Wilhelm (von) Faupel, directeur de l’Ibero-Amerikanische Institut (I.A.I.)

 

Wilhelm Faupel (1873-1945), un personnage peu connu, très peu connu même, et pourtant… Il fut ambassadeur du IIIe Reich dans l’Espagne de Franco, poste dont il finira par être écarté et par Franco lui-même (en septembre 1937), en partie pour la sympathie de ce diplomate à l’égard de Manuel Hedilla Larrey (1902-1970). Wilhelm Faupel a notamment œuvré contre  le Decreto de Unificación, une norme juridique publiée le 19 avril 1937 par Franco à Salamanca, décret par lequel s’opérait la fusion de Falange Española de las Juntas de Ofensiva Nacional Sindicalista (FE de las JONS) et de Comunión Tradicionalista, créant ainsi un parti unique : Falange Española Tradicionalista y de las Juntas de Ofensiva Nacional Sindicalista (FET y de las JONS). Les autres partis politiques soutenant diversement Franco furent dans la foulée tout bonnement supprimés par ce dernier.

Wilhelm Faupel est remplacé en avril 1937 par Eberhard von Stohrer. Il avait eu de mauvais rapports avec Franco dès son arrivée en Espagne, mais c’est son appui inconditionnel à Manuel Hedilla Larrey qui précipite sa disgrâce. Afin de ne pas me perdre en digressions, je conseille au lecteur de faire des recherches sur Internet concernant ce personnage quelque peu oublié et pourtant central dans la lutte qui opposa Franco à la Falange jusqu’à sa neutralisation. La plupart des documents sont en espagnol mais il y en a quelques-uns en français. Une précision toutefois. En août 1936, alors qu’il est à Burgos et que José Antonio Primo de Rivera est en prison, à Alicante (où il sera fusillé le 20 novembre 1936), Manuel Hedilla Larrey devient responsable de la Falange, une responsabilité confirmée le 2 septembre 1936 à Valladolid où est mise sur pied la Junta de Mandos Provisionales de la Falange.

 

Spanish general Francisco Franco receiving German ambassador to Spain Wilhelm von Faupel. Salamanca, 1st March 1937 (Photo by Mondadori Portfolio via Getty Images)

 

Le Cuartel General del Generalísimo prend prétexte d’une bagarre à Salamanca, dans la nuit du 16 avril 1937, bagarre qui se solde par deux morts (une de ces nombreuses bagarres entre les divers courants de la Falange), pour créer un grand parti unique sous l’autorité de Franco, le 19 avril 1937 comme nous l’avons dit. Manuel Hedilla Larrey qui était d’accord avec ce projet d’unification refuse toutefois la soudaineté avec laquelle il est appliqué, projet qui, par ailleurs, vu les circonstances, lui ôte une autorité récemment acquise. Le 25 avril de la même année, il est détenu sous le prétexte fallacieux d’avoir conspiré contre Franco et condamné à mort puis gracié. Il restera incarcéré jusqu’au 18 juillet 1941 à Las Palmas (Mallorca) puis assigné à résidence. Il ne sera pleinement réhabilité qu’en 1947. Son livre « Testimonio » est un précieux document sur l’histoire de la Falange et sur l’attitude de celui qui fut le second et dernier Jefe Nacional de Falange Española de las JONS (FE de las JONS) – la Falange, un vaste mouvement parcouru de sensibilités diverses voire antagonistes.

Wilhelm Faupel est d’un naturel discret et par ailleurs, à ma connaissance, il n’a laissé aucun livre destiné à l’histoire. Ce n’est que tardivement que j’ai découvert le nom de cet homme pourtant très impliqué dans la vie politique espagnole et plus généralement hispanophone fin années 1930 début années 1940. En 1934, Wilhelm Faupel est nommé directeur de l’Instituto Iberoamericano (Ibero-Amerikanisches Institut, IAI), une vitrine où exposer la doctrine nazie dans les pays hispanophones. Oliver Gleich est l’auteur d’une présentation, « Wilhelm Faupel: Generalstabsoffizier, Militärberater, Präsident des Ibero-Amerikanischen Instituts »,  intégrée à la monographie la plus étoffée (six cents pages au moins) relative à Wilhelm Faupel, « Ein Institut und sein General: Wilhelm Faupel und das Ibero-Amerikanische Institut in der Zeit des Nationalsozialismus » de Günther Maihold, Günter Vollmer et Reinhard Liehr, publiée chez Verlag Vervuert, Frankfurt am Main, 2003. Il me semble que ce livre n’a pas été traduit. A vérifier.

Wilhelm Faupel est très vite irrité par Franco. Pour l’heure, je ne dispose pas d’assez d’éléments afin d’analyser toutes les raisons d’une telle irritation. Simplement. Wilhelm Faupel avait de l’allergie à la religion, en particulier l’Église catholique (et les catholiques), l’un des piliers du régime franquiste. Par ailleurs, il jugeait que le Caudillo en tant que militaire n’était pas à la hauteur de la situation et que la direction des opérations nécessitait une personne de plus d’envergure. Il est vrai que l’expérience militaire de Wilhelm Faupel est impressionnante. Je résume – et j’en oublie probablement. Il n’a pas dix-neuf ans lorsqu’il intègre l’armée en 1892. En moins d’un an, il accède au grade le lieutenant. Il participe à la guerre contre la révolte des Boxers (sa connaissance du russe lui permet d’être interprète rattaché aux forces allemandes), en Chine, avant d’être engagé dans les Schutztruppe, entre 1904 et 1906, dans le Sud-Ouest africain allemand. Entre 1911 et 1913, il est instructeur dans les Fuerzas Armadas Argentinas. Il participe à la Grande Guerre ; il est notamment l’un des organisateurs de l’offensive aux Chemin des Dames, en mai 1918, ce qui lui vaudra d’être décoré de la croix Pour le Mérite, la plus prestigieuse décoration allemande. Après la guerre, il est l’un des responsables de la lutte antirévolutionnaire avec le Freikorps Görlitz (ou Freikorps Faupel), avant d’intégrer la Reichswehr sous la République de Weimar. Entre 1921 et 1926, on le retrouve conseiller militaire en Argentine puis, à partir de 1926, Inspecteur général des Fuerzas Armadas Peruanas, un poste qu’il perd en 1929 pour revenir en Allemagne. A-t-il été mêlé à une tentative de coup d’État contre Augusto Bernardino Leguía y Salcedo ? A peine de retour à Berlin, il est sur le point de se mêler aux affaires chinoises, en appuyant Chiang Kai-Chek dans sa lutte contre Mao Tse-Toung. C’est alors qu’il est nommé en 1934 à la direction de l’Ibero-Amerikanische Institut (I.A.I.)

 

Wilhelm Faupel interviewé par Hugo Landgraf, en octobre 1940.

 

Entre 1934 et 1936, puis entre 1938 et 1945, Wilhelm Faupel dirige l’Ibero-Amerikanische Institut (I.A.I.), à Berlin, un outil qui lui permet avec l’aide de la S.S. de propager l’idéologie nazie dans le vaste monde hispanophone mais aussi d’influer sur la politique espagnole, notamment par le biais de la culture (édition, cinéma, etc.), en jouant, et j’insiste, sur les tensions à l’intérieur même du camp de Franco, avec la Falange en figure de proue.

Ces quelques lignes par ailleurs incomplètes sur les états de service de celui qui s’était attribué un faux titre (de baron) expliquent au moins en partie la relative condescendance que Wilhelm (von) Faupel éprouva envers Franco, envers une certaine étroitesse de vue. A une expérience planétaire, Wilhelm Faupel ajoutait une ample formation académique. Son expérience des affaires internationales lui permit de se faire sans encombres une place dans la haute hiérarchie nazie.

Lorsqu’éclate la Guerre Civile d’Espagne, Wilhelm Faupel a plus de soixante ans. Il va être l’un des promoteurs de la Legión Condor et Hitler le nomme sans tarder chef de la diplomatie allemande dans l’Espagne de Franco. En octobre 1936, il est officiellement nommé ambassadeur. Ci-joint, la présentation des lettres de créances à Salamanca. Le tout nouvel ambassadeur d’Allemagne est au balcon et salue comme il se doit :

https://www.youtube.com/watch?v=1-yrd19dgo8

Lorsque Wilhelm Faupel quitte son poste d’ambassadeur, il retrouve son poste de directeur de l’Instituto Iberoamericano (Ibero-Amerikanische Institut). Il se serait suicidé à Berlin, avec sa femme Edith, le 1er mai 1945, soit le lendemain du suicide de Hitler.

Ci-joint un lien très fouillé, rédigé par Marició Janué i Miret et intitulé « Un instrumento de los intereses nacionalsocialistas durante la Guerra Civil española: el papel de la Sociedad Germano-Española de Berlín » :

http://journals.iai.spk-berlin.de/index.php/iberoamericana/article/viewFile/801/484

Ci-joint, un document à charger en PDF, « Ein Institut und sein General: Wilhelm Faupel und das Ibero-Amerikanisches Institut in der Zeit des Nationalsozialismus » de Günther Maihold, Günter Vollmer et Reinhard Liehr, mis en ligne par Ibero-Amerikanisches Institut, Preußischer Kulturbesitz, Berlin :

http://publications.iai.spk-berlin.de/receive/reposis-iai_mods_00000096

Je pourrais citer d’autres noms de la haute hiérarchie nazie, des noms bien moins connus que ceux de Reinhard Heydrich ou Joseph Goebbels, pour ne citer qu’eux, des noms relativement discrets, assez peu cités et qui ont pourtant eu une influence très marquée sur le « rayonnement » du nazisme hors des frontières du Reich, principalement au Moyen-Orient et dans le monde arabo-musulman. J’ai brièvement évoqué dans un article, sur ce blog même, Johann von Leers, je pourrais évoquer à présent celui de Fritz Grobba, un peu plus connu me semble-t-il que le très peu connu Wilhelm Faupel. Ci-joint, un lien intitulé « The Jinnee and the Magic Bottle – Fritz Grobba and the German Middle Eastern Policy 1900-1945 » de Wolfgang G. Schwanitz :

http://www.trafoberlin.de/pdf-dateien/Fritz%20Grobba%20Germany%20Middle%20%20East.pdf

Olivier Ypsilantis

 

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