Notes diverses (février 2016) – 2/2

 

Parmi les récits de voyages écrits par des British, la série espagnole de Peter Kerr (né en 1940), cinq titres sont dédiés à sa vie à Mallorca : « Snowball Oranges », « Mañana, Mañana ! », « Viva Mallorca ! », « A Basketful of Snowflakes » et « From Paella to Porridge » ;  la trilogie espagnole de Chris Stewart est dédiée aux Alpujarras (né en 1951), The Lemons Trilogy : « Driving Over Lemons: An Optimist In Andalucia », « A Parrot In The Pepper Tree », « The Almond Blossom Appreciation Society ». Peter Kerr et Cris Stewart ont été des musiciens professionnels. Peter Kerr a notamment joué avec The Clyde Valley Stompers et Chris Stewart a été premier batteur du groupe Genesis. A présent, l’un et l’autre s’occupent de leur finca. Ci-joint, une entrevue avec Chris Stewart :

https://www.youtube.com/watch?v=bBXMo7WQSSI

Hans Jürgen Syberberg et sa trilogie qui met en scène Ludwig II, Karl May et Hitler, trois hommes qui selon lui sont des révélateurs de leur temps et grâce auxquels le cinéaste reconstitue à sa manière l’histoire de l’Allemagne, des débuts de l’industrialisation à l’après-guerre (Seconde Guerre mondiale). Il invite l’Allemagne  à regarder Hitler dans les yeux (si je puis dire), droit dans les yeux, afin de lutter contre l’aliénation. Opposer à Hitler les valeurs aristocratiques ; et le romantisme que l’Allemagne a porté vers les sommets entre pleinement dans cet aristocratisme. Il ne faut pas faire cadeau du romantisme à Hitler.

 Hans Jürgen Syberberg

Hans Jürgen Syberberg (né en 1935)

 

La Terreur est-elle le produit d’une idéologie ou bien celui d’intérêts médiocres et de basses convoitises ? Dans la compétition vers le pouvoir, chacun se croit tenu de dépasser l’autre en violence pour n’être pas accusé de modération et terminer sur l’échafaud. Barère déclare : « Il fallait être guillotineur pour n’être pas guillotiné ». Voir la thèse soutenue par Guglielmo Ferrero dans « Les deux révolutions françaises. 1789-1796 », avec la peur comme moteur et carburant de cette Révolution.

Je reste convaincu que la part de l’idéologie a tenu un rôle essentiel — non pas exclusif mais essentiel — dans l’instauration de la Terreur (5 septembre 1793 – 27 juillet 1794). Par ailleurs, la Révolution française peut être regardée froidement, comme la matrice de tous les totalitarismes avec cette adoration des Idées. Pour la première fois dans l’Histoire se profile la machine de mort étatique, la planification de l’assassinat de masse, avec les assassins de bureau (la bureaucratie) qui définissent le travail des assassins de terrain. Le 23 juillet 1789, deux propositions de loi soumises à l’Assemblée constituante visent à créer un comité chargé de « recevoir les dénonciations contre les ennemis publics » et à établir un « tribunal spécial pour juger les personnes arrêtées sur le soupçon du crime de lèse-nation ». Puis, sur l’insistance des autorités municipales parisiennes, sont mis en place par la Constituante, le 28 juillet 1789, un Comité des rapports et un Comité des recherches (voir détails). Le 21 octobre 1789, la Commune de Paris crée de sa propre initiative son Comité des recherches (avec notamment la rétribution des délateurs) au nom du salut public. Brissot l’utilise pour s’imposer dans le conseil municipal. Dès le 12 septembre 1789, Marat s’était fait le chantre de la dénonciation.

La Terreur conduit à la guerre et la guerre « justifie » la Terreur. Guerre et Terreur vont se nourrir mutuellement. Mais la guerre terminée, la Terreur ne cesse pas pour autant. Après l’arrestation et l’exécution des hébertistes et des dantonistes commence le règne de Robespierre, un système de pouvoir structuré par la bureaucratie qui enserre toute la société dans un carcan de fer. La délation est érigée en vertu citoyenne et les abstractions sont portées aux nues, adulées. On a expulsé Dieu et le Roi pour mettre à leur place le culte de l’Idée (l’idéocratie) et de l’Être suprême, cette idole en carton-pâte qui sert à justifier le maintien de la Terreur alors que les raisons « objectives » de son maintien ne peuvent plus être invoquées. La Terreur, la purification qui doit permettre l’accession à un nouveau monde (?!). La Révolution française, le règne de l’Utopie, la prosternation devant les Idées et leur rhétorique, la délation érigée en vertu, le crime de lèse-nation remplaçant celui de lèse-majesté, etc. Le crime de lèse-majesté, parfaitement critiquable, repose tout de même sur une définition assez précise ; tandis que le crime de lèse-nation, si imprécis (aussi imprécis que « ennemi du peuple »), menace chacun et en permanence.

Autre pays rentier du pétrole, l’Algérie. Mais le prix du pétrole s’effondrant, les revenus de la rente suivent. Comme tant de pays arabes, l’Algérie ne produit rien. A qui la faute ? Aux ex-colonisateurs ? A Israël ? Aux Juifs ? Ou bien aux Algériens et rien qu’aux Algériens ? La rente du pétrole n’a pas été investie dans l’économie de production, elle sert à gérer la société ainsi que le signale Omar Belhouchet, directeur de El Watan, premier quotidien en langue française du pays. Que va devenir cette société que l’appareil d’État (tant les civils que les militaires) calme en lui distribuant une part de cette rente ? Inflation galopante, dégradation des salaires, licenciements et chômage, un système extrêmement autoritaire mais fatigué. La société civile va-t-elle réussir à s’imposer face à l’appareil d’État ? Certes, le terrorisme n’est plus ce qu’il était au début des années 1990, mais des éléments venus de Libye où Daesh s’implante insidieusement ne vont-ils pas réactiver la violence ? Alors que suite à l’intervention russe la pression devient de plus en plus forte en Syrie, Daesh et autres organisations pareillement violentes migrent, notamment vers la Libye laissée (presque) à elle-même suite à l’action insensée conduite par Nicolas Sarkozy. Il y a peu, la Tunisie a été victime de terribles attentats. L’Algérie qui partage une longue frontière avec la Libye est particulièrement menacée. Le Maghreb qui fait face au « ventre mou » de l’Europe (la Méditerranée) est expressément visé ces organisations. Omar Belhouchet fait remarquer que les jeunes Algériens sont sensiblement moins nombreux à s’engager chez Daesh que les jeunes Marocains et Tunisiens. Selon lui, ce phénomène s’explique par le fait que ses compatriotes ont « goûté » à l’islamisme chez eux, contrairement à leurs voisins.

Parmi les photographes les plus intelligents, Chema Madoz (José Maria Rodríguez Madoz, Madrid, 1958). Ci-joint, un documentaire à caractère biographique (en espagnol de près d’une heure) :

http://www.rtve.es/alacarta/videos/imprescindibles/imprescindibles-chema-madoz-regar-escondido/1687267/

Chema Madoz ou le concept poétique. Les clins d’œil à Magritte. Un surréalisme subtil, en rien doctrinaire et tapageur comme il a pu l’être. Le manifeste surréaliste, le surréalisme manifeste… Le silence de Chema Madoz. Borja Casani : « Las fotos de Chema, al final, son el retrato de una idea ». C’est vrai ! Mais l’idée ainsi mise en image n’est pas imbue d’elle-même comme tant d’idées. Elle se dit avec discrétion et une parfaite élégance. Autre adjectif pour qualifier cette œuvre : élégance. Il m’arrive souvent de remercier Chema Madoz, intérieurement, pour nombre de ses idées ainsi traduites. Elles ouvrent un profond espace dans un quotidien auquel les habitudes ont ôté toute profondeur, un quotidien que les habitudes ont fermé. Les moyens mis en œuvre sont minimalistes, ascétiques. Et cet ascétisme suggère une inhabituelle densité, la densité de l’allusion, de la suggestion — la poésie même. Mais il y a plus. Cet art particulièrement élaboré et cérébral est d’emblée apprécié par des individus de cultures très diverses. Par exemple, je suis certain qu’un Vietnamien, qu’un Iranien ou qu’un Espagnol trouvent un même plaisir devant la plupart de ses photographies, un plaisir que partagent par ailleurs ceux qui sont habitués aux exercices cérébraux et ceux qui ne le sont pas. L’art de Chema Madoz ne s’adresse pas à une coterie, à un groupe de snobs, il s’adresse à l’homme. Cette subtilité des idées et cette délicatesse dans leur traduction savent nous retenir, tous ; et c’est l’une des marques, et non la moindre, de la pertinence de cet art.

L’art des Ibères était presqu’inconnu jusqu’à cette exposition présentée au Grand Palais, à Paris, fin 1997 – début 1998. C’est un art pourtant profondément original qui, il est vrai, s’est peu à peu s’effacé devant la romanisation. Par ailleurs, l’histoire de l’archéologie ibérique est relativement jeune puisqu’elle a vraiment commencé en 1897, avec la découverte de la Dame d’Elche (au sud de la province d’Alicante), l’une des sculptures les plus fascinantes de l’archéologie mondiale. Cette fascination exercée tient d’abord au fait qu’elle suggère d’autres civilisations, d’autres époques et d’autres lieux. Et le mystère n’a pas été levé autour de cette œuvre reconnue comme l’accomplissement d’une école locale, une œuvre acquise par le Louvre l’année de sa découverte avant de faire l’objet d’un échange en 1941.

La grande statuaire en grès ou en calcaire des Ibères me porte malgré moi vers l’Orient, avec ces formes souples, aquatiques presque, sur lesquelles s’inscrivent des détails très graphiques (des détails gravés), comme les oreilles du cheval de Los Villares (Hoya Gonzalo, Albacete) ou les striures qui parcourent dans un ordre parfaitement symétrique le corps du taureau — du « torito » — de Porcuna (province de Jaén). Dans ce dernier cas, l’héritage orientalisant saute aux yeux. Dès le Xe siècle av. J.-C., la culture méditerranéenne orientale avait essaimé sur une bonne partie des côtes de la Méditerranée occidentale, et particulièrement en Espagne.

Olivier Ypsilantis    

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