En relisant Ernst Jünger – 2/4

 

« Il y a deux sortes de disciplines : l’une qui agit du dehors vers le dedans, comme une substance caustique, et qui durcit l’homme, et une autre qui rayonne d’un noyau vers le dehors ainsi qu’une lumière, et qui, sans rien lui retirer de sa douceur, rend l’homme intrépide. Pour obtenir la première nous avons toujours besoin de maîtres, mais la seconde naît souvent en nous comme une semence. » (Ernst Jünger, « Journal I : jardins et routes – 1939-1940 »)

 

Un blog a titré l’un de ses articles : « Ernst Jünger, écrivain à l’esprit libre en un siècle totalitaire ». Je n’ai jamais vu autrement cet écrivain allemand.

Mais j’en reviens à l’État universel. Pour Ernst Jünger, il ne s’agit ni d’un monde sans État ni d’un État total. Le concept de patrie (Heimat) reste pour lui fondamental, la patrie qui n’est pas l’État, l’État universel qui ne peut prétendre gommer la pluralité des patries qui passeront simplement au deuxième plan.

 

Ernst Jünger (1895-1998)

 

Lorsqu’il était soldat, la lecture comptait plus que l’action elle-même. Il répète que tout au long de sa vie les classiques ont été des vaisseaux à bord desquels il naviguait au-delà du temps et de l’espace. L’impression de vivre plus intensément dans les livres que dans les événements, dont la guerre elle-même. On se souvient de l’importance qu’eut pour lui la lecture de l’Arioste au cours de la Grande Guerre. La lecture mais aussi l’écriture, l’écriture qui lui fait revivre la guerre en observateur. Il faut lire « Orages d’acier » mais aussi ses carnets récemment édités et qui serviront de matériau à ce livre qui l’a rendu célèbre dès sa parution. Ci-joint, quelques extraits de ses carnets de la guerre 1914-1918, soit une quinzaine de carnets qu’il rédigeait dès que les combats lui en laissaient le temps :

http://bibliobs.nouvelobs.com/documents/20140102.OBS1244/tout-est-rempli-de-morts-les-carnets-de-guerre-d-ernst-junger.html

Ernst Jünger fait cette remarque (et il n’est pas le seul à la faire) : il y a une différence fondamentale entre la Première et la Seconde Guerre mondiale : la Première fut une guerre entre nations, la Seconde fut une guerre cosmopolite. Ainsi certains idéaux qui l’avaient porté, comme ils avaient porté tant d’autres Allemands et Français, pour ne citer qu’eux, furent dans le cas de Ernst Jünger frappés d’inanition au cours de la Seconde Guerre mondiale. Une fracture s’était opérée, d’où ce repli dont rendent si magnifiquement compte les années 1939-1940 de son journal, « Jardins et routes » (« Gärten und Strassen »). Bruce Chatwin avait rencontré Ernst Jünger dans sa maison de Wilflingen et l’avait qualifié d’ « esthète en guerre ». Cette appréciation plût à Ernst Jünger. Elle lui rappela ses années parisiennes au cours desquelles il avait mené une vie mondaine, avec notamment les jeudis chez Florence Gould où il avait rencontré tout ce qui comptait à Paris.

A Paris, à l’hôtel Raphaël, son travail d’officier consiste pour l’essentiel à contrôler la correspondance. Il dit avoir détruit de nombreuses lettres qui auraient pu porter de lourds préjudices à leurs auteurs et avoir averti anonymement d’autres afin qu’ils se montrent plus prudents. Auparavant, à Laon, non loin de Reims, alors que la population avait fui la ville, il avait soudain eu la sensation qu’il en était responsable, à commencer par cette bibliothèque pleine de trésors, la bibliothèque de l’abbaye de Saint-Martin qu’il avait fait mettre en sûreté. En 1972, la ville de Laon l’invitera pour lui exprimer sa gratitude. Que ceux qui n’ont pas lu « Jardins et routes » le lisent ; c’est l’un de ses plus beaux livres, et je ne suis pas le seul à le penser. Il existe à ce propos une anecdote qui, en ces temps d’épouvante que furent les années 1939-1945, permet de desserrer un temps l’étreinte, par recentrage sur l’individu, sur la relation d’individu à individu. Sous l’Occupation, à Paris, il y avait une librairie, avenue Kléber, une librairie tenue par une femme, Jeanne Cardot. Cette femme avait refusé de quitter Paris. Elle était juive et s’appelait Cohen de son vrai nom. La fréquente visite d’Allemands en uniforme lui était un supplice. Elle avait placé dans sa devanture un petit livre qu’elle admirait, « Jardins et routes ». Un jour, elle vit entrer un officier en uniforme qui se dirigea droit sur elle pour la remercier d’avoir ainsi placé son livre en évidence. Elle en fut bouleversée. L’hôtel Raphaël n’était qu’à quelques minutes à pied ; et Ernst Jünger revint souvent lui acheter des livres, des livres d’art surtout. Elle lui révéla ses origines. L’idée de ne pouvoir l’aider si elle était dénoncée l’inquiéta et il la pressa de partir. Elle n’en fit rien et continua à tenir sa librairie. Ernst Jünger lui rendra visite en 1951, date de son premier retour à Paris après son départ en 1944. Jeanne Cohen alias Jeanne Cardot lui sautera au cou.

(En aparté. Ernst Jünger se sent plus proche de Carl Schmitt qui évoque la distinction (fondamentale) ami / ennemi que de la conception weberienne de la politique comme profession. Carl Schmitt se montre plus coupant et précis, plus radical aussi et l’évidence de son propos est immédiate comme un coup de poing, comme le départ d’un projectile. Ernst Jünger fait sienne cette distinction. Dans une lettre à Carl Schmitt datée de décembre 1933, Ernst Jünger écrit ces lignes que je juge tout simplement fondamentales et qui devraient servir de guide (et au plus haut niveau) dans notre monde si confus : « Le processus que nous nommons modernité consiste surtout en la dissolution du Mal ; tous les amoralistes sont donc pour nous particulièrement modernes (…) Par ailleurs, votre distinction entre ami et ennemi n’est pas moderne, et parallèlement, la forme émerge de cette conception, dans toute son évidence, la forme ou le « caractère romantique », ainsi que l’affirment vos bons amis… Dans un monde essentiellement amoral, toujours caractérisé par la même multiplicité, la distinction entre ami et ennemi représente une méthode fondamentale pour élaborer et affronter l’alternance des situations concrètes. »)

C’est d’abord cette infatigable capacité d’observation qui me rend Ernst Jünger si proche, si amical. Même dans la furie de l’action, il reste un observateur, ce dont rendent compte ses carnets écrits dans le cœur de la fournaise. Il gardera intacte cette capacité jusqu’à son dernier jour. Il observe les hommes mais aussi les insectes, en particulier les coléoptères ; et ses intérêts entomologiques ne sont en rien une extravagance, un petit à-côté. Il est observateur entre maxima et minima. « Maxima – Minima » est d’ailleurs le titre de l’un de ses recueils d’aphorismes. Ernst Jünger entre action et contemplation, un dilemme qui engendre des tensions, tensions qui se fondent dans une énergie harmonieuse. Il observe les hommes et l’histoire humaine, une histoire qu’il remet à sa place, en quelque sorte, en la déplaçant vers l’histoire de la terre. Du temps historique au temps cosmique. Cette attitude l’aide probablement à combattre le nihilisme, cette chose moderne, cette chose engendrée par la modernité. Et si l’œuvre de Ernst Jünger s’élève de toute sa stature contre le nihilisme, c’est aussi parce qu’elle envisage la modernité, qu’elle ne la repousse pas ; elle l’observe, simplement. Ce dégoût à l’égard du nihilisme l’éloigne de Céline. Tout en reconnaissant la puissance de son style, il prend instinctivement ses distances envers le collaborationniste et l’antisémitisme affichés d’un homme dont par ailleurs les manières et la tenue le répugnent.

D’autres raisons me le rendent cher, très cher même dans le monde qui se profile. Ernst Jünger ne se déclare pas croyant tout de go, mais cet observateur infatigable pressent à chaque instant et partout le sacré. Il ne parle pas de Dieu car il sait qu’en parler c’est risquer sa propre crédibilité. Il éprouve la réalité du divin mais il ne peut se résoudre à lui donner un nom. Je suis comme lui. (Et c’est l’une des nombreuses raisons qui me rapprochent des Juifs : on ne nomme pas Dieu !) Mais il y a plus, car il s’agit tout de même de retomber sur ses pieds : il y a l’individu, les relations d’individu à individu qui permettent d’ouvrir des portes et de ne pas s’enfermer dans le cauchemar de l’Histoire, l’Histoire avec un grand H, avec une grande hache… C’est pourquoi j’ai tenu à rapporter cette rencontre avec Jeanne Cardot, Jeanne Cohen. C’est pourquoi dans ma série « Des histoires dans l’Histoire », j’en reviens si volontiers à l’individu, sans me soucier de son uniforme, comme celui de ces Résistants à Hitler qui n’en portaient pas moins une swastika sur la veste de leur uniforme. Et dans les années de fer qui s’annoncent, c’est par l’individu, par le rapport d’individu à individu, qu’on retrouvera confiance en l’homme et en ce qui le dépasse et qui est nulle part ailleurs qu’en lui… Les mythes sont ce qu’ils sont ; on peut ne pas croire en ce qu’ils recèlent, on ne peut nier leur incomparable puissance symbolique. Ceux qui aujourd’hui attaquent avec entêtement les mythes, ceux qui ont fait de leur mort leur fonds de commerce, et je cite Ernst Jünger, « ressemblent à une armée de fourmis dans une cuisine grasse : elles dévorent et détruisent toutes les gourmandises qu’elles y trouvent, sans cesser de dire combien elles sont exquises ». Bien d’autres choses me rapprochent de cet homme que j’aurais dû rencontrer à Wilflingen : par exemple sa défiance envers la psychanalyse freudienne et l’insistance (obsessionnelle) avec laquelle elle recourt aux pulsions sexuelles pour tout expliquer, avec pratique de masse à l’appui. La psychanalyse est la maladie dont elle prétend être la thérapie, disait Karl Kraus, ce redoutable tireur d’élite toujours à l’affut.

Et j’y pense d’un coup, l’intérêt de Ernst Jünger pour Oswald Spengler tient aussi à l’aspect organique de sa pensée. Loin de l’optimisme scientiste, du positivisme, de la linéarité du Progrès, Oswald Spengler envisage chaque civilisation comme un organisme, avec sa vie propre, son développement puis son déclin et sa mort enfin. Il n’y a pas de Progrès mais des cycles, comparables à celui des saisons.

Dans ce monde massifié, marqué par le nihilisme (un mot qui revient souvent dans la bouche et sous la plume de Ernst Jünger), l’Anarque se retire en lui-même afin de se soustraire aux impératifs des Églises et aux griffes du Léviathan. Parmi les menaces les plus dangereuses qui guettent l’Anarque, les totalitarismes (et peu importe qu’ils soient « de droite » ou « de gauche ») mais aussi les démocraties de masse. Dans tous les cas, la massification est aux commandes. L’Anarque s’efforce de vivre dans les interstices de la société, des interstices de plus en plus étroits, de plus en plus comprimés. Dans la vie sociale qu’il tend à éviter, l’Anarque se tient généralement en retrait et fait volontiers preuve d’une certaine froideur, ce qui lui permet notamment de bénéficier de points d’observation en hauteur.

 

Pour le Mérite, la plus prestigieuse décoration militaire allemande. Ernst Jünger en fut l’un des très rares récipiendaires.

 

Ernst Jünger voit Nietzsche comme un géant qui tend vers le XXIe siècle, vers l’ère des Titans. Heidegger considérait que Ernst Jünger était le seul penseur dont les réflexions se portaient au-delà de Nietzsche : ses analyses reprenaient de manière fructueuse le diagnostic de Nietzsche, avec cette attention portée à la technique (et au nihilisme), mais étendaient la vision à l’échelle planétaire et non plus simplement européenne. Je partage bien d’autres impressions avec cet homme auquel je reviens volontiers par la pensée et la lecture, par exemple cette impression que la mort est un voyage, un continent inexploré (dans la mesure où ceux qui y ont pénétré ne sont jamais revenus pour le décrire). Et tout en écrivant ces lignes, j’ai une pensée pour son fils aîné, tué d’une balle en pleine tête, le 29 novembre 1944, dans les carrières de marbre de Carrare, ce fils avec lequel le père parlait volontiers au cours de longues promenades, ce fils qui lui avait confié : « Ma curiosité pour les choses de l’au-delà est si grande que je suis presque impatient de mourir ». En juin 1944, ce fils, Ernstel, est arrêté et condamné pour avoir critiqué le régime. Considérant son jeune âge (il a dix-sept ans), il est libéré, difficilement, avec l’aide d’un père porteur des plus prestigieuses décorations dont Pour le Mérite, mais il est aussitôt envoyé sur le front où il ne tarde pas à trouver la mort. L’auteur de « Sur les falaises de marbre » note que son livre se prolonge dans les événements mêmes.

Avec Ernst Jünger (et quelques autres, parmi lesquels Jules Renard, Julien Green et Virginia Woolf) le journal (cette forme particulière de l’écriture) est devenu un véritable genre littéraire. A ce propos, dans l’édition de ses œuvres complètes, il a choisi de placer son journal dans la première section. A mesure qu’il avance en âge, ce genre l’occupe toujours plus et finit par l’occuper presque complètement. Il en apprécie la spontanéité qui contourne l’obstacle de la forme sans jamais avoir à se soucier de fil conducteur comme dans le roman. Le journal de Ernst Jünger est cependant aux antipodes de la « méthode Léautaud », de sa spontanéité débraillée qui donne une soupe indigeste dans laquelle flottent il est vrai quelques morceaux savoureux. Pour Ernst Jünger, ce genre littéraire implique une même vigilance que l’œuvre littéraire, que le roman par exemple. Et puisqu’il est question de journal, n’oublions pas que son premier livre, celui qui le rendit d’emblée célèbre et qui reste me semble-t-il le plus lu de ses livres, « Orages d’acier » (« In Stahlgewittern »), est sous-titré « Journal de guerre » (plus exactement « Aus dem Tagebuch eines Sturmtruppführers »).

Comme un certain nombre d’écrivains allemands, Ernst Jünger se situe à un carrefour où se rencontrent la philosophie et l’écriture (la littérature). Il est vrai, ainsi qu’il le dit, que son choix de vie le porte plutôt vers la littérature (l’écriture) ; il n’empêche que la philosophe sous-tend chacune de ses pages, de ses lignes. De ce point de vue, il m’évoque une tendance marquée chez un certain nombre d’artistes allemands de son époque, des artistes qui furent aussi des théoriciens. Nombre d’entre eux passèrent par le Bauhaus, une institution qu’il est difficile d’imaginer ailleurs qu’en Allemagne.

Parmi les philosophes qui l’ont le plus marqué, Platon (je n’ai cessé de voir passer sa silhouette lorsque j’ai lu ses journaux de guerre des années 1940) et Nietzsche mais aussi Schopenhauer qui, dit-il, « fut pour moi une sorte d’initiateur à la pensée ». Il m’est arrivé de voir Ernst Jünger comme une sorte de fusion entre Platon et Nietzsche, Platon pour la géométrie et Nietzsche pour le mouvement, l’énergie.

Aujourd’hui, je vois plus que jamais Ernst Jünger comme un sage, le représentant d’un humanisme germanique. Il me semble qu’il en est le meilleur représentant, avec Goethe, bien sûr. Mais Ernst Jünger, héritier de Goethe à sa manière, évolua dans un monde effroyable, le monde des idéologies dont était relativement pur le monde de Goethe. L’intérêt que je porte à Ernst Jünger tient à diverses raisons, mais l’une d’elles domine : son humanisme intact jusque dans le ventre du Léviathan. Il aura été l’un de mes guides à une époque où je cherchais une voix. Aujourd’hui ne suis-je pas un Anarque, un fils de Ernst Jünger en quelque sorte ?

Ernst Jünger me fut d’autant plus proche qu’au cours des années 1980, mes années d’étudiant, les traductions et les commentaires de ses écrits se multipliaient en France, à Paris. Aujourd’hui, avec les années de maturité, je lui garde un même attachement auquel s’ajoute la nostalgie. Je ne l’avais pas lu depuis deux décennies et je viens de le feuilleter en tous sens. Je constate qu’il me reste proche, un ami, un guide. Internet me l’a rendu plus proche encore : je puis le voir et l’écouter sur mon laptop, avec notamment ces séquences si justes filmées par James L. Frachon (voir les deux séquences mises en lien ci-dessous). De fait, je le vois exactement comme je le voyais dans les années 1980 et au début des années 1990, lorsque je le lisais. Bien sûr, malgré l’excellence de ses traducteurs (dont Henri Plard et Julien Hervier) j’aurais aimé le lire dans l’original. Mais c’est ainsi et il nous faut jouer avec nos limites.

 

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Ci-joint un documentaire de 1998 sur Ernst Jünger, conduit par le journaliste suédois Björn Cederberg : « 102 Years in the Heart of Europe: A Portrait of Ernst Jünger » :

https://www.youtube.com/watch?v=0Ju5HFoD20U

Une passionnante conférence de Julien Hervier : « Ernst Jünger et l’écriture de la guerre » :

https://www.youtube.com/watch?v=n_LG1irxEzo

Il existe un très beau documentaire sur Ernst Jünger signé James L. Frachon. On y voit l’écrivain dans son cadre, la maison de Wilflingen qui fait face au château des Stauffenberg. Ci-joint, un extrait de ce film. D’autres extraits sont consultables en ligne. On y verra une partie de sa collection de coléoptères ; et en haut d’une bibliothèque, on apercevra un alignement de sabliers, un objet qui le fascinait et sur lequel il a écrit des pages magnifiques :

http://www.dailymotion.com/video/x556t1_ernst-junger_news

Dans cet autre extrait du documentaire de James L. Frachon, on verra Ernst Jünger s’adonnant à l’une de ses nombreuses passions, l’entomologie. On y verra sa curiosité toujours en éveil, une curiosité qu’ont volontiers les enfants mais qui malheureusement se perd avec l’âge chez nombre d’individus. En visionnant ce passage, je me suis souvenu qu’il fut hospitalisé en 1993 suite à une piqûre de tique :

https://www.youtube.com/watch?v=_vw2Qtgl_2E

Écoutez ce que dit Julien Hervier qui évoque sa rectitude morale, une rectitude qui après analyse de son immense correspondance reste intacte :

https://www.youtube.com/watch?v=StW9bGEtRD

Sa demeure de Wilflingen (qui fut celle des gardes-forestiers de la famille Stauffenberg) en Haute-Souabe a été transformée en musée. Il y vécut de 1950 à sa mort, en 1998 :

http://www.juenger-haus.de/das-juenger-haus,8.html

 

(à suivre)

Olivier Ypsilantis  

 

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