Georges Bensoussan, Grand Prix de la Laïcité 2018.

 

« Penser, c’est prendre le risque de la solitude, le risque aussi de l’inquiétude quand l’acquiescement au consensus et à la doxa du temps vous délivre du doute et de l’isolement. Georges Bernanos notait à la fin de sa vie que les voix libératrices ne sont pas les voix apaisantes, les voix rassurantes. Elles ne se contentent pas de nous inviter à attendre l’avenir comme on attend le train. L’avenir est quelque chose qui se surmonte. On ne subit pas l’avenir, on le fait, écrivait-il. On ne subit pas : alors, il nous faut reconnaître que “c’est l’ennemi qui (nous) désigne” (Julien Freund), que c’est lui qui nous met au pied du mur, et nous somme de combattre. Si “la condition de la liberté c’est le courage” (selon le mot prêté à Périclès), il nous faut donc avoir aujourd’hui le courage de nommer le conflit qui nous a été déclaré parce que nous savons, depuis longtemps déjà, qu’“il faut choisir : se reposer ou être libre” (Thucydide) ». Ces mots sont de Georges Bensoussan, lauréat du Grand Prix de la Laïcité 2018.

Rappelons que Georges Bensoussan a osé évoquer l’antisémitisme arabo-musulman et publiquement, plus précisément à l’émission Répliques animée par Alain Finkielkraut, sur France-Culture, le 10 octobre 2015. On connaît la suite. A cette occasion, le grand public a pris connaissance des travaux menés par l’historien, à commencer par cette enquête (un ouvrage collectif) au début des années 2000 : « Les Territoires perdus de la République », sous-titrée « Antisémitisme, racisme et sexisme en milieu scolaire » et publiée sous un pseudonyme, ce qui a fait dire que l’auteur (un Séfarade) souffrait d’un complexe d’infériorité, raison pour laquelle il s’était choisi un pseudonyme à consonance ashkénaze. Ce genre de propos est l’une des marques de la bêtise fière d’elle-même et qui cherche à s’imposer.

Je n’ai pas l’expérience de Georges Bensoussan au sujet de l’antisémitisme arabo-musulman ; je puis toutefois témoigner que j’y ai goûté au cours de mes plus de vingt ans passés dans le Sud de l’Espagne où les communautés marocaines en sont venues à constituer l’essentiel de l’immigration. J’ai cru remarquer que cet antisémitisme marocain était plus marqué chez les Arabes que chez les Berbères qui constituent au moins la moitié de la population du Maroc. Il me faudra creuser cette question.

 

Mémorial de la Shoah, Le Mur des Noms. 17, rue Geoffroy l’Asnier, 75004, Paris.

 

Concernant ses démêlés avec la justice, Georges Bensoussan déclarait«  : « L’actuelle judiciarisation du débat est donc une façon sournoise (et légale) d’interdire la critique de l’islam », ce qui est la règle dans nombre de pays musulmans et qui est peut-être en passe de devenir la règle (non encore officielle) en France et dans d’autres pays occidentaux. Ce conformisme de la pensée (cet encouragement donné au politically correct) est un produit d’importation élaboré aux États-Unis au cours de la guerre du Vietnam et qui a progressivement gagné le monde occidental – le politically correct ou le rêve d’un monde lisse et huilé, sans aspérité et sans heurt…

Alain Finfielkraut définissait l’antiracisme comme « le communisme du XXIe siècle », une formulation qu’apprécie Georges Bensoussan et que j’apprécie. Il est bon que le racisme soit dénoncé ; mais lorsqu’il avance et s’impose sous le masque de l’antiracisme avec les délires indigénistes des « racisés », on est en droit de s’interroger et de prendre ses distances. On n’ose plus dire au Juif : « Sale Juif ! » ; mais on va l’accuser d’être un raciste porteur d’un projet raciste – le sionisme. On rencontre à longueur de forums de discussion, sur Internet, des intervenants doublement masqués : je ne suis pas antisémite, je suis antisioniste, et qui s’affublent d’un pseudonyme. Il faut lire et relire ce petit livre d’Alain Finkielkraut, le plus beau de ses livres peut-être, « Au nom de l’Autre : Réflexions sur l’antisémitisme qui vient », dans lequel l’auteur montre qu’à présent toute affirmation identitaire (avec le sionisme en tête de dénonciation) est perçue comme une exclusion voire une injure faite à l’Autre. Parmi les mots d’ordre du politiquement correct : « Vivre ensemble ! », un mot d’ordre digne du communisme pur et dur, de l’indifférenciation, le cauchemar total. Ainsi que le rappelle Georges Bensoussan, et tout homme qui pense en conviendra : l’ouverture à l’Autre ne peut être réel que si l’on est soi-même porteur d’une identité tangible, consciente d’elle-même.

Mon immense plaisir en apprenant que Georges Bensoussan avait reçu le Grand Prix de la Laïcité 2018, un plaisir qui s’ajouta à celui de sa relaxation, en première instance autant qu’en appel. J’ai retrouvé un peu d’espoir envers la France. Ce plaisir a toutefois été entamé lorsque j’appris le peu de soutien dont Georges Bensoussan avait bénéficié auprès d’institutions juives du pays et, point particulièrement douloureux, son éviction du Mémorial de la Shoah par sa direction. Sarah Cattan dont j’apprécie le style et le courage dans sa défense de Georges Bensoussan relate cette éviction.

Dans un article, Sarah Cattan et Danielle Khayat commencent par célébrer la courageuse décision du Comité Laïcité République (C.L.R.) avec l’attribution de ce prix à cet historien, et à l’unanimité, une décision qui inaugure, espérons-le, une reprise en main avant contre-attaque. Le discours du président du C.L.R., Jean-Pierre Sakoun, et celui de son président d’honneur, Patrick Kessel, doit être médité. Patrick Kessel souligne l’un des mérites de Georges Bensoussan, et non des moindres : oser nommer ; car aucune lutte n’est efficace aussi longtemps qu’on ne peut ou qu’on ne veut nommer.

 

Un numéro de la Revue d’histoire de la Shoah

 

Sarah Cattan et Danielle Khayat dénoncent les Juifs de cour. Elles rappellent que le travail de Georges Bensoussan au Mémorial de la Shoah couvre plus d’un quart de siècle et qu’il a notamment dirigé la parution de soixante-trois numéros de la Revue d’histoire de la Shoah, la Revue du Centre de Documentation Juive Contemporaine (C.D.J.C.), chaque numéro constituant un épais dossier. Ces deux femmes disent l’infamie dont a été victime cet historien et de la part d’une institution juive. Ainsi le nom de Georges Bensoussan a-t-il été tu et à plusieurs reprises, par exemple lors du Rapport moral 2017 du Mémorial de la Shoah. Taire un nom est un acte particulièrement grave, en particulier chez les Juifs. Son nom a donc été tu et plusieurs fois, par exemple lors de la parution du bilan 2017 du Mémorial de la Shoah.

Après avoir été jugé et relaxé, Georges Bensoussan a été congédié par ses employeurs. Et je ne m’appesantirai pas sur les détails ; lisez à ce sujet les articles courageux de Sarah Cattan.

L’attitude du Mémorial de la Shoah m’a d’abord semblé incompréhensible : je me suis frotté les yeux ; puis je me suis efforcé de trouver une explication. J’en ai déduit ce qui suit sans jamais prétendre détenir la vérité : l’attitude des institutions juives de France, à commencer par celle du Mémorial de la Shoah, est le fait d’institutions mais pas nécessairement de ceux qui en font partie. Autrement dit, on peut supposer qu’officiellement ces derniers prennent la posture de l’offusqué (afin de protéger l’institution) alors qu’officieusement ils respectent voire admirent les travaux de cet historien, et pas seulement ceux relatifs à la Shoah.

En prenant ainsi ses distances vis-à-vis de Georges Bensoussan, accusé d’avoir manqué à son devoir de neutralité, l’institution n’a-t-elle pas réendossé l’habit du dhimmi ? Je le crois ; et personne n’ignore que la peur est mauvaise conseillère. Rappelons qu’aucune institution juive n’a soutenu explicitement Georges Bensoussan, à l’exception du Consistoire central israélite de France et du Grand Rabbin de France. Les esprits seraient-ils à ce point gagnés par la dhimmitude ? La retraite automatique de l’éducation nationale (déguisée en départ volontaire en retraite) de Georges Bensoussan ne serait-elle pas l’une des discrètes victoires de l’islamisation, un pas de plus vers la dhimmitude ? Le Comité contre l’islamophobie en France (C.C.I.F.) s’en est sûrement frotté les mains.

Il faut suivre pas à pas, guidé par Sarah Cattan, l’entreprise d’isolement de Georges Bensoussan méthodiquement conduite pour prendre la mesure de la peur qui gagne à présent tant de têtes – car il ne peut s’agir que de peur, peur d’être traité d’« islamophobe », par exemple, une accusation qui semble avoir été élaborée par le NKVD tant elle fait trembler. De fait, dans la France de 2018, cette accusation se veut aussi massive, aussi paralysante que celle de « fasciste » dans l’U.R.S.S. de Staline années 1930.

En lien, un article qui entre dans les détails, tant il est vrai que c’est par le détail que le sordide se révèle et devient palpable, en quelque sorte. Il est intitulé « Georges Bensoussan : comment il fût chassé du Mémorial » et signé Sarah Cattan :

http://www.tribunejuive.info/justice/georges-bensoussan-comment-il-fut-chasse-du-memorial-par-sarah-cattan

Olivier Ypsilantis

 

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2 Responses to Georges Bensoussan, Grand Prix de la Laïcité 2018.

  1. Michel says:

    Concernant l’antisémitisme au Maroc:
    Pour avoir vécu 17 ans au Maroc, j’ai pu constater que l’antisémitsime était beaucoup plus virulent chez les marocains d’origine arabe que chez les berbères. Cela vient du fait que malgré leur nombre important, les berbères ont toujours été dominés par les arabes et qu’il y avait chez eux un sentiment “d’être”, très proche de celui des minorités vivant sous le joug de conquérants. N’oublions pas que les deux tentatives de coup d’état contre Hassan II étaient menées par des berbères: Les généraux Medbouh puis ensuite Oufkir, aidés d’officiers berbères.
    (Mohamed V et Hassan II conscients de la fracture entre les deux groupes avaient désigné parmi leur nombreuses épouses une berbére comme épouse “officielle”. Hassan II et Mohamed VI sont donc issus de mariages mixtes.)
    Ajoutons qu’avant 1956, une partie importante de la communauté juive elle même d’origine berbère vivait en bonne entente dans ou à proximité de villages berbères. Les pogrommes antisémites étaient le plus souvent dus aux populations arabes des villes.

    • Olivier YPSILANTIS says:

      Je vous remercie d’avoir confirmé à partir de votre expérience considérable ce que j’ai pu éprouver et analyser (essentiellement à partir des communautés marocaines dans le Sud de l’Espagne).

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