Miscellanées – 3/9

 

Une surprise à la Cinemateca Portuguesa – Museu do Cinema, avec un film grec de 1929 intitulé « Astero » et dans lequel un cousin pas si lointain tient l’un des rôles principaux : Costas Moussouris (1903-1976). Je le connaissais un peu par l’influence qu’il eut sur le théâtre grec : « His contribution to the Greek theatre was huge as he possessed a perfect organizing genius and continually discovered new talents », peut-on lire dans une notice biographique consultable en ligne. Parmi ces nombreux talents découverts : Aliki Vougiouklaki, Tzeni Kazeri, Ellie Lambeti, un assez grand nombre de belles femmes.

 

Ellie Lambeti (1926-1983)

Costas Moussouris a donc joué dans quelques films, mais c’est surtout l’homme de théâtre que l’histoire a retenu. La première représentation dans son théâtre eut lieu en décembre 1934, à Athènes, un théâtre qui portait le nom de sa femme, Aliki, rencontrée au cours du tournage d’« Astero », Aliki Theodoridou (Paris, 1907 – Athènes, 1995), fille de l’actrice Cybèle Adrianou (1888-1978) qui eut, entre autres époux, Georges Papandreou (1888-1968), plusieurs fois Premier ministre de Grèce. En 1951, Costas Moussouris restaure presqu’entièrement son théâtre qui deviendra connu comme le Costas Moussouris Theater puis le Moussouris Theater.

« Astero – ΑΣΤΕΡΩ », un film de Dimitris Gaziadis (1897-1961) à partir du roman de Pavlos Nirvanas et, dans une moindre mesure, de « Ramona » (1884) de Helen Hunt Jackson. Durée : 56 mn. Film muet avec accompagnement musical, intertitres en français et sous-titrage en portugais. Dimitris Gaziadis a notamment filmé la guerre gréco-turque (1919-1922) qui se termina en désastre pour les Grecs. Ce film répond au genre « fustanelle », à l’aventure dans les montagnes de Grèce, la Grèce qui est célébrée par la nature et, plus discrètement, par l’Antiquité, la « vraie Grèce » opposée aux artifices de la métropole, Athènes. C’est un mélodrame de belle qualité. Dans les deux autres films où il joue, ΕΡΩΣ ΚΑΙ ΚΥΜΑΤΑ (1928) et ΑΓΝΟΥΛΑ (1941), il est encore question d’histoires d’amour qui mettent en scène de belles femmes.

Costas Moussouris l’Athénien tient donc le rôle de Thymos. Il ne quitte pas le costume traditionnel, avec fustanelle, habillé comme un evzone, ce qui m’a amusé. Toutes les photographies des archives de famille que j’ai pu consulter le montrent en costume-cravate.

Aliki Theodoridou tient le rôle d’Astero (titre du film par ailleurs), Costas celui de l’amoureux, Thymos donc. Et c’est au cours du tournage de ce mélodrame qu’ils décidèrent de se marier. Ce film connaîtra un remake en 1959, dirigé par Dinos Dimopoulos, avec la charmante Aliki Vougiouklaki dans le rôle d’Astero, un remake qui suit strictement les conventions du genre mélodrame « fustanelle ».

 

Costas Moussouris (Thymos) et Aliki Theodoridou (Astero) dans « Astero » (1929) de Dimitris Gaziadis.

 

Décès de Gérarld Bloncourt le 28 octobre 2018 (né en 1926), le photographe de l’exil portugais en France. Militant CGT, il devient en 1948 chef de la photographie du quotidien L’Humanité, puis photoreporter indépendant. Il photographie l’exil portugais arrivé en France dans les années 1960 (un million de personnes). Il se rend fréquemment dans l’immense bidonville portugais de Champigny-sur-Marne. Mais c’est dans le bidonville de Saint-Denis, en 1964, qu’il prend ce qui reste probablement son cliché le plus célèbre : une petite fille, une poupée dans les bras avec, derrière, un chemin de boue et des baraques de planches disjointes. La petite fille s’est reconnue sur cette photographie, il y a peu. Son nom, Maria da Conceição Tina Melhorado. Elle a grandi, écoutez-la : 

http://lugardoreal.com/video/la-petite-portugaise-fotografia-falada

Puis Gérald Bloncourt se rend régulièrement au Portugal à partir de 1966, parfois clandestinement, afin de mieux comprendre le régime de l’Estado Novo. Il suit le périple des émigrés portugais des villes du Nord du Portugal aux Pyrénées, en s’arrêtant dans les gares frontières espagnoles et françaises. Il couvre la Révolution des Œillets en avril 1974 puis le 1er mai 1974 à Lisbonne. L’excellent volume publié aux Éditions Autrememt dans la collection « Français d’ici, peuple d’ailleurs » et intitulé « Portugais à Champigny, le temps des baraques » de Marie-Christine Volovitch-Taveres.  

 

Discussion avec quelques Français de Lisbonne, discussion dont je me détache sans tarder ; et je me contente d’écouter. Il n’est bientôt question que « des riches », responsables de tous les malheurs du monde comme il se doit. Je comprends sans tarder que « les riches » sont « ceux qui ont plus que moi » ce que, bien sûr, personne n’avoue et n’ose même s’avouer ; car il s’agit bien de cela. L’envie est partout et je l’ai très vite décelée chez nombre de Français, raison pour laquelle je m’écarte généralement d’eux à l’étranger. L’Anglais respecte celui qui a plus que lui – même si ce dernier est détestable ; le Français enrage contre celui qui a plus que lui – même si ce dernier est aimable. C’est ainsi. Je me promène dans les mentalités nationales comme dans un parc zoologique ; j’observe et prends des notes, car telle est probablement ma mission. 

 

Trouvé par hasard « Causas da decadência dos povos peninsulares » d’Antero de Quental, un discours prononcé le soir du 27 mai 1871 dans le Casino Lisbonense. J’aime tout ce qui traite de décadence. Le soir, lu un discours d’Olivieira Salazar publié par le Secretario Nacional da Informação (S.N.I.) en 1962 et prononcé le 3 janvier 1962 à la Assembleia Nacional : « Invasão e ocupação de Goa pela União Indiana ». Je ne suis pas un laudateur de la pensée (o pensamento) d’Oliveira Salazar mais la lecture de ses discours m’aide à améliorer ma connaissance de la langue portugaise. Ils sont rigoureusement construits, clairs, avec syntaxe fluide et richesse lexicale. Rien à voir avec les discours des hommes politiques d’aujourd’hui qui ne sont que des sacs vides et troués et probablement vides parce que troués.  

 

Mi-mars 2019. Des cascades de rêves depuis deux semaines. Comment l’expliquer ? Trop de travail ou la Lune ? Je suis particulièrement sensible aux états de la Lune, mais tout de même ! Le matin, je ne parviens pas à prendre note de ce ruissellement, ni même à en recueillir quelques gouttes. De fait, il me faudrait prendre des notes au cours de la nuit, aux réveils qui la ponctuent ; mais, ce faisant, je ne rêverais plus tant.

 

15 mars 2019, au café A Tentadora, à l’entrée de Campo de Ourique. Dans la perspective de Rua Domingos Sequeira, la Basílica da Estrela. Le pavé lumineux comme les écailles d’un grand poisson argenté. La luisance des rails des tramways et les tramways qui amusent les touristes : ils font penser à de gros jouets. Les lustres du café, très salon bourgeois. Pas d’écran. On lit la presse papier, reposant.

 

Le café A Tentadora (La Tentatrice), à Lisbonne.

 

La politique iranienne d’Alexandre a probablement été conçue avant même qu’il ne lance son expédition, sinon pourquoi aurait-il accueilli de la sorte Mithrénès (et sa suite), commandant perse de la citadelle aux frontières de Sardes (été 334) ? Alexandre qui venait d’un minuscule royaume, comparé à l’Empire achéménide, savait qu’il lui fallait se concilier les élites de cet empire dans l’espoir de gouverner durablement. Il savait qu’il lui fallait bouleverser le moins possible les régions soumises. Les nobles iraniens n’étaient pas prêts à une lutte à mort s’ils avaient la garantie de conserver leur statut économique et leur prestige. Voir la politique d’Alexandre en Égypte et en Babylonie (alors intégrées à l’Empire achéménide), une stratégie mise en pratique à partir de 334 et visant à s’attirer les aristocraties locales.

Mais alors, pourquoi avoir détruit Persépolis, en mai 330 ? Persépolis, haut-lieu de la puissance achéménide depuis Darius le Grand. Il existe plusieurs hypothèses à ce sujet, étant entendu qu’il s’agit d’une décision mûrement réfléchie et en aucun cas prise sous l’effet de l’alcool comme le laisse entendre une source ancienne. Tout d’abord, Alexandre ne l’a pas prise pour plaire aux Grecs, ou si peu, les Grecs pour qui cette expédition était d’abord une « guerre de représailles ». Mais la Grèce était alors calme. Il ne voulait pas terrifier l’Égypte et la Babylonie, alors intégrées à l’Empire achéménide, elles aussi plutôt calmes. La destruction de Persépolis doit être envisagée dans un contexte exclusivement perse, la Perse constituant le cœur de l’Empire achéménide, le peuple perse et la famille impériale appartenant à la même communauté ethnoculturelle. Le premier titre de Darius Ier était celui de « Roi en Perses » ; de ce fait, s’il était relativement aisé pour Alexandre de se présenter comme l’Achéménide, il lui était moins aisé de se présenter comme un roi perse en Perse. De fait, et malgré tous ses efforts pour se concilier les Perses (par exemple, en prenant soin du tombeau de Cyrus le Grand), les Perses dans leur ensemble restaient hostiles à Alexandre, ce dont attestent des textes tant grecs qu’iraniens. Alexandre dut à contrecœur utiliser l’arme de la crainte pour faire savoir aux Perses que l’heure de la gloire impériale était révolue… à moins qu’ils ne se rallient à lui, Alexandre.

 

Étudier plus en détail cette expérience conduite à l’initiative de la gauche kurde depuis 2012, avec notamment ces projets agricoles et écologiques destinés à assurer l’autonomie alimentaire et écologique. Le Rojava (territoire majoritairement kurde, au Nord de la Syrie) a été soumis à une déforestation radicale avec le mandat français (1920-1946) puis le Parti Baas afin de servir les intérêts de l’État en ignorant ceux du peuple kurde. La Commune internationaliste du Rojava et Make Rojava Green Again (avec pour objectif primordial la reforestation). Le Rojava c’est aussi la libération des femmes, la coexistence des peuples au sein du système de confédéralisme démocratique, l’écologie aussi avec, pour base idéologique, Murray Bookchin et les principes de l’écologie sociale. Je connais à peine Murray Bookchin. Un certain nombre de ses textes sont consultables en ligne, notamment sur le site The Anarchist Library. Je ne sais sur quel titre m’arrêter. Ils sont au moins deux bonnes douzaines à me sembler pareillement importants. Son concept de Communalism.

Ci-joint, une excellente vidéo sur les femmes du YPJ (Women’s Defense Units ou Women’s Protection Units), Rojava (Northen Syria) :

https://www.youtube.com/watch?v=_OWQ-apZC78

Olivier Ypsilantis

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