Israël et l’Iran, de futurs alliés

 

Au général Bahram Aryana et à l’Organisation des Preux Chevaliers d’Iran, les Azadegan.

 

La situation est confuse. Je vais m’efforcer de canaliser le magma d’idées qui bouillonne en moi, en commençant par m’éloigner au moins de quelques pas du volcan médiatique.

Mais tout d’abord, je veux jouer franc-jeu, et je dois donc parler le moi, brièvement. Je suis irrémédiablement sioniste. Je suis même partisan de l’intégration de la Judée-Samarie (seule désignation dont je fais usage, pas question de « Cisjordanie » ou de « Territoires occupés ») et de la Bande de Gaza à Israël, avec activation du Elon Peace Plan. Je me prends même à espérer l’intégration du Sinaï à Israël. Je suis donc un partisan du Grand Israël (une désignation qui recouvre diverses visions, certaines bibliques – voir la Genèse), un Israël pas si grand puis qu’on en reviendrait aux conquêtes de la guerre des Six Jours, de juin 1967, soit un Israël d’environ 100 000 km2, soit plus ou moins la superficie d’un petit pays comme le Portugal. Je me permets ces précisions car les antisionistes, pris par leurs fièvres, voient Israël presqu’aussi vaste que l’Empire achéménide ou sassanide alors qu’il fait deux fois le département de la Gironde, le plus grand département de la France métropolitaine il est vrai.

 

Carte ethnique de l’Iran

 

Il y a plus. Je ne suis pas juif et je n’appartiens pas au courant du christianisme évangélique qui envisage la restauration d’Israël comme le prélude au retour de Jésus-Christ de l’Apocalypse, en accord avec une certaine lecture de la Bible. Je respecte leur croyance, je respecte leur (précieux) rapport à Israël (Israël n’a pas tant d’amis) mais je m’en distancie car je préfère m’efforcer d’envisager le judaïsme et l’histoire du peuple juif en eux-mêmes. Je ne sais si j’y parviens mais je m’y efforce.

Enfin, et pour tout dire, j’ai travaillé en Israël, dans des kibboutzim puis en tant que Volontaire de Tsahal où j’espère revenir dès que possible. Ces périodes chez Tsahal m’ont permis de mieux apprécier l’originalité de cette armée de défense et ses qualités non seulement techniques mais aussi humaines, qualités que je me suis efforcé de rendre sensibles dans une série d’articles sur ce blog même (dans Catégories, à L’Armée d’Israël), articles qu’enrichissent de nombreuses vidéos.

Lorsque Daesh était actif en Irak et en Syrie, il y a peu, il n’était guère question d’Israël. Mais on savait que sitôt les djihadistes liquidés et leurs fiefs réduits, Israël reviendrait au premier plan. Il était à l’occasion question de la destruction d’un convoi d’armes auquel les Iraniens étaient généralement mêlés, avec leurs supplétifs du Hezbollah. A présent, les pièces ont bougé sur l’échiquier. Iraniens et Israéliens sont en première ligne et face à face, avec leurs alliances – ce qui n’a rien de définitif dans cet Orient où, plus que partout ailleurs, l’ami d’aujourd’hui peut se faire l’ennemi de demain et inversement.

Le « croissant chiite » se précise, de l’Iran au Liban. Ce croissant ne correspond pas à des Protocoles élaborés par des Sages iraniens dans un lieu secret ; il est le résultat d’opportunités venues de la Guerre du Golfe (1990-1991) puis de la destruction de l’Irak de Saddam Hussein en 2003, l’Irak avec lequel l’Iran avait été en guerre de 1980 à 1988.

Que se passe-t-il à présent ? L’Iran se retrouve aux portes d’Israël, ce qui est intolérable. Il faut couper ce tentacule. L’Iran inquiète aussi nombre d’Arabes sunnites, Arabie saoudite en tête. Et, ainsi, ces Arabes fondateurs de l’islam qui par ailleurs haïssent et méprisent les Juifs depuis toujours se retrouvent-ils à leurs côtés ; et ils y resteront aussi longtemps que persistera ce danger pour mieux trahir Israël, ce qu’Israël sait.

L’Iran est pris dans une dynamique par la force des choses. Tout d’abord, ainsi que je l’ai esquissé, les chaos irakien et syrien ne sont pas le fait de l’Iran qui a en quelque sorte pris le train en marche. A présent, il veut tirer des bénéfices de son engagement, ce dont on doit l’empêcher mais ce qu’on doit comprendre. Cet engagement est soutenu par plusieurs données :

Le régime de Téhéran n’est pas monolithique (le pouvoir iranien est complexe et divers) et il est traversé de tensions. Les radicaux ont tendance à l’emporter par la fuite en avant, vieille méthode qui n’est pas spécifiquement iranienne. Cette course en avant avec rhétorique guerrière et exhibition de muscles permet par ailleurs de mieux museler les oppositions au régime et de donner l’impression d’une puissante unité.

Il faut avoir au moins un peu étudié l’histoire de ce pays, en particulier son histoire tout au long du XXe siècle, pour comprendre qu’il souffre d’un même sentiment d’encerclement qu’Israël, et que ce sentiment est dans les deux cas parfaitement justifié. J’ai évoqué cette question dans des articles que j’ai consacrés à l’Iran sur ce blog. Je ne vais donc pas y revenir. Je rappelle aussi qu’à cette sensation d’encerclement (force centripète) s’ajoute le fait que si l’Iran est un pays homogène par la religion, il est multi-ethnique, fragile, menacé d’éclatement (force centrifuge). Ses zones fragiles se situent sur sa périphérie, notamment avec le Kurdistan et, plus encore, avec le Sistan-Baloutchistan, majoritairement sunnite. Ces données essentielles sont trop souvent négligées, ce qui n’aide pas à la compréhension du dossier iranien.

Autre point important, très important, et je vais me répéter. Ce que je perçois au centre des récentes manœuvres iraniennes : une volonté de fédérer le monde musulman (Chiites et Sunnites confondus) en attaquant Israël et en lui causant autant de dommages et de pertes que possible. Les Iraniens – le peuple iranien – me semblent autrement moins travaillés par la haine d’Israël et des Juifs que ne le sont les Arabo-musulmans. Mais le régime iranien est très conscient de cette donnée : détruire Israël serait pour lui le moyen absolu de soumettre tout le monde musulman, les Sunnites en particulier qui, n’en doutons pas, s’empresseraient alors de prêter allégeance aux nouveaux maîtres. Les Arabes aiment avoir des maîtres, ils les respectent. L’islam se réconcilierait – pour un temps – sur les ruines de l’État juif, il se réconcilierait sous la férule des « héros chiites ». Ce scénario ne se produira pas mais des dirigeants iraniens le rêvent afin d’espérer prendre la tête de l’islam et se couronner d’un incomparable prestige.

Ce scénario ne se produira pas. Israël vivra et le peuple iranien mettra fin à ce régime issu de la Révolution islamique de 1979. Patience. Lorsque l’amitié entre Israël et l’Iran sera rendue possible, elle sera durable car ces deux peuples ont beaucoup à voir l’un avec l’autre. Rien de tel avec les Arabes dont l’horizon mental est plus limité. Et n’oublions pas. Ce sont ces derniers qui ont mordu les Perses et leur ont transmis la rage : l’islam. Les Perses ont adopté le chiisme (issu du monde arabe mais ultra-minoritaire dans ce monde) pour se démarquer de la majorité sunnite – des envahisseurs arabes. Le général Bahram Aryana propose plusieurs mesures antirabique – antirabique – dans son livre, « Pour une éthique iranienne » (première formulation idéologique en termes clairs du nationalisme iranien), que j’ai présenté en deux parties sur ce blog :

http://zakhor-online.com/?p=9485

http://zakhor-online.com/?p=9500

 

 

P.S. J’ai écrit ce texte il y a au moins deux semaines et, depuis, les événements se sont précipités. Israël a mené de multiples attaques aériennes contre les installations iraniennes en Syrie, coupant ou, plus exactement, écrasant ce tentacule qui menace Israël. J’ai applaudi et applaudirai encore. Le régime iranien doit comprendre qu’Israël, ce si petit pays, ne menace personne, n’a aucune visée hégémonique, que son armée est une armée de défense mais qu’elle frappera tous ceux qui l’attaquent, que ce soit directement ou en sous-main. Comme l’Égypte de Nasser, l’Iran s’est approché un peu trop près d’Israël. A présent, l’Iran sait que Qui s’y frotte s’y pique.

Le régime iranien va donc réfléchir, et d’autant plus que les Iraniens sont moins manipulables que les Arabes. Ce régime ne va pas indéfiniment cacher ses incompétences, sa corruption et ses violences contre le peuple en agitant le Juif et Israël. Je suis certain qu’une coopération féconde entre les Iraniens et les Israéliens adviendra, et dans un avenir pas si lointain. Cette certitude n’est pas naïve ; c’est pourquoi je souhaite un Israël puissant et préparé, capable de décourager l’ennemi sans tarder. Je sais que la paix au Proche-Orient et au Moyen-Orient n’est possible qu’avec un Israël fort, très fort.

L’Iran et Israël sont les pays de cette vaste région les plus aptes à coopérer, et d’abord parce qu’ils souffrent d’un sentiment d’isolement et d’encerclement, sentiment parfaitement justifié dans les deux cas, j’insiste.

Les Arabes se rapprochent d’Israël car poussés par la peur. Il n’y a pas d’autre raison à ce rapprochement. Israël le sait, bien sûr ; et, dans cette partie d’échecs, il est raisonnable de ne pas négliger cette pièce ; il est raisonnable de ne pas négliger cette pièce sans jamais perdre de vue que l’Arabe est élevé dans le mépris voire la haine des Juifs et d’Israël – Georges Bensoussan ne force pas la note lorsqu’il déclare que l’Arabe tète l’antisémitisme avec le lait de sa mère.

L’Arabe a répandu l’islam, une maladie qui a touché de nombreux peuples et qui continue à se répandre. Il ne peut être un allié d’Israël que par opportunisme, par calcul ; il ne l’est qu’à contrecœur. Les Israéliens se bouchent le nez pour endurer une telle alliance. Mais force est de reconnaître que, pour une fois, les pays arabes n’ont pas soutenu les ridicules mises en scène palestiniennes le long de la frontière de Gaza et dans le Golan ; ils l’ont fait par calcul, certes, mais ils l’ont fait. Soyons cependant sans illusion : sitôt le danger iranien écarté, ils reviendront à leur infâme radotage, relayé par nos médias de masse. Combien de citoyens – et pas nécessairement musulmans, loin s’en faut – jugent que le monde irait mieux si Israël n’existait pas, si le sionisme était banni de la Terre, combien ? On jugera mes propos outranciers et tendancieux ; je n’ai jamais cherché à être tendance, je n’ai jamais cherché à plaire ou à déplaire. Mes préoccupations sont ailleurs.

 

Maya Neyestani (né en 1973 à Téhéran). Ce dessin transcrit très exactement ce que j’éprouve depuis des années. Et je conseille la lecture de son album autobiographique, « Une métamorphose iranienne » :

http://www.bodoi.info/mana-neyestani-raconte-sa-fuite-kafkaienne-diran/

 

Olivier Ypsilantis

 

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2 Responses to Israël et l’Iran, de futurs alliés

  1. Nina says:

    D’accord sur tout. Résumé excellent.
    Il n’en demeure pas moins que l’essentiel est dans la volonté des ayatollah et des Pasdaran de nuire à Israel pour FEDERER.
    Rien que cela est déjà tragique car je reconnais l’intelligence des Perses.
    Les arabes sont prévisibles et ont semé le chaos en et hors la région avec leur salafisme, wahhabisme et autres types d’islam radical.

    Selon un journal arabe, il y aurait des négociations indirectes entre les perses et les israéliens.
    Cela se serait passé en Jordanie et la haine des juifs était au rendez-vous au point que le “messager” devait passer d’une pièce à l’autre pour les négociations.
    Le perse ne voulant absolument pas respirer le même air que le juif !
    Cela pourrait faire rire en d’autres temps mais les armes perses sont redoutables.

    Tu as oublié une chose qui pourrait arriver : Tu m’as parlé de la “marche verte” d’Hassan II du Maroc qui eut raison des espagnols et de Franco qui agonisait.

    Maintenant, supposons que sur le modèle du Hamas (lui-même instruit par l’Iran) de se masser autour d’Israel à partir du Liban ou de la Syrie.

    Oublies-tu que nous avons un pays de 80 millions d’habitants et de quelques millions supplémentaires de chiites au Pakistan, Barhein et autres endroits merveilleux ?

    Qu’arriverait-il alors si l’Iran décidait d’envoyer 1 million de civils et militaires aux frontières d’Israël ?

    Qui sera le “grand méchant loup” ? Selon la communauté internationale, cette grosse pute qui n’est qu’une entité que les journaleux adorent évoquer mais qui est informe et sans doute sur-représentée, Israël défendra ses frontières avec de bons gros missiles qui hélas fourniront encore une fois des résolutions onusiennes et des accusations ignobles.

    Pensons à ces Houtis qui s’emmerdent au Yémen, pakistanais qui sont minoritaires au pays mais veulent absolument redevenir chiites et forts sur le terrain.

    Qu’arriverait-il ?

    Ce qui s’est passé à Gaza était UNE REPETITION de ce qui risque d’arriver sous peu à partir du Liban et de la Syrie et pour bien faire flipper : un encerclement concerté avec les pasdaran qui traînent depuis un long moment au Sinaï et enfin le HAMAS !

    Je veux bien croire que ce scénario catastrophe semble pour le tout venant quelque peu improbable.

    Il n’en demeure pas moins que l’Iran va très mal économiquement et que le seul JOKER pour le guide suprême et tous les pasdaran (pour lesquels l’embargo veut dire fortunes colossales), c’est un atout essentiel pour rester au pouvoir.

    Connaissant le peuple iranien comme le champion du nationalisme, cette stratégie n’est pas à mettre sous le coude.

    Une dernière chose qui prouve que nous devrions nous méfier d’une “marche made in Téhéran” : La diaspora iranienne, suite au renoncement des USA aux accords de Vienne, a déclaré haut et fort qu’elle serait prête à retourner au pays pour le défendre.

    Tu vois Olive…Rien n’est simple. Il faut prendre selon moi en compte ce nationalisme hors du commun qui ferait revenir des opposants farouches de la république islamique d’Iran.

    Rien que ça…me fout la trouille !

  2. Shalom mitnadev,
    j’approuve ton article en tous points.
    Shalom Nina, il est vrai que le seul atout qui permettrait au régime des mollahs génocidaires de survivre aux sanctions décidées par l’administration Trump (merci à lui) serait une action massive contre Israël.
    Mais je crois ce scénario improbable. Nonobstant ses velléités nucléaires, l’armée iranienne est incapable d’effrayer l’État hébreu : aviation obsolète, marine hors d’âge, artillerie trop lointaine.
    Le seul atout de l’Iran, le nombre de ses combattants, ne peut être utilisé selon le scénario que tu évoques. Si une telle masse de soldats, même par petits groupes, se dirigeait vers les frontières, elle serait aussitôt repérée dès le franchissement des frontières iraniennes, et éradiquée comme l’ont été les convois d’armes destinés au Hezb.
    Ne pas oublier que les sous-marins nucléaires croisent dans les eaux proches de l’Iran.

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