Notes sur l’art – Le Cahier gris – I / X

 

En header, Palais de Knossos (Crète), fresque des Dauphins, dans le mégiront. 

 

Au cours de rangements, j’ai retrouvé un cahier à couverture grise avec, intercalées, des feuilles volantes, le tout saturé de notes sur l’art prises au cours de mes années d’études, au cours de voyages, de lectures, de conversations, dans des musées et des galeries. Je les ai reconsidérées, avec corrections, nombreux retraits et quelques ajouts — les liens Internet en particulier. Je les ai réorganisées dans cette suite d’articles tout en protégeant  leur caractère de notes, une certaine spontanéité, un certain désordre, marques d’une curiosité que j’aimerais parfois apprivoiser.

 

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Léon Zack, sa timide silhouette dans un espace haut de plafond. Son sourire qui semble s’adresser non seulement à moi, son interlocuteur, mais à tout ce qui se tient derrière moi, à tout ce qui nous entoure. Sa silhouette fine et spirituelle m’évoque celle de Marc Chagall ; mais Léon Zack a un regard et un sourire plus dilués. La douceur de ses compositions, des caresses prolongées. Étudier l’influence de son frère aîné, le philosophe Simon Franck, sur son œuvre. Arrivé à Paris au début des années 1920, Léon Zack se tient à l’écart du cubisme, tendance alors dominante ; et le géométrisme qu’il s’impose au début des années 1950 ne lui convenant pas, il s’en défait pour revenir à son lyrisme fait de transparences liquides. Le lendemain, longue conversation avec Bernard Allain, maître verrier. Il m’évoque sa collaboration avec Léon Zack et les vitraux de l’église Notre-Dame-des-Pauvres, à Issy-les-Moulineaux, ainsi que ceux de l’église Saint-Séverin, à Paris (vitraux de Jean Bazaine), et de la chapelle du Rosaire, à Vence, une totalité (dont les vitraux) conçue par Henri Matisse.

Ci-joint un lien très complet sur l’église Notre-Dame-des-Pauvres :

http://insitu.revues.org/5427

Un autre lien sur la chapelle du Rosaire :

http://www.vence.fr/la-chapelle-du-rosaire-chef-d

Et, surprise au cours d’une recherche Internet ! J’ignorais vraiment tout de l’église de Carsac, en Dordogne, où Léon Zack (converti au christianisme 1941) a réalisé un chemin de croix avec sa fille Irène :

http://lepetitrenaudon.blogspot.com.es/2012/09/leon-zack-histoires-de-mariage.html

La monographie qui lui est consacrée dans Le Musée de Poche porte les signatures de Pierre Courthion, Bernard Dorival et Jean Grenier.

L’œuvre considérable et multiforme (illustrations, décors et costumes pour le théâtre, cartons pour la tapisserie, interventions multiples dans le domaine de l’art sacré avec chemins de Croix, vitraux, autels, etc.) de cet artiste discret.

 

5 décembre 1986, entre Corfou et Brindisi, lu « Mycenaean Civilization » de Konstantinos Kontorlis. Riche iconographie qui confirme le caractère didactique de l’ouvrage. Il y est essentiellement question de Mycènes et de Tirynthe mais aussi de Pylos (en Messénie). La Messénie, une région peu connue de la Grèce que j’explorerai dans les années 1990. Pylos et le royaume de Nestor. Plus que grec, je me sens crétois, avec ces fresques et ces peintures sur vases dont je m’inspire pour décorer les murs de mes domiciles, et ceux d’amis. La chambre du petit appartement de la rue Lacordaire que j’ai décoré à la fresque  (acrylique) en m’inspirant de la fresque du Printemps découverte à Θήρα (Santorin) par S. Marinatos et visible au Musée national archéologique d’Athènes. Le jeu merveilleux entre les ailes des hirondelles et les pétales des lys. S’enivrer de variations.

Fresque du Printemps

Un détail de la fresque du Printemps (env. 1500 BC)

 

Consulté des photographies prises par l’arrière-grand-oncle, Henry Concert, ingénieur des Travaux Publics de l’État, né en 1861, parti à la retraite en 1921. Certaines de ses photographies enrichiront un magnifique recueil, publié à Paris, en 2005, par les Éditions Kallimages, sous le titre « Mykonos et Délos à l’aube du XXe siècle ». Ci-joint, un lien sur cette magnifique maison d’édition, un lien interactif avec possibilité de feuilleter des ouvrages édités :

http://www.kallimages.com

Ma surprise (et mon plaisir) en découvrant que le nom de cet arrière-grand-oncle est étroitement associé à celui de Jean Hatzfeld avec lequel il a travaillé, notamment sur l’île de Délos. « Histoire de la Grèce ancienne » (publié chez Payot, en 1926) de Jean Hatzfeld fut ma première lecture sérieuse sur l’histoire de la Grèce antique.

A propos du recueil de photographies « Mykonos et Délos à l’aube du XXe siècle » : « Au début du XXe siècle, une équipe de l’École française d’Athènes participe aux fouilles sur l’île de Délos ; parmi eux, Henry Convert, Jean Hatzfeld et leur collègue grec Dimitri Stavropoullos. Il arrive que la rudesse du vent ou les caprices de la mer interrompent le labeur ; les chercheurs mettent ce repos forcé à profit pour photographier les sites auxquels ils consacrent leur travail et les découvertes qu’ils y font, l’île voisine de Mykonos — leur base de repli, pleine de vie tandis que Délos est alors abandonnée des hommes — et, entre les deux, l’îlot aride de Tragonisi où une cavité marine abrite une colonie de phoques. »

Henry Convert avait fait partie de la Mission française des Travaux Publics envoyée à la demande du gouvernement grec pour construire un chemin de fer dans le Péloponnèse, mission supprimée puis rétablie en 1890. Henry Convert est alors mis à la disposition du Ministère de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts « pour assister le Directeur de l’École archéologique d’Athènes dans les travaux de fouilles à Delphes ». Ces fouilles lui doivent presque tout : le tracé et l’organisation du réseau Decauville, le plan cadastral pour l’expropriation de Kastri, le recrutement et la surveillance journalière des ouvriers, la gestion comptable, certains relevés, les prises de vue photographique et leur développement sur place. Me procurer la correspondance Henry Convert / Jean-Théophile Homolle ainsi que la correspondance Albert Tournaire / Jean-Théophile Homolle. Le dévouement de Henry Convert à ses missions, loin des salons et de leurs intrigues. Henry Convert fut également actif à Éleusis (en octobre 1864), à Stratos d’Arcarnanie (la même année), à Trézène (en 1897) et, surtout, à Délos, de manière intermittente entre 1892 et 1909 puisqu’il dût regagner la France entre 1898 et 1903. A son retour en Grèce, il se consacra à l’île de Délos (l’un des sites les plus denses et les plus fascinants du pays) avec la ferveur qui avait été la sienne à Delphes. Son mariage avec une femme issue d’une très ancienne famille grecque.

Delphes

Delphes vers 1900

 

Chez Gibert Joseph, boulevard Saint-Michel, des livres de Pierre Cailler, éditeur à Genève (dans la Collection Écrits et documents de peintres), vendus pour presque rien. Ils ont été imprimés pour la plupart dans les années 1950 et sont neufs (non coupés). Je  pars lesté de deux sacs de ces livres avec un sentiment partagé : une bonne affaire reste une bonne affaire, mais est-il possible que de tels trésors de bibliophilie soient presque jetés sur le trottoir ? Sur le chemin du retour, arrêt dans le jardin du Luxembourg où j’observe la chute des feuilles, détaille le monument-fontaine à Eugène Delacroix (de Jean Dalou), en particulier les courbes de La Gloire que soulève Le Temps sous les applaudissements du Génie des Arts, et feuillette « Métamorphose de l’Artiste » d’André Masson, des aphorismes ou presque, un journal aussi. Les examens approchent et je suis comme paralysé. J’aimerais être nuage.

 

J. H. Füssli et le fétichisme (?) de la coiffure. Voir ses coiffures extraordinairement élaborées et volumineuses. Son influence sur la peinture anglaise notamment par ses « Conférences sur la peinture » (au nombre de douze) données à la Royal Academy entre 1801 et 1823, des conférences qui s’apparentent aux écrits de maîtres de la Renaissance : voir « Commentaires » de Lorenzo Ghiberti ou « Traité de la peinture » de Leon Battista Alberti.

 « Les thèmes moraux » auxquels J. H. Füssli accorde une large place, une particularité de la peinture anglaise avec, en figure de proue, William Hogarth et sa série « Marriage A-la-mode » :

http://www.tate.org.uk/whats-on/tate-britain/exhibition/hogarth/hogarth-hogarths-modern-moral-series/hogarth-hogarths-2

Fétichisme de la coiffure (?) chez Pisanello, un fétichisme plus discret qu’avec J. H. Füssli. Voir certains de ses profils féminins, des dessins, des peintures ou des médailles. Les fronts très bombés, une impression probablement due à l’implantation très en retrait des cheveux.

 

El Lissitsky, une élégance ascétique.

 

Alberto Giacometti et la rue d’Alesia (dans le XIVe arrondissement, Paris), la célèbre photographie d’Henri Carrier-Bresson prise en 1961. L’artiste traverse sous l’averse, l’imperméable remonté sur la tête. Il emprunte un passage vraiment clouté.

 

Conversation avec Yankel à La Charrette, rue des Beaux-Arts. Je l’interroge plus sur son passé africain (Yankel y fut géologue) que sur son œuvre, ce qui semble lui convenir et, surtout, ce qui me convient car sans m’être antipathique son œuvre ne m’enthousiasme guère. L’homme Yankel est extraordinairement sympathique mais combien je préfère le classicisme de son père, Mikhaïl Kikoïne. Yankel (Jakob Kikoïne) est né en 1920. Il a quatre-vingt quinze ans donc. Je ne l’ai pas revu depuis le début des années 1980. Mais écoutez-le (nous sommes en juillet 2012) ! Ce film d’un peu moins d’une demi-heure est magnifique. Précis et sincère, il rend compte de l’ambiance parisienne d’alors et de la vie des artistes (Juifs ashkénazes en particulier) dans une ville qui fut à un moment de son histoire le centre mondial de la création artistique et des plus belles rencontres. Je le redis, ce témoignage est une merveille de la mémoire ; et il me replace devant un homme extraordinairement sympathique :

https://vimeo.com/108106440

 

Mes gravures à la pointe-sèche que le chef d’atelier compare aux dessins de Seurat. Mais dans le cas de ses dessins, le « pointillisme » est rendu automatiquement par frottement du crayon sur le papier, par la structure du papier ainsi révélée.

 

Lucio Fontana, presque rien, un truc simple et, pourtant, un érotisme qui étreint — la pertinence du suggéré.

Spatial Concept 'Waiting' 1960 Lucio Fontana 1899-1968 Purchased 1964 http://www.tate.org.uk/art/work/T00694

Spatial Concept ‘Waiting’ 1960 Lucio Fontana 1899-1968 Purchased 1964 http://www.tate.org.uk/art/work/T00694

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

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