m’en réjouis. Je ne sais si Israël — un pays qui a mon inébranlable confiance — est impliqué ; et je me prends à espérer que l’opposition iranienne le soit. Car, sans bien la connaître, je la pressens riche et pensante cette opposition, capable de s’arracher à la stabulation islamisante, au radotage coranique. Rien ne sera possible sans elle, et c’est bien ce qui m’a retenu dans cette entrevue avec Amir Jahanchahi glanée dans la presse espagnole.

 

Je ne cache pas que je connais mal cet homme, a priori sympathique, comme je connais mal l’opposition iranienne, je le redis. Je me fie pour l’heure à mon intuition qui est mon meilleur guide dans les moments graves. La partie engagée avec l’Iran est immense. Le peuple iranien est un peuple intelligent, stimulant. Faudra-t-il une guerre pour parvenir enfin à se serrer la main et dialoguer ? Je ne sais. Nous sommes devant un nœud gordien, comme Alexandre le Grand. Parviendrons-nous à le dénouer ou bien le trancherons-nous d’un coup de glaive ? Je ne sais. Quoi qu’il en soit, la partie engagée désigne un espace certes des plus dangereux mais stimulant ; rien à voir avec ce risible «Printemps arabe », déjà risible par sa désignation même.

 

Amir Jahanchahi, né en 1960 à Téhéran.

 

 

Titre de l’article : « Hay que promover un cambio de régimen en Irán por la fuerza y a cualquier precio », soit : « Il faut susciter un changement de régime en Iran par la force et quel qu’en soit le prix ».

 

Rosa Meneses. Vous avez fondé le mouvement la « Vague Verte » en 2010, presque un an après la Révolution Verte qui débuta suite aux élections de juin 2009 à l’issue desquelles Mahmud Ahmadineyad s’attribua la victoire. Pourquoi avez-vous tant attendu pour soutenir la Révolution Verte ? 

Amir Jahanchahi. Après la Révolution Verte et le coup d’État d’Ahmadineyad, j’ai d’abord voulu voir si les responsables de l’opposition dans mon pays avaient la capacité de fédérer la volonté populaire. Après huit mois, j’ai pu observer que l’opposition ne pouvait rien faire sous peine d’être décapitée. Et c’est finalement ce qui lui est arrivé.

 

Quels sont à présent vos objectifs ?

Mon projet « Vague Verte » prend essentiellement appui sur deux points. Tout d’abord, nous devons promouvoir un changement de régime par la force et quel que soit le prix à payer. Ce qui signifie que nous ne pouvons pas attendre que le régime se réforme de lui-même, que la démocratie s’instaure d’elle-même. En aucun cas ! Il faut en finir avec ce régime, et par la force ! Et, pour ce faire, nous avons besoin de l’appui de membres du régime : des Gardiens de la Révolution, de l’establishment religieux, de toutes les composantes du régime. J’ai lancé un appel à tous ceux qui pensent comme moi afin de renverser ce régime avant qu’il ne soit trop tard. Car l’actuel gouvernement iranien se dirige tout droit vers une guerre régionale aux conséquences planétaires. Suite à mon appel beaucoup m’ont rejoint, notamment des responsables de la diplomatie qui ont fui les ambassades iraniennes.

 

Combien sont-ils à vous soutenir en Iran ?

J’ai des partisans dans tous les organismes directeurs du pays : parmi les Gardiens de la Révolution, parmi les religieux…

 

Le moment est-il venu d’abattre le régime ? 

Oui. Je pense que nous pourrons dès l’année prochaine passer à l’action, soit préparer une insurrection générale avec l’appui des syndicats. J’ai des contacts avec la plupart de ces organisations afin que nous puissions faire descendre les gens dans la rue lorsque nous jugerons le moment venu. Je veux que les Américains et les Européens nous laissent faire ce que nous avons à faire. Je suis convaincu que l’on ne peut mettre fin à ce régime d’une manière pacifique. Dès que nous aurons lancé le signal de l’insurrection, une partie des Gardiens de la Révolution nous rejoindra afin d’appuyer un coup d’État. En cas de réussite, nous constituerons un Gouvernement provisoire. Il y a plus de dix huit mois que nous sommes préparés à cette éventualité.

 

Vous pensez que les Gardiens de la Révolution se rangeront à vos côtés ?

Les Gardiens de la Révolution sont divisés. D’un côté les partisans d’Ahmadineyad, de l’autre les pragmatiques. Ces individus qui se sont enrichis grâce à l’actuel régime savent qu’ils vont tout perdre s’il vient à tomber. Ils ont assisté à la fin de Mubarak et de Kadhafi et ils savent qu’ils n’auront pas d’échappatoire. Nous sommes prêts à leur pardonner s’ils aident le peuple à se libérer. Ils pourront même garder l’argent volé.

 

L’Agence Internationale à Énergie Atomique (AIEA) a publié mardi dernier (je rappelle que cette entrevue figure dans « El Mundo » du samedi 12 novembre 2011) un rapport selon lequel l’Iran cherche à acquérir la maîtrise de l’arme atomique et des missiles porteurs. Quelles mesures devrait-on prendre ?

Ce que l’AIEA a publié n’a surpris personne. Mais c’est parce que le régime de Téhéran avait infiltré ladite Agence que de telles conclusions n’ont pu être publiées plus tôt. L’AIEA ne se fait aucune illusion : l’Iran se dotera tôt ou tard de l’arme atomique. La question est : dans combien de temps ce pays disposera-t-il des vecteurs destinés au lancement d’une telle    arme ?

 

Le durcissement des sanctions sera-t-il suffisant pour stopper ce programme nucléaire ?    

Les sanctions se sont pas sans effets ; mais il est déjà trop tard. Il y a cinq ans, elles auraient été plus efficaces. Je le redis, elles ne sont pas inutiles mais elles ne suffiront pas à provoquer la chute du régime, seule solution à ce problème.

 

Israël fait battre ses tambours de guerre. Quelles conséquences aurait une attaque israélienne contre l’Iran ?  

La situation est très préoccupante. Jamais Israël ne permettra que l’Iran se dote de l’arme atomique ; mais si Israël attaque l’Iran, ce sera le plus beau cadeau fait à Mahmud Ahmadineyad. Toute la région s’embrasera. Par ailleurs, si Israël n’intervient pas, le régime de Téhéran étendra peu à peu son influence dans toute la région. Les « Printemps arabes » vont être séquestrés par les islamistes. La Tunisie d’abord. Et nous allons voir comment les Frères Musulmans vont se saisir des leviers du pouvoir en Égypte. La Libye va également passer sous le contrôle des islamistes.

 

Pensez-vous que le régime de Téhéran promeut l’islamisme dans ces pays arabes où tombent les dictatures ?

Tous les groupes islamistes reçoivent des dons de mon pays, l’Iran : le Hezbollah, le Hamas, Al-Qaida et les Talibans. Le peuple iranien a choisi il y a trente-deux ans une République islamique par les voies démocratiques. L’Iran comptait alors trente-six millions d’habitants. Le pays en compte à présent soixante-dix millions. Si nous parvenons à mettre fin à ce régime, nous lancerons un message clair à l’ensemble du monde musulman en proclamant que la République islamique fut bien une erreur qu’il convient de ne pas répéter dans d’autres pays. La chute de ce régime marquera la fin du danger que représente l’islamisme dans le monde. Mon pays détient la clé de la paix dans cette région.

 

L’Occident ne s’est-il pas montré hypocrite face à la République islamique sachant que Israël tient le rôle de chien de garde ? 

Vous vivez dans le confort et vous ne saisissez pas la situation. Vous remettez tout à plus tard. Vous refusez toute responsabilité pour la reporter sur une tierce personne. Les Occidentaux savent-ils qui est Ahmadineyad ? Ils s’imaginent que le pouvoir est entre les mains d’Ali Khamenei, Guide suprême de la révolution islamique. Officiellement, tel est le cas ; mais vous devez savoir que Ahmadineyad s’est peu à peu emparé de tous les leviers du pouvoir après son coup d’État, aidé par une partie des Gardiens de la Révolution.  Nombre de chiites iraniens croit en l’avènement du douzième imam. Parmi eux, un petit groupe pense qu’il faut provoquer le chaos afin qu’advienne le règne de cet imam qui purifiera le monde. Ahmadineyad considère qu’il est investi de cette mission. Il veut l’arme atomique afin de provoquer la guerre dans la région. Il sait que le seul fait de détenir une telle arme suffira à provoquer un conflit, et pas seulement avec Israël.

 

Menace-t-il directement l’Europe et les États-Unis ?

Vous devez savoir qu’après la chute du Mur de Berlin, l’Iran s’est mis à acheter, et sans perdre de temps, des bombes sales et des armes chimiques. Une bombe sale est une sorte petite bombe atomique qui se place dans une valise et qui peut irradier une partie de Madrid, par exemple, et pour longtemps. Le régime de Téhéran a placé des bombes sales et des armes chimiques dans toutes les grandes villes du monde.

 

D’où tenez-vous cette information ?

Je ne sais pas. Mais je sais qu’à l’occasion du démantèlement du bloc soviétique, en Europe de l’Est, ce matériel valait entre cinquante et quatre-vingt millions de dollars. Pensez-vous que Téhéran n’avait pas les moyens de l’acquérir, puis de l’acheminer dans une valise diplomatique ? Le régime islamique a acheté tout ce qui est nécessaire à la fabrication d’une bombe atomique dans un pays contrôlé par l’AIEA ; alors, pourquoi n’aurait-il pas acheté, il y a vingt ans, des bombes sales aux mafias de l’Est ?

 

Pensez-vous que de telles bombes puissent être utilisées en Espagne ? 

Si une guerre éclate dans la région, je suis certain que ces bombes seront utilisées.

 

L’Occident peut-il s’opposer efficacement à la République islamique? 

Vous ne pouvez plus rien. Les États-Unis ont perdu tout contrôle sur cette région du monde. Les manœuvres d’Ahmadineyad vont conduire à la guerre. L’Occident ne peut plus rien. La solution est à l’intérieur même de mon pays, entre les mains du peuple iranien. Nous ne pourrons éviter la guerre qu’en éliminant ce régime.

 

Et quel en sera prix ? 

Ce régime va tomber, avec ou sans moi, dans un an ou dans trois ans. Si je peux le faire tomber de l’intérieur, les Iraniens en payeront le prix. Dans le cas contraire, le monde en payera le prix.

 

 

En lien, Amir Jahanchahi interviewé par « Le Figaro », une interview publiée le 19 mars 2010 et intitulée : « Le régime de Téhéran doit être renversé par la force » :

http://www.lefigaro.fr/international/2010/03/19/01003-20100319ARTFIG00028-le-regime-iranien-doit-etre-renverse-par-la-force-.php

 

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