Notes éparses sur l’art – 8/9

 

Nombre de peintures de Georges Rouault pourraient être sans peine interprétées en vitrail, avec leur aspect fortement cloisonné. Même remarque avec nombre de peintures de Marcel Gromaire.

Le plus esthétique des peintres cubistes, Juan Gris, tant par la composition (le dessin) que la palette (la couleur).

Étudier les relations Cubisme / Futurisme. Un air de famille. Le Futurisme comme du Cubisme mis franchement en mouvement.

Une même préoccupation entre « Nu descendant un escalier n°2 » (1912) de Marcel Duchamp et « Formes uniques dans la continuité de l’espace » (1913) d’Umberto Boccioni, deux œuvres-manifestes.

L’impact des recherches du Futurisme italien sur le Constructivisme russe. Voir les études d’Antonio Sant’Elia. Les relations entre Fascisme et Futurisme, Fascisme et Novecento. L’engagement artistique mais aussi physique de nombre de Futuristes. Marinetti et Mario Carli ainsi que Luigi Russolo sont blessés au cours de la Première Guerre mondiale – ce dernier plus gravement que les autres. Antonio Sant’Elia est tué au cours de cette même guerre.

Un projet d’Antonio Sant’Elia, 1914.

 

Autre air de famille, des peintures du Futurisme et des peintures de Franz Marc.

Les maisons unifamiliales de Frank Lloyd Wright, une tension horizontale avec ces différents niveaux de lignes parallèles puissamment soulignés, une manière simple et efficace d’intégrer ces constructions à leur environnement. Par ailleurs, Frank Lloyd Wright s’efforce de réduire autant que possible la différenciation extérieur / intérieur – une influence japonaise ? Voir Robie House (1908-1910), Chicago, une synthèse de ses recherches sur l’architecture domestique, des propositions qui seront reprises par le néoplasticisme.

La peinture la plus puissamment dessinée du XXe siècle est probablement celle de Max Beckmann ; c’est ce que m’avait confié A. de K., dans un café de la rue des Beaux-Arts, au cours de nos années d’études. A présent, je ne puis plus entendre ou lire ce nom, Max  Beckman, sans penser à cet ami décédé.

Mon bien-être précis devant certaines peintures d’Yves Tanguy, un bien-être que j’ai commencé à éprouver en contemplant une reproduction de « Jour de lenteur » dans un livre scolaire.

L’extraordinaire éloquence du « Baiser » de Brancusi, une éloquence toujours plus marquée à mesure que ses versions tendent vers l’abstraction. Le symbole est éloquent parce que pur, et plus il est pur plus il est éloquent. L’extraordinaire éloquence (érotique) de « Homme et Femme » d’Alberto Giacometti.

L’architecture comme art intégrateur. Voir les préoccupations du fondateur du Bauhaus, Walter Gropius, désireux, et dès le début, de faire fusionner arts appliqués et beaux-arts, d’engager la plus étroite collaboration entre artisans et artistes. La phase la plus féconde du Bauhaus, 1925-1930, à Dessau. Son dernier responsable, Ludwig van der Rohe.

Une fois encore, je préfère Jorge de Oteiza à Eduardo Chillida et pour diverses raisons. L’une d’elles domine : la sculpture de Jorge de Oteiza est plus élégante et plus précise que celle de son compatriote. Il y a des lourdeurs et des mollesses chez Eduardo Chillida.

Parmi les plus beaux portraits de femmes, celui d’Irma Brunner, un pastel que Manet réalisa vers la fin de sa vie

Le plaisir que j’ai depuis mon enfance à détailler certaines réalisations de la Chicago School, en particulier le Wainwright Building de Louis H. Sullivan. Cette rigueur – ce fonctionnalisme – dans laquelle sont placés suivant un rythme implacablement régulier de délicats panneaux d’entrelacs dont la composition varie discrètement d’un étage à l’autre.

Un détail du Wainwright Building de Louis H. Sullivan (St. Louis, Missouri, 1891)

 

L’immense stature de William Morris. Comment un même homme a-t-il pu entreprendre tant de choses ?

Le neomanuelino. Sa réalisation la plus emblématique, la façade de la Estação do Rossio (terminée en 1887) de l’architecte José Luís Monteiro. Le neomanuelino, un style typiquement portugais, s’insère dans les courants européens de l’éclectisme historiciste et du néo-gothique de la seconde moitié du XIXe siècle.

Un air de famille parfois : Gustav Klimt / Friedensreich Hundertwasser.

L’extraordinaire douceur des visages de Medardo Rosso, une douceur liée au traitement (au style) mais aussi au matériau employé, de la cire. Un air de famille encore, Medardo Rosso / Eugène Carrière.

 Medardo Rosso, « Ecce Puer », 1906.

 

Des rapports d’ambiance encore : des lithographies d’Odilon Redon et des dessins d’Alfred Kubin.

Ces façades anglaises qui ne sont que fenêtres, comme celle de Hardwick Hall (Derbyshire). Le bien-être particulier, infiniment délicieux, que l’on doit éprouver les jours d’averses dans ces pièces toujours lumineuses. Et le son de l’averse contre tant de carreaux ! On ferme alors les yeux…

Piranesi célèbre Rome et ses architectures avec autant de conviction que Winckelmann célèbre la Grèce et sa statuaire.

Mon plaisir jamais démenti à détailler les ruines peintes ou dessinées par Hubert Robert, à m’y promener. Hubert Robert, probablement l’un des artistes chez lequel j’ai le plus plaisir à m’inviter.

Le néo-palladianisme anglais, notamment avec Richard Boyle. Voir Chiswick House. Les demeures de campagne pour l’aristocratie anglaise de Colen Campbell.

L’art indien, trop chargé. Temples couverts d’étouffants foisonnements. Je pars me reposer dans le silence des espaces de la peinture chinoise où la perspective s’étage dans des brumes douces, avec parfois un promeneur si modeste, sur un sentier suggéré.

Le sein de la Vierge de Melun (milieu XVe siècle, une œuvre de Jean Fouquet) a une perfection (une rondeur) indienne. Voir les sculptures du Kandariya Mahadeva Temple (Khajuraho), en Inde.

Luca Signorelli et ses « démonstrations » anatomiques, avec musculatures paroxysmiques comme constituées de pièces d’armures.

S’il me fallait citer une peinture hallucinante (et hallucinée), je citerais sans hésiter « La bataille d’Alexandre à Issos » d’Albrecht Altdorfer. Il est vrai que je pourrais également citer « Le Jardin des Délices » de Jérôme Bosch. S’il me fallait citer une gravure hallucinante (et hallucinée), je citerais sans hésiter « La Tentation de saint Antoine » de Lucas Cranach. Il est vrai que je pourrais également citer ce même sujet traité par Jacques Callot.

L’élégance de Jean-Émile Laboureur avec, notamment, ses burins. Son cubisme si élégant, avec ces « Petites images de la guerre sur le front britannique » (1916).

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

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