Quelques pages d’un carnet – 1/4

 

En header, des Zoroastriens d’Iran.

 

Guadix Du côté de Guadix (province de Granada)

 

Fin janvier 2016 Marche dans les bad-lands (tierras baldías) du côté de Purullena, l’un des plus beaux paysages d’Europe avec ces formidables travaux de l’érosion multimillénaire. La Dépression de Guadix fit partie du géosynclinal de Téthys, un océan qui sépara l’Afrique de l’Europe durant l’Ère secondaire. La formation de la Sierre Nevada (bien visible de Purullena) isola cet espace marin et l’éleva, formant un altiplano bien horizontal constitué de matériaux argileux d’une grande épaisseur qui au cours de l’Ère quaternaire  seront toujours plus entaillés par des cours d’eau qui sculpteront ces tierras baldías ou cárvacas. Le hommes y creuseront leur habitat, avec ces casas-cuevas.

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En lisant la presse espagnole, je découvre ce nom : Clément Moreau, accompagné de dessins humoristiques qui illustrent des passages de « Mein Kampf ». J’apprends que sous le pseudonyme « Clément Moreau » se cache Carl Meffert (1903-1988), graveur sur bois. J’avais découvert Carl Meffert par un article (mais dans quelle revue ?) où il était question d’artistes dits engagés : Käthe Kollwitz, Frans Masereel mais aussi Georg Grosz et j’en oublie.

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Dans « Babelia » du 9 janvier 2016, une entrevue avec Zygmunt Bauman (né en 1925) à Burgos. Zygmunt Bauman et son concept central de Liquid Modern World. Dans cette entrevue, le sociologue signale la fin des États-nations, des structures existantes. Il pose la question : comment concilier liberté et sécurité ? Plus de sécurité supposant moins de liberté et inversement. Il constate que nous nous sommes enivrés de crédit… jusqu’en 2008, année qui marque la fin du crédit facile. La classe moyenne laminée, réduite à la précarité. Nous ne sommes plus dans la lutte des classes (à supposer que ce concept ait été pertinent) mais dans la lutte de chacun contre tous, de tous contre tous, avec isolement de l’individu qui se sent menacé par des forces extraordinairement diffuses, et de ce fait particulièrement difficiles à désigner, à nommer. Il n’y a plus de territoire homogène et les sociétés sont des collections de diasporas. Le lien entre l’identité de chacun et son lieu d’origine est rompu. Sa critique des réseaux sociaux à partir du constat suivant : tu appartiens (tu appartenais) à la communauté réelle ; tandis que la communauté virtuelle t’appartient : tu la manipules, ajoutant ou supprimant des « amis » à ta guise. Et de ce fait, le sentiment de solitude se creuse.

Ci-joint, deux courtes vidéos dont les thèmes sont emblématiques de la pensée — de l’inquiétude — de ce sociologue. Respectivement « No one is in control. That is the major source of contemporary fear » et « The Ambiance of Uncertainty » :

https://www.youtube.com/watch?v=73Nmv-4jvSc

https://www.youtube.com/watch?v=lPRV8fTn3WQ

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Pensé une fois encore aux trois stades de vie que définit Kierkegaard et au choix qu’ils suggèrent pour un plan de vie : le stade esthétique (celui de la jouissance), le stade éthique (celui de la vocation ou du mariage), le stade religieux. Le stade esthétique se termine par une défaite, ce qui n’a probablement pas empêché Kierkegaard d’avoir quelque sympathie pour le Don Juan de Mozart. Il n’a pas vécu le stade éthique, il l’a enjambé en quelque sorte. Quant au stade religieux, l’a-t-il atteint ? Lorsqu’il déclare « Je ne suis pas chrétien », c’est par humilité, pour marquer la distance qui sépare le christianisme tel qu’il le vit du christianisme tel qu’il le conçoit. Il distingue une religion de l’immanence (stade du platonisme, de la réminiscence ?) et une religion de la transcendance, celle vers laquelle il tend. La religion de la transcendance s’appuie sur une affirmation que ne peut saisir la raison, à savoir que Dieu s’est incarné. Elle invite les hommes d’aujourd’hui à se rendre contemporains de Jésus par l’angoisse, la croyance étant mêlée d’incertitude et de non-croyance. Dieu incarné, scandale pour la raison, scandale qui est une épreuve (une catégorie existentielle), qui est la vie même de la foi. L’être se présente à Kierkegaard sous la forme de l’existence, l’existence qui est tension, qui est angoisse vers la transcendance. Mon malaise face à Kierkegaard n’aurait-il pas un peu à voir avec celui que j’éprouve face à Simone Weil ? L’analyser. Étrange, je me suis toujours senti plus proche du judaïsme que du christianisme, probablement parce que ce dernier repose sur des a priori (l’Incarnation en est un, le plus imposant probablement, et je ne nie pas sa beauté) et que la charge doctrinale y est infiniment plus lourde. Et loin de moi l’idée de me livrer à un hit-parade des religions.

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Persépolis

 Persépolis, Ahura Mazda.

 

L’angélologie et la démonologie iraniennes véhiculés par les Juifs, en contact permanent avec les Iraniens six siècles avant J.-C., au cours de leur exil à Babylone. Archéologie des religions. Les traces laissées par la conception zoroastrienne des attributs divins personnifiés par des intelligences, ou la croyance en l’Esprit mauvais. De l’Iran ancien au judaïsme puis au christianisme. Zarathushtra pose comme principe l’existence du Mal, une existence indépendante qui n’est pas négation du Bien (ni une corruption ni un inachèvement de celui-ci) mais qui s’oppose à lui. L’histoire du conflit Bien / Mal se confond avec l’histoire du monde. La lutte entre ces deux entités (lutte à laquelle l’homme participe aux côtés de l’Esprit bienfaisant) est constante et emplit l’Univers. La vie toute entière est une lutte contre le Mal et ses puissances, lutte par laquelle la Création tente de s’élever vers la perfection. Le Mauvais Esprit (Angra Mainyu) et sa progéniture (les daevas), l’Esprit bienfaisant (Spenta Mainyu). Les gathas (et même quelques éléments tardifs de l’Avesta) établissent le caractère monothéiste de la croyance véhiculée par les sages de l’Iran qui s’éloignent en cela de la théorie du dualisme zoroastrien. Ahura Mazda, la divinité suprême « désirant le bien, a créé à la fois le bonheur et le malheur ». Ainsi, l’Esprit mauvais n’est pas l’adversaire d’Ahura Mazda mais uniquement de l’Esprit bienfaisant. Et il est écrit que le Bien l’emportera sur le Mal.

Le zoroastrisme enseigne qu’après la mort il existe un Paradis et un Enfer. Contre les pires pensées (dont l’oisiveté, mère de tous les vices), il recommande avant tout le travail agricole (voir le Vendidad). La croissance du blé et les travaux agricoles qui s’en suivent dérangent, effrayent et font fuir les démons. Ces caractères de la démonologie iranienne la rapprochent des conceptions pastorales mésopotamiennes et la séparent de la démonologie des peuples chasseurs.

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Lu une petite étude sur la théorie des ensembles, la première partie, soit la théorie élémentaire des ensembles, la deuxième, la théorie axiomatique des ensembles, m’étant d’une lecture trop difficile. Cette théorie (élémentaire) des ensembles a fait revenir en moi des souvenirs scolaires avec « méditations » tantôt devant la feuille blanche tantôt devant le tableau noir. Cette théorie (sa formalisation à l’aide de symboles et de représentations graphiques) a pour lointain ancêtre Leibniz qui s’efforça mais en vain d’établir un système qui puisse formaliser le langage et la pensée, soit une pure combinaison de signes et leur enchaînement. D’autres chercheurs travaillèrent dans cette direction tout au long du XVIIIe siècle et au début du XIXe mais sans avancer plus. Il faudra attendre l’Anglais George Boole (1815-1864) pour avancer. Voir l’algèbre de Boole (ou calcul booléen) et lire « The Mathematical Analysis of Logic », 1847. Ces signes qui parmi tant d’autres suffisent à me replacer sur les bancs de l’école : ∅, ⊂, ⊃, ∩, ∪, ∈, ∉, etc.

 

 Olivier Ypsilantis

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