En lisant le quotidien espagnol « El Mundo »

 

Dans le numéro du 1er février 2017. Exposition à la Biblioteca Nacional de España (BNE) sous le titre « El hallazgo del pasado. Alfonso X el Sabio y la Estoria de España ». « Estoria de España » (publié vers 1270), une œuvre de référence pour l’étude de la littérature espagnole médiévale. Consulter le lien : http://estoria.bham.ac.uk élaboré par la University of Birmingham sous la direction d’Aengus Ward. Les spécialistes convoqués par Alfonso X furent chargés de retracer l’histoire des peuples de la Péninsule ibérique, des débuts du monde à son règne. Parmi les documents utilisés à cet effet, deux d’entre eux ressortent (ils figurent dans la présente exposition) : « Historia de los hechos de España » de l’archevêque de Toledo, Rodrigo Jiménez de Rada, et « Chronicon mundi » de Lucas de Tuy. A noter qu’il existe plusieurs versions de « Estoria de España », inachevées et partiellement conservées : la primitiva, la crítica (une refonte du texte original, pour l’essentiel) et la sanchina, avec glose et amplification datant du règne de Sancho IV, fils d’Alfonso X. « Estoria de España », ce livre majeur de l’histoire espagnole, a généré une énorme quantité de versions après la mort d’Alfonso X. Ramón Menéndez Pidal y a mis de l’ordre avec son édition critique de 1906 qui reste une référence.

 

Alfonso X el Sabio (1221-1284), sculpture de José Alcoverro Amorós, de 1892, située devant la Biblioteca Nacional de España (Madrid).

 

Dans le numéro du 8 février 2017. En double page un article sur Tzvetan Todorov, né en 1939 et décédé le 7 février 2017. Il avait reçu le Príncipe de Asturias de Ciencias Sociales en 2008. Je me suis surtout intéressé à cet auteur interdisciplinaire pour ses écrits sur la mémoire. Ils contiennent des mises en garde, notamment quant à cette manie de l’analogie qui favorise l’incompréhension et l’injustice, une manie qui se propage et qui est avant tout le produit de la paresse intellectuelle. Son humanisme critique, soit la forme résolument moderne de l’humanisme (voir Primo Levi et Vassili Grossman). L’humanisme critique, soit prendre la mesure de l’horreur que l’homme peut infliger à l’homme (la mémoire du mal) mais, par ailleurs, affirmer la possibilité du bien, un bien pratiqué d’homme à homme, direct, tournant le dos à cette volonté de bien universel et absolu – le Paradis sur Terre – qui n’a jamais conduit qu’à des inepties voire des horreurs.

 

Dans le numéro du 12 mars 2017. Un titre : « Las víctimas reclaman « toda la verdad » sobre la matanza del 11-M » et son sous-titre : « Exigen que la Justicia depure los « misteriosos » informes que aparecen trece años después ». 11 mars 2004, Madrid est la scène du pire attentat commis sur le sol européen. Cent quatre-vingt-onze morts et près de deux mille blessés. Un attentat toujours entouré de mystère. Les associations de victimes ont le sentiment que l’enquête a été mal menée, bâclée et qu’on leur cache des choses. A l’occasion des cérémonies commémoratives, à Madrid, ces associations réitèrent leurs exigences, notamment quant à l’accès à ces « misteriosos informes policiales guardados en cajones ». Le sentiment que la volonté de poursuivre l’enquête s’est étiolée et même que l’affaire a été définitivement classée. Sans donner dans la théorie de la conspiration à laquelle se shoote par exemple (avec produits très élaborés) le Réseau Voltaire pour la liberté d’expression (fondé en 1994) et son président-fondateur Thierry Meyssan, très intelligent mais d’une intelligence dévoyée, l’enquête sur cet attentat m’a toujours semblé confuse, étrangement confuse. Et je laisse de côté la confusion des premiers moments, avec l’E.T.A. Ci-joint, en lien, un long article publié par le site du Réseau Voltaire : Voltairenet.org : « Attentats de Madrid : l’hypothèse atlantiste » de Matthieu Miquel, daté du 6 novembre 2009, et vous laisse goûter cette soupe riche en ingrédients. Et il faut lire ce qu’écrit le Réseau Voltaire sur les attentats du 11 septembre 2001. Lorsque je suis fatigué, je me laisse presque aller à leurs théories (de la conspiration, du complot) :

http://www.voltairenet.org/article162639.html

 

Dans le numéro du 19 février 2017. Centenaire de la naissance de Rafael García Serrano (Pamplona, 1917 – Madrid, 1988), un écrivain phalangiste quelque peu à part dans le cénacle les écrivains de la « literatura de camisa azul » (voir Agustín de Foxá, Rafael Sánchez Mazas et Felipe Ximénez de Sandoval), avec leur style non dénué de préciosité et quelque peu décadent. Rafael García Serrano, lui, est un révolutionnaire et prône la violence comme la prônent les Futuristes : la violence du style et des thèmes, la violence envisagée comme beauté absolue et point de passage obligé vers un monde nouveau, une attitude assez courante chez les artistes et intellectuels du début du XXe siècle.


Une vue de Corbera d’Ebre (province de Tarragona) laissé en l’état, à titre de souvenir après les combats (juillet à novembre 1938), comme l’a été Belchite (province de Zaragoza). A Belchite comme à Corbera d’Ebre, un pueblo nuevo a été édifié à côté des ruines :

https://www.youtube.com/watch?v=oeTfu8ENZEs

 

La part la plus belle de l’œuvre de Rafael García Serrano est celle des débuts, des œuvres directement inspirées de la guerre, avec ces trois ouvrages : « Eugenio o proclamación de la primavera », « La fiel infantería » (son meilleur livre) et « Plaza del Castillo ». Le premier de ces livres est dédié à José Antonio Primo de Rivera. Ces écrits s’inscrivent dans le meilleur de la littérature phalangiste, dont « Vida de Sócrates » d’Antonio Tovar, considéré par José-Carlos Mainer comme l’œuvre phalangiste par excellence. « La fiel infantería » rend compte de l’implication de Rafael García Serrano dans la bataille de l’Ebre. Ce livre reste une référence avec « Pascal Duarte » de Camilio José Cela pour l’étude des représentants du terrible. C’est un document essentiel, par le style d’abord, mais aussi parce qu’il rend compte de la plus vaste bataille de la Guerre Civile d’Espagne (de la fin juillet à la mi-novembre 1938). Outre sa beauté formelle, « La fiel infantería » appuie les conclusions de certains historiens selon lesquels la rébellion contre la République ne fut pas une réaction phalangiste à la soviétisation de la société mais au parlementarisme, à l’ordre bourgeois, au cosmopolitisme des villes, à la démocratie. A noter que ce roman ne fut pas vraiment bien accueilli par les autorités ecclésiastiques, considérant son style, son « lenguaje fuerte ». Jusqu’en 1958, rien ne fut fait pour le promouvoir. Il lui fallut attendre que le franquisme ait neutralisé la fièvre phalangiste et que le souvenir de José Antonio Primo de Rivera se soit estompé.

 

Olivier Ypsilantis

 

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