Notes sur l’art – Le Cahier gris – VII / X

 

En header, Wallfahrtskirche St. Jakobus (1684) à Biberbach, de Dominikus Zimmermann.  

 

Encore un air de famille avec cette extrême élégance (par élancement, par étirement) des corps : George Minne et Wilhelm Lehmbruck. Autres corps pareillement élégants, ceux d’Archipenko. Ci-joint, la caméra tourne autour d’un torse féminin de ce sculpteur d’origine ukrainienne :

https://www.youtube.com/watch?v=8kjgNWVP3lE

 

Ambiance névrotique, Bruxelles et Prague début XXe siècle. En Belgique, cette ambiance à la fois somptueuse et étouffante peut être symbolisée en littérature par « Bruges-la-Morte » de Georges Rodenbach ; et en art par Fernand Khnopff et Jean Delville (pour ne citer qu’eux), ce dernier étant le plus fervent disciple belge de Sâr Mérodack Joséphin Peladan (Joséphin Peladan). J’ai découvert Jean Delville lorsque j’étais enfant, dans une revue, avec « Orphée mort » (1893). La tête du poète est placée dans une lyre sur laquelle retombe sa chevelure. La composition baigne dans une lumière marine (bleutée) et lunaire.

Michel Delville

Une composition de Jean Delville (1867-1953) 

 

Week-end au Grand-Duché du Luxembourg (février 1983). Visite du Musée d’histoire et d’art du Luxembourg. Un artiste que je ne connaissais pas domine tous les autres, Joseph Kutter (1894-1941). Ci-joint une brève présentation des œuvres de cet artiste dans ce musée :

https://www.youtube.com/watch?v=sEMEDGDlj8Y

 

Un air de famille encore : le tchèque Joseph Šíma et l’anglais Paul Nash, entre certaines de leurs œuvres tout au moins. Joseph  Šíma, les promenades de l’enfance au monastère de Kuks (en Bohême où il est né) et ses environs (dont la forêt de Bethlem) peuplés de sculptures de Matthias Braun. Révélation : entre Hendaye et San Sebastian, il voit la foudre incandescente errer lentement sur la pente d’une vallée. C’est au cours d’un séjour en 1924, chez Pierre Jean Jouve, au-dessus du lac de Lugano, à Carona, que Šíma reçoit un soir de tempête une autre révélation. Joseph Šíma s’éloigne de l’abstraction géométrique et s’efforce de transcrire ces deux révélations. Son peu d’affinité avec André Breton et l’antagonisme qui va s’affirmer entre le Surréalisme et le mouvement du « Grand Jeu ». L’atelier de Yébles acheté en 1925, près de Bussy-Rabutin, dans la Brie, avec la grange aménagée en atelier. Là, il interroge ses souvenirs (enfance dans la plaine de Jaromer, guerre en Volinie). 1932, exposition « Poésie » à Prague, prélude à la fondation du groupe surréalistes tchèque (1934).

Je détaille des compositions de Joseph Šíma. La fragile délicatesse de certains traits, comme tremblés par l’émotion. Des huiles aux transparences de vitrail — et, de fait, j’ai appris il y a peu qu’il avait travaillé au début des années 1920 dans les ateliers de vitraux Mauméjean, à Hendaye.

Quelle était la teneur des conversations entre Jospeh Šíma et Piet Mondrian dans l’atelier de ce dernier, à Montparnasse ? La tentation mondrianesque de Joseph Šíma (au cours de l’année 1925), une tentation que renforce sa relation (entre autres relations) avec son compatriote, Franz Kupka, dans son atelier de Puteaux.

 

Jawlensky, une rencontre au cours d’un séjour à Munich, au début des années 1970, alors que j’étais collégien. Un émerveillement. Je retrouverai Jawlensky une quinzaine d’années plus tard, au Musée des Beaux-Arts de Lyon. Très jeune, il est stupéfié par le visage d’une icône dans un lieu saint, une stupéfaction qu’il s’efforcera de traduire tout au long de sa vie, une stupéfaction — une révélation — comparable à celle de Joseph Šíma contemplant ces orages au Pays Basque et au-dessus du lac de Lugano. Les admirables têtes de 1912, les paysages et natures mortes de la même année, avec l’influence des Fauves français et les Expressionnistes allemands où transparaît comme en rêve le monde riche en couleurs du folklore russe. Et l’héritage byzantin (voir les mosaïques de Ravenne). Les « Quatre Bleus » (fondé en 1924) : Jawlensky, Klee, Feininger, Kandinsky. Dans les dernières années de sa vie, le visage devient un thème essentiel, exclusif même, avec des formes toujours plus simplifiées, et ce signe ultime : une croix formée par l’arête nasale et les yeux-sourcils. Voir les séries « Petite méditation » et « Grande méditation ».

Si la tristesse me prend, je me réfugie chez Gabriele Münter, une autre révélation au cours de ce séjour à Munich.

Gabriele Münter

Une peinture de 1934 de la chère Gabriele Münter. J’y retrouve l’ambiance de certaines nouvelles de Katherine Mansfield.  

 

Chez un brocanteur où j’accompagne un ami. Je dégote dans le tiroir d’une armoire qui sent bon l’encaustique « Réflexions sur l’imitation des œuvres grecques en peinture et en sculpture » de Johann Joachim Winckelmann. Le brocanteur juge ma trouvaille tellement pauvre qu’il m’en fait cadeau après avoir considéré ses pages jaunies avec indifférence. A la valeur intrinsèque du texte et sa traduction s’ajoute une autre valeur, discrète : l’exemplaire de cette édition a été corrigé de la main de son auteur, Léon Mis, professeur honoraire à la faculté des lettres de l’Université de Lille. Ci-joint, une notice sur cet enseignant et traducteur de l’allemand :

https://hleno.revues.org/116#tocto1n71

 

Nuit du 22 au 23 janvier 1983, un cauchemar inspiré par Edward Kienholz et plus encore par Dorothea Tanning. J’avais étudié certaines de leurs œuvres l’avant-veille.

 

Parmi les livres essentiels sur l’art, cette synthèse inspirée de Heinrich Wölfflin, « Renaissance und Barock ». Je suis sorti de cette lecture complètement enivré. Ci-joint et respectivement, deux articles « ‟Principes fondamentaux de l’histoire de l’art” de Heinrich Wölfflin et  ‟L’Architecture du drame shakespearien” d’Oskar Walzel » et « Heinrich Wölfflin : Histoire de l’art et germanistique entre 1910 et 1925 » :

http://www.persee.fr/doc/litt_0047-4800_1997_num_105_1_2433

https://rgi.revues.org/459

 

Amlach, un art révélé au grand public par l’exposition organisée au Musée d’ethnographie de Neuchâtel, en 1964. Amlach, petite ville située sur les hauts-plateaux iraniens, au sud-ouest de la mer Caspienne. Cet art a été découvert en 1934, à Kalar Dasht, par des ouvriers occupés à creuser une piscine. L’art d’Amlach (IXe-VIIIe siècle av. J.-C.). Les bronzes du Luristan (VIIIe-VIIe siècle av. J.-C.).

 

Discussion avec le conservateur général au Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale chargé de l’estampe du XXe siècle, Françoise Adam-Woimant. Elle cherche à étoffer son dépôt légal. Cette femme me reçoit avec une amabilité particulière, comme elle reçoit tous les élèves de Pierre Courtin auquel elle voue de l’admiration. Dans le dernier chapitre de « La gravure » (chez Que sais-je ?), un ouvrage collectif dont Françoise Adam-Woimant a signé le dernier chapitre (chap. VII – « Le XXe siècle »), elle écrit : « Et surtout le relief promis au plus bel avenir fait son apparition dès 1947 avec le graveur Pierre Courtin. Les burins de ce dernier, petits bas-reliefs à caractère symbolique et incantatoire, pleins d’un humour secret, sont parmi les œuvres les plus originales et les plus volontaires de notre temps. »

 

Le mobilier érotique d’Allen Jones, eccentric, très anglais. Ci-joint, un lien BBC News intitulé « Do these sculptures objectify women ? » :

https://www.youtube.com/watch?v=VBY1ioh9gdw

 

En architecture, la saveur particulière du mélange pierre / brique. Voir le style Louis XIII, à commencer par le corps central du château de Versailles, la plus belle partie, et de loin, de cet immense ensemble. Voir également la place des Vosges, l’ancienne place Royale, sans oublier certaines demeures anglaises dont Swakeleys House (1629-1638).

 

La magnificence du baroque et du rococo en Allemagne, une magnificence qu’explique en partie la rivalité entre petits États dans une aire géographique terriblement morcelée. On retrouve ce phénomène de concurrence dans l’Espagne des royaumes de taïfas (XIe siècle).

La réaction néo-classique venue des États allemands du Nord gagna peu à peu le Sud. Rappelons que l’architecture religieuse (du baroque et du rococo) s’est surtout développée dans le Sud du pays où les États catholiques encourageaient la foi populaire en construisant (ou en rénovant) des centres de pèlerinage situés le plus souvent en pleine campagne. Voir l’église de pèlerinage de la Wies (die Wies : dans la prairie) construite par Domenikus Zimmermann (entre 1745 et 1754).

 

Lorsque j’ai lu « Le Procès » de Franz Kafka, j’ai situé l’action sans même y réfléchir à l’intérieur de la masse gigantesque du Palais de Justice de Bruxelles (de Joseph Poelaert) qui domine la ville. C’est un carré d’une surface de 26 006 m², de cent soixante mètres de côté et de cent quatre mètres de haut. Inauguré en 1883, c’était alors la plus grande construction d’Europe ; et elle reste à ce jour l’une des plus imposantes constructions en pierre de taille jamais réalisées. On est écrasé par « le mammouth » — son surnom. On se tient coi devant lui, non par admiration (aucun style, rien que de l’amoncellement) mais simplement écrasé, stupéfié par cette masse de pierres et l’ampleur des travaux entre 1866 et 1883.

LEAD Technologies Inc. V1.01

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Le Palais de Justice de Bruxelles de Joseph Poelaert 

 

Architecte néfaste, Ricardo Bofill, avec ce néo-classicisme dévoyé, avec ce néo-classicisme de mégalomane, simple écran derrière lequel la vie est impossible. Bombarder Antigone, à Montpellier, et Les Arcades du Lac, à Saint-Quentin-en-Yvelines ; ou, plutôt, transformer ces immenses ensembles en camps d’entraînement à la guérilla urbaine pour les armées. Autres réalisations à bombarder (où à convertir en lieux d’entraînement), celles du déconstructivisme (voir Frank Gehry et Cie). Une architecture de scrogneugneu  bonne pour les vieux schnocks.

 

Cour d’urbanisme auquel collabore Olivier Debré qui reste un passionné d’architecture. De fait, il l’a étudiée dans cette école même, dans les années 1930, dans l’atelier de son oncle, Jacques Debat-Ponsan, Grand prix de Rome 1912. Je ne sais que penser du travail d’Olivier Debré, mais j’aime l’homme. J’aime sa belle énergie (sa gestuelle de peintre) et son enthousiasme. Je suis heureux (et honoré) de le compter parmi mes professeurs. Ci-joint, quelques vidéos pour le souvenir. Je ne puis le revoir sans émotion. Son atelier en bord de Loire (à Vernou-sur-Brenne), sa voiture dont le capot lui servait de palette… :

https://www.youtube.com/watch?v=I6FPiAjYU0g

Je me souviens quand il travaillait au rideau de scène de la Comédie Française :

http://www.dailymotion.com/video/xfd0vl_portrait-olivier-debre_news

 

 Olivier Ypsilantis

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