Quelques notes sur l’art – 3/5

 

Lorsque je pense à Goethe, c’est la composition de Johann Heinrich Tischbein  (1786) qui me vient d’emblée. Goethe est installé dans la campagne romaine sur un arrangement des vestiges romains. Il porte une sorte de toge claire et un chapeau sombre à larges bords qui fait ressortir son visage.

Le Greek Revival avec le British Museum et la British Library (voir Robert Smirke), des églises aussi (voir les Commissioners’ Churches) dont la construction fut encouragée par décret après les guerres napoléoniennes, en 1818, afin de répondre à la croissance des quartiers périphériques autour de Londres et des nouvelles villes industrielles, des églises qui devaient être fonctionnelles et économiques. Le modèle en Angleterre depuis le XVIIIe siècle, St. Pancras (1819-1822), de William Inwood et son fils Henry William), où ont été ajouté des éléments du Greek Revival, parmi lesquels le clocher (imitation de la Tour des Vents à Athènes) et la sacristie, sur le côté, et ses caryatides inspirées de l’Erechthéion.

Les délices du Gothic Revival (différent du Gothic Survival) qui s’accorde parfaitement avec le confort bourgeois. Voir Strawberry Hill, Twickenham, près de Londres, au bord de la Tamise. Cette demeure fut achetée par Horace Walpole, fils du Premier ministre Robert Walpole et auteur du premier Gothic Novel : « The Castle of Otranto » (1764). Il la trans forma minutieusement jusqu’en 1776 pour en faire son « little gothic castle ». Cette utilisation de modèles gothiques fut reprise par Sir Roger Newdigate qui durant un demi-siècle restaura sa résidence d’Arbury Hall pour en faire l’une des plus belles constructions du Gothic Revival. Les travaux commencèrent en 1748. Alors qu’à Strawberry Hill les modèles gothiques ont été choisis ici et là à partir d’illustrations d’ouvrages sur l’architecture médiévale (alors fort rares), à Arbury Hall le modèle central est une reproduction de la chapelle de Henry VII, à Westminster Abbey. A cet effet, l’architecte Henry Keene réalisa des moulages en plâtre pour y reproduire toute la richesse décorative du Perpendicular.

Thomas Rickman, architecte et théoricien à qui nous devons la division du gothique anglais en Early English, Decorated et Perpendicular.

Parmi mes idéaux en architecture, Robert Adam (1728-1792), un architecte et un entrepreneur associé à ses frères James et William. Leurs modèles, un véritable catalogue où faire ses choix. Rigueur et douceur, avec cette palette aux tonalités pastel. Un style délicat et, dirais-je, féminin. En France, le plus féminin des styles est à mon sens le Directoire.

 

Dining Room, Lansdowne House (1766-69) de Robert Adam.

 

Le romantisme des ruines, avec les aquarelles de Joseph Michael Gandy, un élève de John Soane. Ses visions de la Banque d’Angleterre en ruines visibles au Sir Joanes’s Museum, l’un des musées les plus étranges et les plus accueillants de Londres.

Parmi mes idéaux en architecture, aussi, le Federal Style, avec la maison de Thomas Jefferson, lui aussi influencé par Palladio (via l’Angleterre) à Monticello (Virginie). Sobriété, symétrie, de plain-pied, avec ce beau contraste entre l’ocre de la brique et le blanc des encadrements, des corniches et du portique. La belle intégration dans le paysage. L’alliance de l’élégance et du fonctionnel. A ce propos, l’authentique élégance ne peut être que fonctionnelle, et le fonctionnel le plus achevé ne peut être qu’élégant. Thomas Jefferson, un gentleman builder.

Je préfère le Petit Trianon à tout le château de Versailles, une sorte de caserne pour aristocrates emplumés et poudrés.

Claude-Nicolas Ledoux, encore un penseur de la ville idéale. Voir son écrit : « L’architecture considérée sous le rapport de l’art, des mœurs et de la législation » (publié entre 1804 et 1807).

Étienne-Louis Boullée et ses projets tant architecturaux qu’urbanistiques, un style qui annonce Albert Speer et le projet Germania avec son Große Halle. Rien d’étonnant ! la Révolution française annonçait l’ère des idéologies et des totalitarismes.

L’influence de Giovanni Battista Piranesi sur les architectes étrangers, une influence propagée essentiellement par ses gravures, une influence venue tant de la minutie de la description que de l’ampleur de la vision – des rêveries. Sa perte d’influence (il défend impétueusement le classicisme romain alors que le goût se porte de plus en plus vers les Grecs) l’amène à professer un éclectisme où se combine les styles les plus variés de l’Antiquité.

Cette affreuse tour placée à la croisée des transepts de San Gaudenzio (Novara) d’Alessandro Antonelli, plus de cent vingt mètres de hauteur, sans rapport avec un ensemble qu’elle écrase, comme tombée du ciel. Et quand on sait que cette construction de 1841 a été rendue possible grâce à toute sorte de prothèses métalliques.

L’une des plus affreuses constructions au monde, le Palácio da Pena (XIXe siècle), l’édifice le plus imposant de Sintra, une colossale pâtisserie informe, avec excroissances en tous sens, de bric et de broc. A bombarder. Et Richard Strauss qui après avoir voyagé en Italie, Sicile, Grèce et Égypte déclara que c’était le plus bel endroit qu’il lui avait été donné de voir !

Un roi à la tête d’un pays devenu le plus riche du monde grâce à l’or et aux diamants du Brésil et qui dilapide ces revenus en stupidités au point de laisser les caisses vides à sa mort, en 1750. Son successeur João I et son Premier ministre, le futur marquis de Pombal, se trouvent dans une situation fort difficile à laquelle va en quelque sorte remédier le tremblement de terre de Lisbonne de 1755. Ce dernier va remodeler le centre de la ville. A un immense travail d’urbaniste, attaché à un plan fonctionnel, s’ajoute un travail d’architecte, chaque édifice répondant lui aussi à des principes de fonctionnalité – et de réduction des coûts. Parmi les architectes responsables de ce vaste chantier, le Hongrois Carlos Mardel. Il ne s’agit plus de flatter les goûts de luxe d’un monarque ; l’architecte se fait ingénieur et travaille à la production en série à l’aide de modules pensés selon des règles utilitaires – et, une fois, encore en s’efforçant de baisser autant que possible les coûts.

Une amusante œuvre anonyme, « Untersuchungen über den Charakter der Gebaüde » (1788) où les théories de la physionomie appliquées aux contours des édifices, contours supposés influer sur le charactère de ses occupants.

Ce drôle de machin, le Walhalla de Leo von Klenze, dans les environs de Ratisbonne.

Les merveilleux dessins de Pierre-Paul Prud’hon au fusain rehaussé de craie blanche sur papier bleu-gris.

 

Une étude de Pierre-Paul Prud’hon

 

Les merveilleuses petites peintures de Carl Spitzweg, des peintures narratives auxquelles je reviens toujours avec un même plaisir.

Le charme intense et discret du Biedermeier (1815-1848).

Cette autre peinture narrative à laquelle je reviens volontiers et qui figura longtemps en carte postale épinglée sur le mur, au-dessus de mon bureau d’adolescent, une compostion de Moritz von Schwind qui montre un voyageur (avec sac à dos et bâton de marche) alors qu’il s’apprête à quitter l’auberge où il a passé la nuit, une auberge agrémentée d’éléments néogothiques. Le petit jour pointe tandis que la lune brille encore entre les arbres. Cette peinture de 1859 illustre à merveille cet appel de la forêt, refuge spirituel ainsi que la décrit Ludwig Tieck.

Une Judith moins connue que d’autres Judith, celle que peignit August Riedel en 1840 et visible à la Neue Pinakothek de Munich.

Le portrait de J. J. Winckelmann par Angelika Kauffmann.

« Le bain turc » d’Ingres, une toile qui me dégoûte non pas tant pour la morphologie particulière des femmes que pour l’amoncellement. Un nu considéré isolément peut être beau, un couple aussi, trois éventuellement (voir les Trois Grâce) ; au-delà, on ne peut être que navré.

Les dessins érotiques de Johann Heinrich Füssli sont parmi les plus troublants de l’l’histoire de l’art.

Le buste de Laurence Sterne (à la National Portrait Gallery, Londres) de Joseph Nollenkens.

Un air de famille accentué entre Antonio Canova et Bertel Thorvaldsen. Mais il y a chez l’Italien un velouté qu’on ne trouve pas chez le Danois. Avec Bertel Thorvaldsen l’œil admire ; avec Antonio Canova l’œil admire aussi mais, en plus, la main aimerait appréhender ce velouté. Et je pense en particulier à Pauline Borghèse.

Johann Gottfried Schadow, promoteur du néo-classicisme en sculpture en Allemagne. Son œuvre la plus célèbre (et la plus monumentale), le quadrige qui coiffe la Porte de Brandebourg. La commande que lui passa le prince Ludwig, héritier du trône de Bavière, pour les bustes des glorieux Teutons, dans le Walhalla. Il n’en réalisa qu’une partie. Son élève, Christian Daniel Rauch prit sa suite et il éclipsa son maître. Son admirable gisant pour le mausolée de la reine Louise de Prusse.

 (à suivre) 

Olivier Ypsilantis 

 

 

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