Le mirandês (lhéngua mirandesa), une langue du Portugal.

 

La Lhéngua Mirandesa, doce cumo ua meligrana, guapa i capechana, nun yê de onte, detrasdonte ou trasdontonte mas cunta cun uito séclos de eijistência.  

 

Dans un recoin du Portugal, tout en haut, au Nord-Est, le long du Douro qui fait frontière avec l’Espagne, le voyageur traverse des villages où l’on parle deux langues : le portugais (português) mais aussi le mirandês, deux langues qui coexistent en diglossie. Wikipedia propose une définition précise de ce qu’est la diglossie : « En sociolinguistique, la diglossie désigne l’état dans lequel se trouvent deux variétés linguistiques coexistant sur un territoire donné et ayant, pour des motifs historiques et politiques, des statuts et des fonctions sociales distincts, l’une étant représentée comme supérieure et l’autre inférieure au sein de la population. Les deux variétés peuvent être des dialectes d’une même langue ou bien appartenir à deux langues différentes. »

Dans ce recoin du Portugal, le portugais est utilisé en toute circonstance ; le mirandês quant à lui est généralement confiné au cercle familial et aux relations entre voisins. Depuis quelque temps, dans l’enseignement secondaire, le mirandês est enseigné comme matière facultative et durant deux années.

L’origine du mirandês remonte à cette époque au cours de laquelle, dans une zone beaucoup plus vaste que celle qu’il occupe aujourd’hui (incluant les Asturias et Léon), commencent à s’élaborer des langues romanes ayant de nombreux traits communs, des langues distinctes d’autres langues romanes elles aussi en formation, avec, d’un côté, le galego-português et, de l’autre, le castellano. Ce premier groupe donnera le leonês, une dénomination à laquelle s’est substituée celle d’asturo-leonês car elle rend mieux compte de l’aire géographique et de l’ère historique correspondant à l’extension et à la durée de cette langue ou, plus exactement, de ce groupe de langues qui a traversé les siècles sans l’appui d’une écriture spécifique. Même au temps de sa splendeur, on n’écrivait qu’en latin ; et, passée cette période, seules les langues se rattachant à un pouvoir fort et centralisé susciteront des écrits en langues romanes qui finiront par établir des normes et, ainsi, confirmer des tendances unificatrices.

 

Aire du mirandês

 

Côté espagnol, de l’antique groupe asturo-leonês, seul l’asturiano put acquérir un statut de langue officielle. Il est aujourd’hui relativement protégé. Dans la Principauté des Asturies (Principado de Asturias), l’asturiano bénéficie de l’intérêt d’institutions et de personnalités. Il est à présent doté d’un système orthographique souple qui épouse les divers parlers qui se rattachent à lui. Ce système n’est toutefois pas adapté au mirandês qui appartient pourtant au même continuum linguistique. L’asturiano et le mirandês occupent des aires éloignées l’une de l’autre, ce qui donne des différences significatives à l’oral, ce que les normes orthographiques respectives ne peuvent ignorer.

Divers facteurs (parmi lesquels l’influence respective de l’espagnol et du portugais) ont contrarié une cohérence de l’écriture du mirandês. Il manquait des normes capables de l’unifier tout en respectant ses variations.

L’aire du mirandês s’étend le long du Douro, dans la région de Miranda do Douro (Miranda de l Douro), Sede de Conselho, sur une aire d’environ quinze kilomètres sur trente également connue comme les áreas leonesas em Portugal. L’élaboration d’un modèle unificateur se proposa de faciliter la communication dans cette aire tout en assimilant les variations du parler mirandês entre villages. Combien sont-ils à parler cette langue ? Le nombre auquel j’ai pu avoir accès varie de moins de dix mille locuteurs à vingt mille ; posons donc une moyenne de quinze mille, le nombre que j’ai le plus souvent rencontré au cours de mes recherches. Certes, c’est un nombre réduit ; il n’empêche que cette langue est parlée au quotidien et d’une manière aussi vivante et spontanée que le sont par exemple le catalan et le galicien en Espagne.

 

« Astérix le Gaulois » a été traduit en lhéngua mirandesa, qu’on se le dise !

 

Vers la fin du XIXème siècle, un érudit, José Leite de Vasconcelos Cardoso Pereira de Melo découvre à la grande surprise de la communauté scientifique que dans un recoin du Portugal une autre langue se pratique en plus du portugais – on en revient à la diglossie. José Leite de Vasconcelos Cardoso Pereira de Melo est par ailleurs le premier érudit à avoir travaillé à l’élaboration d’une norme écrite du mirandês (lhéngua mirandesa), norme essentiellement basée sur la prononciation en cours dans le village de Duas Igrejas (Dues Eigreijas), à moins de dix kilomètres de Miranda do Douro (Miranda de l Douro). Les signes diacritiques élaborés par cet érudit finiront toutefois par susciter bien des doutes. De fait, il y eut bientôt autant de façon d’écrire le mirandês que ceux qui l’écrivaient ; et José Leite de Vasconcelos Cardoso Pereira de Melo se perdit dans son système.

Ci-joint, un lien à caractère synthétique sur José Leite de Vasconcelos Cardoso Pereira de Melo :

http://cvc.instituto-camoes.pt/hlp/biografias/jlvasconcelos.html

Je n’entrerai pas dans le détail de cette normalisation. Le curieux pourra consulter un petit livre fort détaillé : « Convençao Ortografica da Lingua Mirandesa » publié en 1999 par la Câmara Municipal de Miranda do Douro et par le Centro de Linguística da Universidad de Lisboa. Ce document prétend fournir à son tour des critères unificateurs simples afin d’écrire et de lire le mirandês. Ce faisant, il prétend également contribuer à la permanence de cette langue comme langue vivante. Ce document a été élaboré par des responsables de l’enseignement du mirandês ainsi que par des linguistes du Centro de Linguística da Universidad de Lisboa et de la Universidade de Coimbra.

 

Une référence pour le curieux et l’érudit, « Le Portugal bilingue » de Michel Cahen.

 

Ci-joint, une vidéo qui donne la parole à des habitants de Miranda do Douro. Ils s’expriment sur leurs pratiques linguistiques :

https://www.youtube.com/watch?v=asfyutVLGEg

Ci-joint, une enquête intitulée : « Mirandês a outra língua de Portugal » :

https://www.youtube.com/watch?v=mRJn-5ayNmI

 

Olivier Ypsilantis

 

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