Griffonné entre le 15 et le 25 juin 2017 – 2/5

 

Considérant mon Y-chromosome DNA haplogroup R1a (subclass M417 / R1a1a1), et d’après l’article d’Igor L. Rozhanskii et Anatole A. Klyosov intitulé « Haplogroup R1a, Its Subclades and Branches in Europe during the Last 9000 Years » : « At some point, apparently between 20 and 15 thousand ybp, the bearers of R1a began a migration to the west, through Tibet and over the Himalayas. They arrived in Hindustan no later than 12,000 ybp. They apparently continued their way across the Iranian Plateau, along East Anatolia and the rest of Asia Minor between 10,000 and 9000 ybp. By ~9000 ybp they arrived in the Balkans and spread westward over Europe and to the British Isles ». (ybp, soit : years before present).

En double page de “El Mundo” du 30 avril 2017, j’ai le plaisir de trouver un article sur Adolf Schulten, cet archéologue allemand bien moins connu que Heinrich Schliemann, et pourtant… Le 12 août 1905, à six ou sept kilomètres au nord de Soria (Castilla y León), sur le Cerro de la Muela, à Garray, il découvrit ce qu’il pensait trouver là : les vestiges de Numancia sous la ville romaine, vestiges de la ville celtibère rasée par les Romains après un siège particulièrement long. Homme au caractère romantique, Adolf Schulten avait lu dans sa jeunesse l’histoire du siège de cette ville, en 133 av. J.-C., et de ses habitants qui avaient préféré se suicider plutôt que de tomber entre les mains des Romains. Cette résistance nous a laissé l’expression resistancia numantina. Après avoir découvert Numancia, Adolf Schulten se mit en tête de découvrir une autre ville, Tartessos, considérée par les Grecs comme la première civilisation occidentale. Mais ses fouilles, près de l’embouchure du Guadalquivir, ne donnèrent rien.

 

Adolf Schulten (1870-1960)

 

Un article dans « El País » du 1er mai 2017, titre : « Pérez Siquier, el primer fotógrafo español con museo ». Ce musée a été inauguré dans un village de la province d’Almería, Olula del Río, une province riche de ses photographes qui ont interrogé des espaces uniques en Europe, des espaces qui mettent en contact direct avec l’Afrique (pensons au Rif marocain) et l’Amérique, avec ses paysages du Far West qui ont précisément été célébrés dans cette province d’Espagne mais aussi en d’autres provinces de ce pays (voir les décors où ont été tournés certains films de Clint Eastwood). J’aime les espaces que propose Carlos Pérez Siquier (né en 1930 à Almería), des espaces où l’homme est plutôt en marge mais où ses constructions (des petites constructions cubiques, isolées ou groupées en hameaux, en villages) sont bien présentes et participent à la structuration de ses compositions. Carlos Pérez Siquier est par ailleurs le cofondateur, en 1956, de la revue AFAL (éditée par la Agrupación fotográfica almeriense) avec José María Artero. C’est en 1956 qu’il réalise sa série néo-réaliste sur le quartier de La Chanca à Almería. Cette série en noir et blanc et de grand format occupe à présent l’une des cinq salles du musée de Olula del Río. La revue AFAL est une pièce maîtresse de la mémoire espagnole. Sa vie a pourtant été courte : née en 1956, sa vie s’est arrêtée en 1963. Une salle du Museo Reina Sofia (Madrid) a été inaugurée en mai 2016, grâce aux archives du groupe AFAL cédées par Carlos Pérez Siquier.

 

 La Isleta del Moro (Almería) en 1970, Carlos Pérez Siquier.

 

Aurélien Marq écrit dans un article intitulé « Pour vaincre l’islamisme, détruire Daech ne suffit pas – La lutte doit aussi être culturelle » (dans la partie intitulée « Après Daech, cinq hypothèses », ce qui suit constituant la quatrième hypothèse) : « Rattachement à Riyad. L’idéologie wahhabite de l’Arabie saoudite est presque exactement la même que celle de l’ « État islamique », elle est un véritable État, possède les lieux saints de l’Islam, et défie ouvertement la communauté internationale en jouant un double jeu que tout le monde connaît mais que peu osent dénoncer. Certes, on imagine mal les cadres de l’EI accepter l’autorité des Al Saoud, et on voit mal la famille régnante prendre le risque d’offrir un asile aux responsables du califat. D’une part, de crainte des retombées en termes de relations internationales, d’autre part de peur de les voir ensuite se retourner contre eux, comme jadis l’Ikhwan. Mais il en va tout autrement des simples soldats et des soutiens idéologiques du califat. L’Arabie saoudite, où toute critique de l’islam peut être punie de mort, a bien obtenu la bénédiction des Américains pour diriger des programmes de déradicalisation ! Manière à peine voilée d’offrir un refuge aux combattants de l’EI, sans doute en échange de leur aide contre l’Iran, et avec la bénédiction des États-Unis. Car quel meilleur moyen pour réconcilier d’anciens adversaires que de leur désigner un ennemi commun ? En ravivant sa lutte contre Téhéran, Riyad se positionne en alternative crédible au califat pour ceux qu’anime avant tout la haine des Chiites ». Ces lignes sont les plus pertinentes de cet article.

Ci-joint, un article intitulé « La main des Saoudiens et des États-Unis dans les attentats de Téhéran pousse à une guerre totale ». Il est signé Finian Cunningham. Cette analyse rejoint en partie ce que j’éprouve depuis quelque temps. Je sais que derrière RT se tient la Russie ; et alors ? Faut-il bannir systématiquement cette voix et s’en tenir au jeu de Donald Trump (que je sais par ailleurs apprécier, notamment dans sa défense d’Israël) et de l’Arabie saoudite ? :

https://francais.rt.com/opinions/39732-main-saoudiens-etats-unis-dans-attentats-teheran-pousse-guerre-totale

Le dessinateur Dry Bones (Yaakov Kirschnen) a publié des dessins particulièrement éloquents au sujet de l’Arabie saoudite. Chacun de ces dessins invitent à une réflexion prolongée. L’un d’eux dit tout ce qu’il y a à dire sur la question, avec ce style laconique qui fait le génie de ce dessinateur israélien : on y voit un Saoudien qui se regarde dans un miroir avec en légende : « Saudi Arabi has agreed to keep an eye on groups promoting radical islam ». Et le sourire conduit à la réflexion.

 

Françoise Frenkel (1889-1975)

 

Un article très émouvant, une surprise dans « El País » du 7 février 2017. Il s’agit d’une découverte fortuite, un livre dégoté par un chineur, l’écrivain Michel Francesconi, dans un déballage des compagnons d’Emmaüs, à Nice, en 2010, un livre à la couverture sobre intitulé « Rien où poser la tête ». Le titre l’attira. Françoise Frenkel (Frymeta Idesa Frenkel, née en 1889 dans la région de Lódz), une Juive polonaise, est l’auteur de ce livre – son seul livre –, édité par J.-H. Jeheber S.A., à Genève, en 1945. Il était tombé dans l’oubli peu après sa parution. Il a été réédité par Gallimard (collection L’Arbalète/Gallimard) en octobre 2015, avec une préface de Patrick Modiano. Ce récit a été directement écrit en français.

Françoise Frenkel étudie la littérature à la Sorbonne puis fonde en 1921 la première librairie française de Berlin, La Maison du Livre où elle travaille avec son mari, Simon Raichenstein (arrêté par la police française à Paris, en juillet 1942, assassiné le 19 août de la même année à Auschwitz) qui n’apparaît à aucun moment dans les pages de son récit. De nombreux écrivains français passent par sa librairie, parmi lesquels Colette et André Gide. Les Allemands viennent aussi, peu à peu, de plus en plus nombreux. Elle note dans son livre : « L’élite allemande commença à paraître, d’abord très prudemment, dans ce nouveau havre du livre français. Puis les Allemands se montrèrent de plus en plus nombreux : philologues, professeurs, étudiants, et les représentants de cette aristocratie dont l’éducation fut fortement influencée par la culture française ». Au cours de l’été 1939, elle quitte un Berlin devenu invivable pour une Juive et se réfugie à Paris où elle reste neuf mois avant de partir en mai 1940 pour le sud de la France. A Paris, elle a laissé dans le garde-meuble du Colisée et des Champs-Élysées une malle contenant tous ses biens. Le reçu a été reproduit dans l’article de « El País » en question. On peut y lire : « Reçu de Madame Frenkel 14 rue Lauriston, Paris XVIème, une malle jaune… » Un tampon nazi y est apposé, avec ce mot qui barre la fiche : BESCHLAGNAHMT ! (soit : CONFISQUÉ !). Vie errante, précaire, Avignon, Vichy, Nice, Annecy puis fuite vers la Suisse où elle se fait arrêter une première fois avant de parvenir à en franchir la frontière, en juin 1943. En Suisse où elle séjourne jusqu’à la fin de la guerre, elle rédige ce livre, un livre que je viens de commander pour en faire une recension sur ce blog. Entre 1945 et 1975 (année de sa mort, en janvier, à Nice), on ne sait rien d’elle. Michel Francesconi lut ce livre d’une traite, l’envoya à son ami Frédéric Maria qui le lut avec un même entrain et l’envoya à Thomas Simonnet, directeur de la collection L’Arbalète chez Gallimard, qui enfin l’envoya à Patrick Modiano.

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

 

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