Des “Je me souviens”…

 

En Header, deux pages des “Je me souviens” de Georges Perec.

 

C’est un peu comme Perec que je me souviens / De l’académie des neuf et des temples égyptiens, chante MC Solaar dans « Les temps changent ».

 

Je me souviens de mon plaisir à suivre les exploits de Quick et Flupke, à me glisser dans l’ambiance que définissent ces images aux couleurs franches et aux plans simples avec larges à-plats purs de tout détail, la marque Hergé.

 

Quick et Flupke de Hergé

 

Je me souviens de l’antre du bouquiniste du 15 rue de l’Odéon. Et mes souvenirs me replacent plutôt dans ces jours de pluie qui donnaient à l’antre un aspect bien mystérieux et qui exaltaient l’odeur (mais il me faudrait dire le parfum) du vieux papier, une odeur qui était déjà une promesse de voyage – le plus vaste des voyages : la lecture.

Je me souviens du bruit que faisait chacune des portes qui me conduisaient à l’appartement de ma grand-mère, rue Delambre, à Paris, surtout de celui que faisaient les portes de l’ascenseur. Je ne puis penser à elle sans que ne me reviennent ces bruits, simples, précis, mécaniques. Je me souviens de l’odeur du tapis persan dans son entrée, une odeur de laine et de poussière légère, un tapis sur lequel je faisais manœuvrer les soldats de plomb qui avaient appartenu à mon père. J’aimais tout particulièrement les spahis dont les longues capes rouges retombaient en lourds plis sur les croupes de leurs chevaux.

Je me souviens de l’odeur de la cire dans le grand escalier en chêne de Cesson et du O’Cedar Mop que la domestique passait sur chacune des marches, sur les paliers et les parquets des pièces.

Je me souviens d’avoir lu « Le faisceau de Georges Valois » de Jean-Maurice Duval alors que je venais d’arriver à Toulouse, en 1990. Cette lecture reste inséparable de mes premières impressions de cette ville empoissée par le soleil d’été où les moustiques (avec la Garonne et ses canaux) venaient nous agacer jusque dans le centre-ville. Quant au livre lui-même, je me souviens de l’avoir lu avec attention, mais sans lui prêter pour autant une importance particulière, pas plus d’importance que je n’en prête généralement aux doctrines politiques ou sociales. Je les range assez vite dans le cabinet des curiosités après les avoir étudiées.

Je me souviens de « I remember » de TQ Feat. Jagged Edge :

https://www.youtube.com/watch?v=iGCuf4vkt3c

http://www.songlyrics.com/tq-feat-jagged-edge/i-remember-lyrics/

Je me souviens de l’édition dans laquelle on nous avait fait étudier « Les rêveries du promeneur solitaire » de Jean-Jacques Rousseau, Le Livre de Poche, avec un fond vert pâle sur lequel ressortait une fleurs d’églantier, de rose sauvage donc, d’un rose très pâle. A ce propos, je me souviens que Jean-Jacques Rousseau écrivit sur des supports variés, en particulier des cartes à jouer.

 

Notes prises par Jean-Jacques Rousseau sur une carte à jouer pour « Les rêveries du promeneur solitaire »

 

Je me souviens de « Eu Me Lembro » de Clarice Falcão et Silva, avec refrain : E foi assim que eu vi que a vida / Colocou ele/ela pra mim / Ali naquela terça-feira/quinta-feira / De setembro/dezembro / Por isso eu sei de cada luz / De cada cor de cor / Pode me perguntar de cada coisa / Que eu me lembro :

https://www.youtube.com/watch?v=olbbAuQUZd4

Je me souviens de Tout l’Univers, cette revue publiée par Hachette qui se définissait comme la première revue encyclopédique hebdomadaire. Je me souviens de mon plaisir à y mémoriser des mots issus de lexiques variés : animaux préhistoriques, flore sous-marine, éléments d’armures, armes, voiles de grands voiliers, etc., un plaisir plus grand que celui que me donnaient les meilleurs desserts. Je laissais les mots fondre dans ma bouche…

Je me souviens de Savignac, de Villemot, de Loupot, de Paul Colin, de Cassandre, de Cappiello, de Carlu et d’autres affichistes, je m’en souviens car ma mère m’en parlait volontiers. Ainsi, je ne puis entendre l’un de ces noms sans penser à elle. Mais tant de choses me font penser automatiquement à elle : Monet, l’architecture romane, Rouault, Soutine, Foujita, le Quattrocento (avec Fra Angelico surtout), tant de choses. Mais lorsque je dis que je me souviens des affichistes ci-dessus énumérés, il faut entendre deux choses. Hormis Savignac et Villemot, je me souviens des autres noms par des livres feuilletés, d’abord en compagnie de ma mère qui me les commentait lorsque j’étais enfant. Quant à Savignac et Villemot, je me souviens de certaines de leurs affiches dans les rues et le métro de Paris, Villemot surtout. Ma mémoire me permet de mettre quelques-unes d’entre elles en situation : des stations du métro de Paris – leurs noms ? – et des abribus JC Decaux. Dans mon souvenir, ces affiches sont toutes Orangina. A ce propos, je me souviens de mon plaisir à visiter sa première grande rétrospective, à la Bibliothèque Forney, dans le Marais. Au cours de cette exposition (c’était dans les premiers jours de l’année 2013), je me suis souvenu – j’ai revécu – mon plaisir face à ces affiches qui m’ôtèrent à la grisaille parisienne et banlieusarde, à la tristesse du métro.

 

L’une des nombreuses affiches de Villemot pour Orangina

 

 Je me souviens de Lara Fabian qui n’oublie rien de rien… :

https://www.youtube.com/watch?v=L6BZFz4wh5g

Je me souviens qu’Alain Poher a été deux fois président de la République (par intérim) et que des rigolos laissaient entendre que d’intérim en intérim il finirait bien par faire un septennat…

A ce propos, je me souviens que le septennat a été aboli (pour le quinquennat) par Jacques Chirac, suite à un référendum.

Je me souviens (Eu lembro) d’avoir étudié la conjugaison du verbe lembrar dans une pastelaria-confeitaria de Lisbonne.

Je me souviens de la chambre de Biarritz où, dans un coin du plafond, se lisaient les éclats lumineux du phare de la pointe Saint-Martin. Je m’endormais en les comptant.

Je me souviens de « Je me souviens encore mieux de Je me souviens » de Roland Brasseur, sous-titré « Notes pour Je me souviens de Georges Perec à l’usage des générations oublieuses et de celles qui n’ont jamais vu » :

https://sites.google.com/site/rolandbrasseur/3—autour-du-je-me-souviens-de-georges-perec

Je me souviens de « Me acuerdo » du Portoricain Vico C. Me acuerdo cuando te entregaste a mí / me acuerdo como me aferraba yo a ti… :

https://www.youtube.com/watch?v=z7NGZWD0bf4

Je me souviens de « I remember » de Damien Rice, de ce passage surtout (j’ai oublié les autres) : I remember it well / There was wet in your hair / I was stood in the stairs / And time stopped moving.

Je me souviens de ces cafés toulousains où je relevais des brèves de comptoir, et de cette « Tentative d’épuisement d’un lieu toulousain » (encore un exercice pérecquien) à laquelle je travaillai, un été, sur la place du Capitole.

 

La place du Capitole à Toulouse

  

Et, une fois encore, je me souviens de « Je me souviens » et de « Les temps changent » de MC Solaar :

https://www.youtube.com/watch?v=kykALhgZ9zc

https://www.youtube.com/watch?v=FIZGNAF1j00

Je me souviens en cours d’espagnol de l’attention qu’il nous fallait prêter à la différence d’emploi entre les verbes recordar et acordarse de. Me acuerdo, me recuerdo…

Je me souviens du documentaire de Luiz Fernando Lobo, « Eu me lembro » (voir les Caravanas da Anistia, au Brésil dans ce cas). Cette formule incantatoire, « Je me souviens » (et dans toutes les langues du monde, le portugais-brésilien en l’occurrence), est aussi une arme de dénonciation, une arme politique :

https://www.youtube.com/watch?v=BqZVzVRuDE8

Olivier Ypsilantis

 

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